Pourquoi Twitter est en danger…

Twitter vient de décider de remplacer ses Favoris par des Likes et cela déchaine les passions aux Etats-Unis comme en Europe. Mettre en Favoris était devenu un langage à part entière, signifiant à la fois « j’ai bien lu mais je n’ai rien à ajouter », « je veux garder ce tweet pour le retrouver facilement plus tard », « Je suis d’accord », « Tu m’as bien fait rire », « Merci »… et beaucoup d’autres choses encore. C’est un peu le Yo de la Yo! App qui a fait tant de bruit (et levé $15M) l’année dernière.

En remplaçant cette étoile par un coeur, Twitter a fait deux choses aussi importantes l’une que l’autre pour son avenir.

D’une part, en Likant, j’exprime un sentiment très positif envers le tweet concerné, ce qui de ce fait, ressemble à un endorsement. Pourtant, je ne suis pas forcément d’accord avec son contenu. Je vais donc me retrouver dans l’obligation de m’exprimer par écrit – plus de contenu mais plus d’efforts – ou de laisser filer la conversation. Impossible de laisser penser que l’on va endorser chaque tweet que nous mettions en Favoris auparavant.

D’autre part, Twitter souffre d’une crise de croissance en restant collé autour des 300M d’utilisateurs actifs qu’il peine à rentabiliser. En intégrant des Likes, il se Facebookise un peu plus et vient ainsi aider les utilisateurs novices à s’approprier d’avantage la plateforme. Gardez à l’esprit que cette annonce arrive juste après le lancement de Moments et la reprise en main de Twitter par @Jack.

Je fais parti de ceux qui pensent que Twitter peut devenir la plateforme sociale ultime et définitive, au point que j’y ai investi aux cotés de @smenoret des montants très significatifs pour développer Digroot et Metrics.

Les élites du monde entier sont dessus et l’utilisent presque quotidiennement alors qu’elles ne vont pas forcément sur d’autres réseaux ou services moins bien adaptés aux messages et à la conversation. Le format de Twitter est propre à ce que nous sommes devenus, dans notre course à la consommation rapide de contenus courts.

Les changements que poursuit Twitter sont propres à dénaturer ce qu’était la plateforme à l’origine et ce qui a fait son succès, même si nous sommes tous d’accord pour dire que les premiers pas étaient un peu étranges.

Après son introduction en bourse, la pression s’est faite très forte pour que le service trouve enfin un modèle économique acceptable, ce qu’il peine toujours à faire à ce stade. Je suis un ultra social-libéral mais je pense que Twitter devrait être public, n’appartenir à personne et être financé par tous. Ainsi, il deviendrait le garant d’une certaine liberté d’expression (et s’il ne l’est pas totalement, il pourrait l’être) et un garde-fou contre la corruption comme les abus de position dominante en tout genre. Il permettrait à tous – et pas seulement aux personnalités – de faire entendre leur voix sans la moindre déformation, aussi souvent que souhaité. En gros, il serait à l’expression personnelle de chaque être humain un standard mondial, comme TCP/IP permet à chaque machine connectée de converser avec n’importe qu’elle autre via l’Internet.

Au lieu de cela, Twitter remet en question ce qui l’a rendu exceptionnel voire unique pour se rendre accessible aux éléments les plus lents du troupeau. L’usage des Favoris qui était devenu un langage binaire universel est remplacé par un joli coeur qui réduit l’expression à j’aime/j’aime pas. Les DM n’ont plus de limite de caractère car il faut venir concurrencer Messenger et Whatsapp, et on y reçoit à présent l’équivalent d’emails que l’on fait à peine l’effort de lire car l’interface manque vraiment de convivialité. Une rumeur de plus en plus pressante, laisse penser que la limite des 140 caractères pourrait aussi sauter pour les tweets. Enfin, Moments tout comme le résumé de « ce que l’on a raté » viennent nous dire ce qu’il est important que nous sachions, sur la base d’un algorithme dit sophistiqué. Au final, c’est un peu comme si une bibliothèque décidait que les livres à colorier soient la norme pour se rendre accessible aux illettrés alors que ces derniers peuvent très bien apprendre à lire dans des structures spécialisées, comme Facebook ou Snapchat, par exemple.

Je pense que même les plus crétins d’entre nous finiront par comprendre que finalement, cette copie de Facebook est largement « moins bien foutue que l’original et qu’on comprend que dalle » avant de retourner regarder des lolcats, laissant Twitter perdre son pari et sombrer dans la banalité et l’indifférence.

J’admire @Jack que je considère comme l’un des plus brillants entrepreneurs que nous ayons actuellement. Je veux croire qu’il voit ce qui crève les yeux à tous… mais comment peut-on, lorsqu’on est listé au Nasdaq NYSE, avoir la liberté de ne pas concentrer son énergie sur la recherche du profit. C’est sans doute en ça que les exigences de la bourse comme celles de certains VC peuvent s’apparenter au baiser de la mort pour les entrepreneurs… et enlever à Twitter toutes ses qualités.

