Pierre-Olivier Carles

Mobile, Social Media, Big Data Analytics, Rugby... entre autres !

Le temps des Hackers

Il y a quelques temps, je publiais cet article sur Medium où je me lamentais revenais sur l’un des plus grands regrets de ma vie à savoir, le fait de ne pas pouvoir coder. Ces dernières années, le pouvoir a changé de main. Il est passé des « épiciers » vers les « barbus », c’est à dire des businessmen vers les codeurs.

Je ne vais pas faire plus long parce que Julien Cordorniou, un amoureux des startups que je n’ai malheureusement plus recroisé depuis trop longtemps, a résumé à la perfection ce que je pense dans cette excellente intervention chez 42. Cela dure une heure environ et, si vous vous demandez quoi faire de votre vie ou si vous êtes inquiets pour l’avenir de vos enfants, ce sera une heure terriblement bien investie.

@Codorniou Si tu passes par là… J’ai en mémoire une conversation que nous avons eu, il y a 3 ou 4 ans. On évoquait l’idée de monter un studio de développement, sur le bord de la Méditerranée, où les codeurs et designers seraient dans des conditions idéales pour exprimer le meilleur d’eux-mêmes et laisser parler la magie. Je ne suis pas sûr que tu te souviennes de cette conversation, mais elle m’avait marqué… et, après tout ce temps, je viens enfin de commencer à le faire, à coté de la Méditerranée, presque comme nous l’avions imaginée.

PS : J’ai failli mettre « Codeurs ! Codeurs ! Codeurs ! » comme titre de ce post en référence à une tirade de l’incroyable Steve Ballmer, mais je me suis dit que la ficelle était trop grosse. N’empêche que j’y ai pensé… ;-)

Cortana, Siri ou GoogleNow ?

Votre téléphone va devenir votre assistant personnel. Je sais, je sais. Vous vous sentez un peu de con quand vous demandez tout haut à Siri le temps qu’il va faire demain avec le même phrasé que si vous parliez à un débile. Mais attendez un peu que la technologie s’améliore…

Avec l’arrivée de Windows 8.1, un nouvel assistant personnel – Cortana – vient marcher de façon plutôt convaincante sur le territoire de Siri et GoogleNow. Jetez un œil à ce joli test réalisé par Windows Phone Central ; 3 assistants pour autant d’approches différentes sur quasiment toutes les requêtes.

Les commandes vocales peinent à percer alors qu’elles sont partout à présent. Tout doucement, on leur trouve un semblant d’utilité, comme quand vous êtes dans votre voiture, par exemple, ou que vous avez les mains prises ou sales.

Avec des technologies IBM comme Watson, une nouvelle génération de services devrait voir le jour, bien plus proche de ceux que vous offrirait un réel assistant personnel.

Du coup, l’orientation très sémantique des moteurs de recherches aura une importance capitale – notamment pour le SEO – car là où il s’agissait de viser les 10 premiers résultats de Google sur une requête, on devra viser directement le 1er, le seul qui sera resservi à l’utilisateur par les assistants personnels en fonction de leur « compréhension » de votre besoin. La prime au premier sur les requêtes les plus communes va être gigantesque dans un premier temps puis s’affinera en fonction de ce que l’assistant saura de vous. Pour une fois, c’est un argument qui va dans le sens d’un plus large usage de nos données privées par les moteurs, pour coller davantage à nos besoins réels… avec malheureusement tout ce que cela implique.

Mais je n’ai pas trop le temps de développer le sujet aujourd’hui, je voulais surtout vous présenter cette vidéo très significative sur l’état actuel du marché. Encore un sujet sur lequel l’avenir sera passionnant.

Advisory Board pour Startup

Je viens de passer 1h à échanger et essayer d’aider un ami qui a co-fondé une startup. Sa société propose une solution très technologique, qui vient s’insérer dans ce que l’on pourrait qualifier de « couches basses » de l’Internet.

Ils ont une très jolie techno, qui adresse un marché gigantesque mais ne sont que 2 et bootstrappent le développement de la société. Difficile de lever des fonds en ayant une assez faible expérience de ce genre d’opérations, peu de moyens, pas de client et peu de réseau dans ce genre de milieux.

Après réflexion, j’ai finalement milité pour que la société réunisse un Advisory Board autour des deux fondateurs, car ils ont surtout besoin de regards extérieurs pragmatiques, d’expérience et d’élargir le réseau de l’entreprise.

