Une vision de l’Internet

Dans un échange, il y a quelques jours, je me suis aperçu que je travaillais dans l’Internet depuis plus de 15 ans à présent. C’est étrange comme le fait de compter met en perspective tout le chemin parcouru. Les courbes du Hype de Gartner sont mes Alpes à moi. J’ai passé toutes ces années à les gravir et les dégringoler, sur des thèmes devenus Mainstream et d’autres déjà oubliés, au fil des sociétés que j’ai créé ou dans lesquelles je me suis impliqué.

Vous souvenez-vous de notre Monde avant l’Internet ? Je dois vous avouer que moi, non. Ce sont plus des souvenirs d’enfance… et encore, il y a bien un Amstrad CPC664 qui apparait dans ces vieilles images imprimées dans ma mémoire, pas encore connecté mais déjà tellement prometteur.

Vertige

L’Internet a toujours été l’assurance d’un monde meilleur à mes yeux. Il amène la connaissance à la porté de tous, pour peu qu’on veuille bien se donner la peine et rend le diplome – qui fut aussi un sésame d’entré dans une caste – bien moins important qu’il ne pouvait l’être. Le meilleur Data Scientist de la planète n’est pas forcément un Docteur en Mathématique issu de Stanford et je trouve ça vraiment rassurant.

Ce monde meilleur a aussi ses exigences. Si les barrières à l’entrée de la connaissance sont faibles – connectez-vous, faites un search sur « Cours de Physique Quantique » et vous y êtes – l’apprentissage n’en reste pas moins difficile. Travailler longtemps, seul, depuis chez soi ou un café, demande une motivation sans faille. La vraie sélection s’effectue ici, sur la détermination et l’envie, pas sur l’argent ou la qualité des gens que vous connaissez. Je trouve que c’est une façon saine de déterminer qui va réussir.

Le Monde est-il meilleur aujourd’hui qu’hier ? Oui, indéniablement.

Ce n’est pas parce que l’on est au courant de tous les travers des humains qu’ils sont plus nombreux. Je n’ai pas les sources à l’heure où j’écris ces lignes mais des études sérieuses que j’ai pu consulter confirment que nous vivons à l’une des époques les plus sures de l’Histoire. Si notre vision est différente, c’est le plus souvent parce que nous ne sommes pas préparés à encaisser autant d’informations négatives dans un flux aussi constant, informations que nous n’aurions jamais eu avant que l’Internet ne se répande sur la planète.

Plus de 10 ans que l’Internet devient Mainstream, cela signifie que nous avons passé quasiment une génération, passé un cycle. Je pense que c’est maintenant que les choses sérieuses vont vraiment commencer et que nous n’avons encore rien vu. Plus que la Big Data et les Objets Connectés, ce sont les comportements de la nouvelle génération qui vont avoir un impact et ils vont apposer leur empreinte. Etre un Digital Native ou un Mobile Native ne te permet pas forcément d’être plus à l’aise avec la technologie que nos parents, mais, contrairement à nos parents, t’empêche d’appréhender une vie sans technologie. Ainsi, c’est bien le fait d’envisager un monde connecté en permanence qui ouvre de nouvelles perspectives.

Tu veux apprendre quelque chose ? Tu ne penses pas directement à l’école ou au professeur, tu commences par Google. De ce fait, nos enseignants sont sans doute parmi les plus sinistrés de cette révolution numérique. Ils doivent apprendre à leurs étudiants des choses qui sont déjà pour beaucoup obsolètes ou qui n’ont plus vraiment de sens dans ce « nouveau » Monde. Ils ont beau s’accrocher, essayer de se moderniser et le plus souvent, faire de leur mieux pour hacker le carcan des programmes officiels, ils ne peuvent pas lutter car les forces en présence sont trop déséquilibrées.

J’imagine que l’Enseignement va connaitre la même révolution que le Commerce. Les magasins ne vont plus vendre de produits mais plutôt une expérience, des valeurs, l’univers de la marque et vont concentrer leurs efforts sur l’attention délivrée au client, pas sur la transaction commerciale qui sera, elle, en ligne, fluide, naturelle, automatique. Cette digitalisation du point de vente est déjà en marche, en marche rapide, forcée. Je pense que l’enseignement devrait suivre le même chemin, avec des professeurs qui deviennent davantage des coachs, qui motivent et amènent l’étudiant à s’accrocher, à croire en ce qu’il fait et en la connaissance… et qui détectent les faiblesses de leurs étudiants pour mieux les mettre sous contrôle. Dans ce scenario, ils font vivre une expérience à l’étudiant comme les commerçants font vivre une expérience au client, le transfert de connaissance à proprement parler sortant majoritairement de leur giron comme celui de la transaction sort de celui du Retail.

C’est la vision de cet Internet et une grosse propension à l’utopie qui m’ont amené, il y a plus de 15 ans donc, à consacrer ma vie professionnelle à cette révolution industrielle. Aujourd’hui, je commence enfin à toucher du doigt ce dont j’avais rêvé.

Ce faisant, je suis pris de vertiges en réalisant que 15 ans à l’échelle de l’humanité, c’est une bougie dans un océan d’oscurantisme éclairé sporadiquement par quelques lumières comme Platon, Socrate, Einstein, Guy Noves, Copernic ou Marie Curie. Notre monde va continuer de changer encore plus vite et, j’en suis certain, en mieux. Le Printemps Arabe est un indice, juste un indice. La connaissance et sa capacité à se propager à tous en quelques secondes sont les nouvelles armes de la dissuasion, avec évidemment des travers terrifiants en matière de désinformation, mais surtout la promesse que les cotés les plus obscurs de notre espèce auront de plus en plus de difficultés à s’exprimer sans que tous sachent, que tous comprennent et que tous se mobilisent pour empêcher ce qui ne doit plus être.

Je voulais, ce matin, partager avec vous cette vision optimiste réaliste de l’Internet… Mon bon vieil Internet.

Une réflexion sur “ Une vision de l’Internet ”

  1. En ce qui concerne l’enseignement, je côtoie depuis près de 6 ans des étudiants en Master 2 d’horizons divers et je dois avouer que j’attends toujours cette génération curieuse et coachable dont tu parles. Jusqu’à présent, je suis surtout tombée sur des promos d’élèves en ‘attente’, le stylo prêt à noter le cours que je dicte, sans l’appréhender forcément et surtout sans envie d’en débattre. A force d’obstination, j’ai réussi à appliquer une méthode plus participative, à les impliquer dans la réflexion et à la construire avec moi plutôt qu’attendre que je leur livre les clés…
    Mais c’est vraiment pas gagné. Il y a quelques semaines encore, un étudiant peu attentif en cours, qui me demandait de préciser à nouveau quelques points du cours précédent, et à qui je suggérait de faire une recherche Google pour approfondir la réflexion s’il avait du mal, m’a demandé à quoi je servais…
    Restons optimistes 🙂

Les commentaires sont fermés.