8 réflexions sur “ Pourquoi Twitter est en danger… ”

  1. La plus grande faille de twitter est le manque de connection comme l’on trouvais en 2006-2008 quand les cercles d’amis dictaient qui on suit et qui on ne suit pas. La stratégie imposée par les experts de reseaux sociaux à détruit la convivialité depuis bien des années. Copier les autres reseaux ne suffit pas.

  2. @Richard Je ne comprend pas ton point. Tu peux toujours échanger et bâtir avec ton cercle d’amis ?!? Je fais ça tous les samedis autour des matchs de rugby 🙂

  3. Bonjour,

    Sans aller aussi loin dans l’analyse que toi, ce que je vois par rapport à mon entourage qui n’est pas dans le web (bossant ds le web, on pense tjrs que tt le monde ouvre 20 onglets en même temps et comprend la logique derrière ts les réseaux sociaux), j’ai l’impression qu’il y a de grosses différences générationnelles.

    Les plus de 25 ans sont tous ou presque sur facebook, mais les non pros du web que je cotoie ne sont pas du tout sur Twitter.

    Par contre, les 18/25 ans me semblent y être bcp plus (on peut le voir av le nombre de followers par centaines de milliers des nouvelles stars du net qui ont 16 ou 18 ans).

    Et j’ai l’impression que la génération qui suit est déjà passée à autre chose, comme SnapChat. Je ne sais pas si elle se raccrochera à Twitter.

    Je me demande si ce n’est finalement pas logique et répétable à l’infini. Les jeunes d’aujourd’hui ne veulent plus de compte facebook car leurs parents leur demandent l’accès et que ces derniers comprennent FB puisqu’eux même y ont un compte depuis longtemps.

    Par contre, ma génération (35+) est décroché sur SnapChat (moi du moins). Du coup, la nlle génération peut s’y retrouver et se forger son identité numérique comme nous le faisons sur FB ou twitter sans avoir à partager leur profil avec leur parent ou leur professeur.

    Je dis en étant loin d’être un addict aux réseaux sociaux, même si Twitter reste celui que je fréquente le plus.

  4. @Bastien Le fait que Twitter ne soit pas aussi massif que Facebook – qui vient d’ailleurs d’annoncer des résultats vraiment extraordinaires et une rentabilité de 20% – ne veut pas dire pour autant qu’il ne peut pas trouver sa place et sa pérennité. Les générations se resserrent doucement car nous sommes de plus en plus nombreux à être à l’aise sur Internet. Ce sont vraiment les attentes de chacun et leurs comportements qui dictent maintenant les usages. Si Twitter sait retrouver son mojo, son audience utile (celle qui est active et consomme le contenu) augmentera… parce que les « élites » y sont. Si le reach du contenu de qualité créé par ces élites ne s’améliore pas, Twitter n’y survivra sans doute pas en tant qu’acteur majeur. A lire ces lignes, je m’aperçois que l’enjeu est grand.

  5. Effectivement, je pense comme toi que twitter est en train de dépérir et que les décisions récentes ne risquent pas de le guérir mais au contraire d’accélérer la fuite des conversations vers Facebook. Il y a quelques années les deux réseaux étaient très clairement distincts, aussi bien dans leur fonctionnement que dans leurs audiences et contenus (un peu comme TF1 et Arte). Facebook a pillé les meilleures idées de twitter, et d’un réseau social de simples aficionados Facebook est progressivement redevenu la place publique où les conversations ont lieu. Twitter était un plus novateur, plus autonome, en faire une pale copie de Facebook est une erreur grossière. Malheureusement, c’est un peu ce qui arrive à chaque fois que l’intérêt financier vient dicter ses règles à la créativité et finit par l’étouffer… Mais on peut avoir la meme inquietude avec Instagram, car à mon avis même si le processus est différent la cannibalisation est en marche 😉

  6. Sincèrement, je n’ai jamais réussi à m’y faire à cette plateforme, pourtant j’ai essayé à plusieurs reprises à cause de son utilisation intensive par mon entourage, mais rien n’y a fait…contrairement à Facebook, où j’y suis surtout maintenant pour suivre l’actu…Selon moi, Facebook innove, s’adapte et ose le changement, ce qui est moins vrai pour Twitter.

    Élodie.

  7.  » je pense que Twitter devrait être public, n’appartenir à personne et être financé par tous ». Cette phrase a trouvé une étrange résonance vendredi soir dernier quand le hashtag « #porteouverte » a émergé puis a été repris largement, contribuant sans doute à sauver des vies. Je suis d’accord avec toi, Twitter est un bien d’utilité publique, beaucoup plus que Facebook par exemple, et à ce titre, comme tu le dis il devrait être un bien commun qui appartient à tous. Comment on fait, on demande à l’ONU de lancer une campagne de crowdfunding pour racheter Twitter 😉 ?

  8. Quoi qu’on en dise, Twitter est sans aucun doute l’une des meilleures plateformes sociales pour savoir tout ce qui ce passe en temps réel, je l’utilise énormément pour mon activité pro et personnel.

    Même dans les événements qui se sont passé à Paris, Twitter a été utilisé…pour dire l’utilisation de ce réseau social.

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