Un Avisory Board est un groupe qui, comme son nom l’indique, vient conseiller l’entreprise sur les sujets – généralement stratégiques mais pas que – qui lui sont soumis. Cela fonctionne un peu comme un Conseil d’Administration sans en avoir le pouvoir de décision qui reste entre les mains des Administrateurs, voir des fondateurs lorsqu’il n’y a pas de Board.

Pour que cela fonctionne bien, il faut être très attentif à un certain nombre de points. Je vous ai listé ci-dessous les 5 qui me semblent réellement importants.

1. Le Casting doit être parfait. Inviter dans un Advisory Board des personnes sans expérience, sans réseau de relations utile, sans de réelles compétences en management ou sur le vertical voir le marché de l’entreprise n’a pas de sens. Il vaut mieux être seul que mal accompagné. Avoir un Advisory Board en pensant que sa simple existence va aider est une erreur.

La personnalité de chacun importe mais n’est pas déterminante. Mieux vaut avoir à ses cotés un génie caractériel qu’un idiot affable. Ici comme ailleurs, la diversité est une richesse. Prendre des personnes aux parcours et univers très différents est un atout.

2. Un Advisory Board n’est pas une entité opérationnelle. Il ne va pas gérer la startup à votre place et il vaut mieux éviter de consommer son énergie sur des éléments de faible importance. Le temps des Advisors brillants est généralement précieux. Ils le savent et attendent – même sans l’exprimer – de vous, les fondateurs, que vous le sachiez aussi.

Se réunir une fois par mois est largement suffisamment pour faire avancer le projet et traiter ce qui doit l’être. Vous êtes toujours à temps, en Off, de solliciter l’un ou l’autre en dehors de ces réunions « officielles » pour leur demander un service ou une réponse spécifique.

3. Avant de les faire travailler sur un sujet, commencez par leur expliquer exactement où vous en êtes, sans arrogance ni humilité, le plus précisément possible. Aussi brillants soient-ils, ils vous donneront de mauvais conseils s’ils ne comprennent pas exactement la situation ou le problème. Vous avez fait plein de bêtises parce que vous avez fait plein de choses et ils ne sont pas là pour vous juger mais pour vous aider. Souvenez-vous qu’ils n’ont pas de pouvoir de décision donc ne peuvent pas vous virer. Soyez ouverts, transparents, lucides et honnêtes.

Une fois que vous avez fini de parler, taisez-vous et écoutez. Vous les avez fait venir à bord pour qu’ils vous conseillent, pas pour parler tout seuls. Vous avez déjà croisé des gens qui vous demandaient votre avis mais n’écoutaient pas votre réponse. C’est frustrant, hein ?

4. Il faut rémunérer les Advisors. Je vais être un peu plus long sur ce point car il est important. Ce qui est gratuit n’a pas de valeur. Si vous avez réussi à attirer des profils brillants dans votre projet, le fait de les rémunérer va leur envoyer un message fort : Je suis heureux que tu sois à mes cotés donc je veux te faire partager mon succès… mais si je te paye, j’attend aussi de toi que tu donnes le meilleur de toi-même.

Evidemment, une jeune startup n’a pas les moyens de rémunérer 5 ou 6 profils de haut-niveau. Même si elle les avait, les rémunérer en cash ne serait pas très malin. Il est – plus que – commun de leur donner des actions en échange de leurs services. Par ailleurs, avec un peu de chance, il est probable que parmi eux se cachent vos premiers investisseurs potentiels. Autant qu’ils soient déjà actionnaires.

Les volumes – et les mécanismes – varient, en fonction du stade de la startup, de son financement et de la qualité des profils des Advisors. Pour mieux comprendre ce point, imaginez que votre jeune startup sans client ni techno aboutie, créée il y a presque 10 jours, attire Larry Page ou Zuck dans son Advisory Board. Vous pouvez leur donner 95% de votre capital, leur valeur dans ces circonstances n’a pas de prix et les 5% qu’il vous reste valent déjà des millions.

Pour une startup qui a déjà levé quelques millions, les actions d’un Advisor représentent en général de 0,1% à 0,5% du capital (et jusqu’à 1% pour des profils vraiment exceptionnels). Pour une jeune startup qui se lance, proposer autour de 2 à 3% est relativement normal, là aussi en fonction du profil et de l’expérience des Advisors. Cela peut paraitre beaucoup, surtout pour ceux qui bootstrappent mais si votre projet est un grand succès, vous serez largement aussi riche en ayant lâché cette part de capital et si c’est un échec, vos actions ne valent rien de toutes façons.

