Successful

Hier a été annoncé l’acquisition future de @Neolane, société Française spécialisée dans les technologies de Marketing relationnel, par @Adobe, pour la bagatelle de $600M en cash. Ce montant, clairement inhabituel pour les sociétés de notre vieux pays, est seulement une étape, le géant Américain ayant les moyen de donner une envergure tout autre à Neolane. Pourtant, quelques voix se sont élevées pour doucher mon enthousiasme en arguant que nous venions de perdre une occasion de créer une success story mondiale.

Il y a quelque jour, un entrepreneur de la Valley a ouvert un blog anonyme pour y relater les 30 derniers jours de sa startup, et pourquoi il a eu tort de se laisser aspirer par le modèle actuel dans l’Internet :
Idée > Seed Round > GoToMarket > Serie A > Traction > Serie B et quelques iterations puis les 2 options : Dead Pool ou Exit en centaines de millions.

Ce qu’il dit en substance – mais lisez toute sa note, elle est magnifique et riche d’enseignements – c’est qu’il a tout quitté pour créer un projet dont il était fier et qui lui permettait de nourrir sa famille mais a intégré un incubateur puis est devenu une rockstar de la Valley tout en étant rongé par le doute et le dégout de ce qu’il était devenu, notamment par le mensonge permanent aux équipes ou aux investisseurs.

pain

J’ai souvent écrit sur le succès et ce que je pensais que c’était vraiment. C’est un sujet qui me parle car, quand on essaye de faire quelque chose, je pense que l’on aimerait savoir quand on a réussi.

Beaucoup d’entrepreneurs me pitchent leurs startups. 90% du temps, je vois des plans extraordinaires, des comparaisons avec – pour les plus raisonnables – @Airbnb ou @Salesforce, quand ce n’est pas avec @Google, @Facebook ou @Twitter. Par ailleurs, comme je le disais ci-dessus, lorsqu’une société fait une exit à $600M, il y en a encore pour faire la mou en se disant qu’ils auraient pu faire mieux. C’est sans doute vrai, comme on peut considérer que @PierreChappaz est un looser parce qu’il aurait sans doute pu vendre @Kelkoofr bien plus de 475M à @Yahoo… ou pas.

Je n’aime pas le modèle actuel qui semble mettre l’argent au coeur de la notion de succès avec des critères de volumes qui flirtent plus avec le $B que le $M. Je n’aime pas non plus cette idée que l’on doit marquer l’histoire pour être un entrepreneur accompli et heureux. Enfin, je n’aime vraiment pas ce principe qui pousse à absolument faire des tours de tables pour absolument aller plus vite – que quoi exactement ? – et faire ainsi toutes les bêtises que l’on n’aurait pas fait en se posant un peu.

Le cash achète du temps. Le vrai enjeu est d’être Break Even le plus rapidement possible. Une fois cette étape atteinte, vous avez un avantage déterminant : le choix. Et cela va vous permettre sans doute de vous poser des questions, non pas business mais personnelles : Qu’est-ce que je veux faire de ma vie, réellement ? Est-ce que je veux marquer l’histoire en faisant un exit de légende ? Ais-je juste envie de vivre de ma passion ?

Je me dis qu’un boulanger qui s’installe, cet entrepreneur à la tête d’une startup de 2 ou 3 personnes, ne vendra pas sa société $600M dans 5 ans. Il est probable qu’il passe sa vie à faire ce qu’il aime, c’est à dire, du pain… et que lui et sa famille en vive convenablement voir confortablement. L’appât du gain dans l’Internet et son manque de barrières à l’entrée fait que nous alimentons une bulle financière complètement superficielle. Imaginez qu’un stagiaire développeur coute jusqu’à $60K par an, et un développeur iOS Junior, dans les $150K. Cela n’a plus vraiment de sens, et si la finance est devenue folle, je pense que notre industrie l’est également.

Evidemment, cette note pourrait être une fausse excuse, une sorte d’auto-thérapie, dans le sens où je fais partie de ces millions d’entrepreneurs-loosers qui n’ont jamais créé un Facebook ou un Apple. Pire encore, non seulement je n’y suis pas arrivé, mais je n’ai même pas essayé. C’est vrai. Et je crois que je peux vivre facilement avec ça sans chercher à raser les murs. Mes petits commerces de province – essentiellement bootstrappés – tournent bien, avec des hauts et des bas, parfois beaucoup de pression mais aussi de jolis petits succès. Ils font un peu de croissance, créent quelques emplois relativement durables et je crois que les gens qui travaillent avec nous se sentent – majoritairement – plutôt bien. J’ai des associés en béton armé, à qui je sais que je peux tourner le dos où entrer dans n’importe quelle bataille. On ne s’ennuie pas chaque jour, on se donne beaucoup et souvent, on rigole. A titre personnel, j’adore ce de quoi est fait mon quotidien. Je me suis taillé un mode de vie sur mesure, hyper-connecté mais sans bureau, et je ne le changerais pour rien au monde. Hamdoulah moi ça va… 🙂

Chers amis Entrepreneurs, wanabe-entrepreneurs et les autres, je n’ai pas de conseil à vous donner mais si vous avez accordé un peu de crédit à ces quelques lignes, je vous invite sincèrement à vous poser la question de savoir après quoi vous courrez exactement, non pas pour avoir la réponse – je n’ai toujours pas vraiment trouvé la mienne – mais au moins pour être le capitaine de votre destin et prendre vos propres décisions, pas celles imposées par le Magic Circus planétaire.

Tout ça n’est que du business, rien de grave…

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