Watson, Big Data et Big Business

Dans une de mes dernières notes qui est restée privée, j’ai essayé de réfléchir à la position hégémonique que prend Google en consolidant l’ensemble de ses services autour de nos données, y compris bientôt de celles de votre maison suite au rachat de Nest. J’espère que vous lirez cette courte note lorsqu’elle sera disponible, mais pour vous économiser ça, je vous en donne la conclusion tout de suite. En y regardant de plus près, je pense que plus personne ne peut vraiment rivaliser avec Google.

Ah moins que…

J’adore Watson, ce super ordinateur d’IBM doté d’une intelligence artificielle couplée à une base de données gigantesque. Vous lui posez une question en langage naturel et… il vous répond. C’est un peu notre copine SIRI, 15 ans plus vielle et sous stéroïdes. Vous avez sans doute entendu parler de ses premiers pas sur le plateau de Jeopardy et de sa victoire contre ce que notre espèce fait de plus intelligents : des gagnants de jeux télévisés.

Les vidéos ont fait le tour du monde et même de Youtube, poussées il est vrai un petit peu par la Task Force PR de Big Blue. Pour mon papa qui s’en fout un peu mais est un des derniers à lire mon blog (mais aussi parce que c’est toujours aussi bluffant), je vous la remet ici.

Plaisanterie mis à part, discuter en langage commun sans trop se tromper comme arrivent presque à le faire nos ados, est vraiment une performance extraordinaire pour un ordinateur. Imaginez 2 minutes (c’est le temps qu’il faut pour finir cette note, accrochez-vous un peu !) à quel point cela pourrait être utile à des fins de Customer Relationship Management. Vous appelez votre hotline préférée, commencez à expliquer que vous ne comprenez rien à votre abonnement, que vous allez partir chez le voleur d’en face si on ne règle pas votre problème LÀ TOUT DE SUITE, JE PAYE ASSEZ CHER !!! et que vous allez même le tweeter si ça se trouve. Pendant que vous parlez, Watson a analysé ce que vous vouliez vraiment – une réduction, évidemment – et propose sur l’écran du petit marocain que vous êtes en train de pourrir la solution qu’il va vous livrer avec son meilleur accent Auvergnat pour faire votre plus grand bonheur.

Mais si ça fonctionne avec un call center, cela devrait aussi fonctionner avec la seule autre catégorie qui peut en prendre encore plus plein la gueule que les télé-opérateurs : les Community Managers.

On expliquait souvent qu’il ne fallait pas mettre de stagiaires derrière les comptes des entreprises parce qu’ils ne sauraient pas quoi répondre si la question était trop compliquée (soit quasiment tout le temps), donc qu’il valait mieux mettre des cadres solides et expérimentés. Ce n’est plus complètement vrai. Il vous suffit de donner un Watson qui aurait été adapté sur mesure, et votre CM Stagiaire se Bernard-Henry-Levyise (Oui, cela signifie effectivement qu’il a un avis sur absolument tout). Au pire, Watson peut détecter que la conversation sent le roussi et dire au CM que cela dépasse à présent ses compétences et qu’il faut qu’il appelle le chef avant de déclencher un bad buzz qui lui vaudra les moqueries éternelles de ses pairs incapables de résister à la tentation de faire un bon mot pour prendre un ou deux followers de plus.

Mais si ça fonctionne aussi bien, et que finalement, Watson dit au CM ce qu’il doit lui-même dire, pourquoi ne pas simplement se débarrasser du CM et répondre directement au client, instantanément, 24/7 même pendant la pause Nutella ? C’est vrai ça, pourquoi pas ?!?

C’est vers là que nous allons à grands pas et vers où toute la stratégie Analytic d’IBM tend. Watson, au delà de Big Data, veut surtout dire Big Business. J’ai échangé avec quelques IBMeurs proches de ces enjeux, en Europe et aux Etats-Unis. Ils sont chauds patate, enthousiastes, prêts à en découdre. Ils ne sont plus des IBMeurs de cette gigantesque entreprise psycho-rigide de $100B de chiffres d’affaires et plus d’un siècle d’existence, ils sont des IBMeurs Hard-Workers de cette startup de $100B et qui veut changer le monde comme toutes les startups.

Comme je sais que vous ne me croyez jamais, je vais vous donner une preuve. IBM vient d’annoncer qu’ils allaient investir $1B dans Watson, mettre plus de 1000 BizDev dans un building de l’East Village de Manhattan, avec pour objectif unique de faire et vendre du Watson.

$1B et 2000 Mecs surexcités posés dans la Silicon Alley à New-York City… C’est clair, IBM se prend pour une startup. Et dans un monde où Google fait tellement peur, il n’y a qu’une nouvelle startup au financement quasi-illimité et dotée d’une des technologies les plus puissantes de la planète qui puisse changer la donne.

Si IBM investi autant dans Watson et le Big Data Analytics, c’est parce que c’est la place de leader mondial de bien plus de secteurs d’activité que le marché IT qui est en jeu dans les 5 ou 10 ans qui viennent et un « Game Changer » pour de nombreuses sociétés, toutes activités confondues.

PS: Oui, je sais que les CM ne font pas que cela, c’est pour grossir le trait et faire passer ainsi l’idée que je défend que je les ai dépeint aussi méchamment. Pas la peine de venir troller, je vous aime vraiment, en fait.

Disclosure : Je suis impliqué quotidiennement dans Apicube, une bien jolie startup spécialisée dans le Big Data Analytics et par ailleurs, l’un des plus actifs Business Partners d’IBM sur ce marché, en France… sachant que je travaille dur pour que ce soit également le cas très vite aux Etats-Unis.

Une réflexion sur “ Watson, Big Data et Big Business ”

  1. C’est vrai qu’il es fascinant de voir les progrès de l’intelligence artificielle. Google fait aussi de gros pas en avant avec par exemple les réseaux de neurones virtuels utilisés afin de reconnaître des éléments dans une image. Google avait réussi à « former » un de ces réseaux de neurones à identifier des chats. C’est tout de même fantastique qu’un ordinateur puisse apprendre à reconnaître des chats à force de voir des vidéos youtube représentant des chats. Les progrès sont terrifiants aussi parfois. Pourquoi ne pas imaginer une mitrailleuse montée sur un trépieds et équipée d’une caméra thermique qui va tirer ultra rapidement et avec grande précision sur plusieurs cibles en même temps? Un projet web qui je pense devrait aussi vous passionner est celui de cleverbot: une intelligence artificielle qui apprends en communiquant avec des humains à essayer sans modération ici Cleverbot arrive a avoir des conversations vraiment interessantes avec des internautes. Seul son manque de mémoire le trompe parfois. Sidérant.

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