5. Plus le temps va passer, plus vos Advisors vous seront utiles. En grandissant, vous allez avoir besoin de faire des affaires, de plus en plus grosses, et c’est à ce moment-là que leur réseau tout comme leur réputation feront merveille. Soyez donc patients et n’attendez pas qu’ils mettent les mains dans le cambouis comme vous le faite vous, chaque jour. Ils ne sont pas là pour ça. Inscrivez-vous dans la durée.

Toutes les startups qui se créent devraient avoir un Advisory Board… de qualité. C’est un formidable atout pour éviter l’échec – les startups Internet ont un taux de mortalité phénoménal – et aller beaucoup plus vite à moindre coût car aucun investisseur ne vous apportera autant pour aussi peu de capital.

J’ai du oublier pas mal de choses, et ces points principaux ne sont que le fruit de mon parcours dans les deux rôles. Si j’ai raté des points importants ou si vous souhaitez partager votre expérience sur le sujet en tant qu’entrepreneur ou advisor, les commentaires sont à vous.

 

Ce que nous sommes

Je viens – régulièrement – aux Etats-Unis depuis 2007. C’est un pays bien plus différent de la France que de nombreux autres pays pourtant plus loin ou réputés plus exotiques. On m’avait prévenu : « Aux Etats-Unis, tu ne sauras pas vendre. Tu vas devoir t’adapter et faire comme eux si tu veux t’en sortir ».

Après l’avoir tellement entendu, je me suis dit que ce devait être vrai. J’ai donc essayé de comprendre puis, maladroitement, de reproduire les meilleures pratiques que j’avais perçues. Je ne vais pas vous donner une leçon de technique de vente, mais en gros, pour caricaturer, il faut être pragmatique et aller droit au but sur les bénéfices sans particulièrement faire preuve de modestie.

Manifestement, je n’y arrive pas ainsi. Ce n’est pas moi, pas ma nature. A chaque fois, je me suis forcé et ça se ressentait, bien évidemment, donc ça n’a pas fonctionné.

Alors, j’ai recommencé à faire comme je sais faire, à redevenir moi-même. Un peu comme au rugby, quand l’équipe joue mal et que tu recentres tout le monde sur les fondamentaux de ce sport, je suis revenu sur des choses simples, comme écouter plus que je ne parle, comme chercher à donner avant de vendre, être attentif et attentionné, être créatif et toujours focaliser sur la « big picture » plutôt que traiter seulement le besoin. Pour le reste, je n’ai pas vraiment eu besoin de faire d’effort pour être pragmatique, c’est dans ma nature.

Pour l’instant et contre toute attente, cela fonctionne à peu près. Il est étonnant de voir un américain être désarçonné par ce genre d’approche, désarçonné puis souvent séduit une fois la phase de méfiance passée. Tu as l’impression qu’en fait, lui aussi en a assez de cette sorte de bullshit ambiant permanent autour des quelques dollars de plus qui pourraient être grattés. Le temps et l’énergie que l’on perd en négociation et défiance sont autant de ressources qui ne sont pas allouées à ce qui est vraiment important, à ce qui construit et crée de la valeur.

C’est très prétentieux de décider d’aller à l’encontre de tous les avis qu’on te donne, mais cela ne veut pas dire que c’est idiot. Au lieu de devenir une caricature de vendeur, j’essaye d’apprendre doucement tout en restant moi-même. Un très bon ami et excellent businessman – américain – m’a dit un jour qu’il était important de ne pas se renier et de ne pas essayer de cacher ce qui faisait que j’étais moi, le meilleur et le reste. En même temps, on peut me dire que prendre la décision de rester soi-même, c’est choisir la facilité et ne pas sortir de sa zone de confort, ne pas se remettre en question. C’est vrai, mais d’un autre coté, je crois que le simple fait de venir dans un nouveau pays pour y développer un business est déjà en soit une sacrée forme de remise en question.

Je crois que l’on est bien plus fort et performant quand on reste soi-même, donc plus à même d’affronter un écosystème très différent. Reparlons-en dans 2 ou 3 ans, quand nous saurons ce qu’il en est advenu :-)

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