Jake White Montpellier

Pourquoi Jake White a raison

Plusieurs personnes m’ont demandé ce que je pensais du ‪#‎WhiteGate‬ ou‪ #‎TrinhDucGate‬ mais je n’ai pas voulu m’exprimer directement sur Twitter, pour avoir la place d’être clair dans mon propos. Je vous préviens, cette note va être longue.

Quelques mots en préambule…

Je suis POUR que le rugby devienne vraiment professionnel.

Depuis 1995 et les premiers pas sur cette voie, on n’est toujours pas arrivé là où nous devrions être, marquant le pas sur les marchés anglo-saxons.

Notre ‪Top 14‬ — qui n’est toujours pas un Top 12, ce qui me semble inéluctable — multiplie les occasions de matchs inutiles en tirant sur la santé des joueurs tout en handicapant ce faisant l’Equipe de France qui ne trouve pas le temps de se préparer (voir n’a tout simplement pas ses joueurs pour les tournées) pour mieux s’exprimer.

Les règles du rugby n’ont pas encore évolué suffisamment pour favoriser le spectacle tout en protégeant les joueurs. La finale de EPCR Champions Cup a été exceptionnelle d’intensité mais beaucoup lui reprochent justement un match axés sur la densité physique, donnant peu de raisons aux fans de s’enthousiasmer. Pourtant, les Saracens font simplement ce qu’il faut pour gagner. Je ne crois pas que ce soit à eux de changer le rugby mais au rugby de changer pour qu’ils proposent un autre jeu (et protègent l’intégrité des joueurs).

Certains clubs, qui brûlent pourtant plus de 30 millions d’euros par an de budget, ne fonctionnent toujours pas comme des entreprises modernes mais comme de petites boites familiales.

D’un autre coté, le Top 50 des joueurs évoluant en France a beau montrer l’exemple en tendant vers un réel professionnalisme, des joueurs du “ventre mou” et qui prennent pourtant plus de 150,000 euros par an pour certains, se laissent porter d’un match à l’autre, sans avoir le moindre sens de la diététique, de la prise en main individuelle de leur entrainement, de l’importance d’avoir un agent, de la gestion de leur image ou tout simplement, des choix qu’ils doivent faire pour franchir des paliers et réaliser une carrière à la hauteur de leur potentiel réel.

Bref, on se la raconte un peu quand on parle de Sport Business en France car on n’y est pas, à de rares exceptions près. Ce n’est pas grave, il reste juste du travail. Considérons simplement que notre marge de progression est intacte 🙂

Dire qu’on est pour le Sport Business et le Professionnalisme est mal perçu — et je sais que je vais me faire plein de nouveaux amis avec cette note — parce qu’on l’oppose aux “valeurs du rugby” chères à la @BoucherieOvalie, au rugby de nos campagnes fait d’amitiés pour la vie, de matchs d’hiver dans la boue, de tartes dans la gueule et de bières partagées autour d’un barbecue.

Ce n’est même pas que les deux sont compatibles, c’est qu’ils sont indissociables, parce que le rugby est un sport unique en son genre, et qu’il n’existe pas un mais des rugbys. En Nouvelle Zélande ou en Australie, les gros n’ont pas besoin de se mettre des coups de boule pour entrer motivés sur un terrain. Ils sont souriants, concentrés et — relativement — détendus à 3 minutes du début du match, et vont pourtant s’envoyer ensuite à 100%. Même sport, mêmes valeurs, autre culture. Pas mieux, juste différent.

Venons-en donc au ‪#‎TrinhDucWhiteGate‬.

Sur le choix de ne pas mettre François Trinh-Duc sur la feuille de match…

Je pense que Jake White a raison de ne pas faire jouer François si celui-ci n’est pas le meilleur choix, ce qui semble être le cas à la lumière du fait qu’il revient de blessure (je ne suis pas compétent pour juger l’aspect purement rugbystique, je m’en remet simplement aux faits et à ceux qui sont des techniciens éclairés).

Un groupe professionnel, c’est autour de 35 joueurs qui font des sacrifices immenses pour servir un club et l’amener le plus loin possible pendant une saison. Le Montpellier Hérault Rugby a des enjeux importants devant lui, et le potentiel de ramener le Brennus cette année : Ce serait vraiment un manque de sérieux et de professionnalisme de négliger le moindre détail pour atteindre cet objectif qui a déjà couté tellement d’efforts, de sueur, d’argent et de travail depuis le début de la saison, mais aussi un manque de respect pour le groupe, le staff, les bénévoles et les supporters du club.

Quand on est en charge du MHR, on ne joue pas le maintient mais le titre… en fait, LES titres. En 2007, Jake White a fait de l’Afrique du Sud un Champion du Monde, en laissant en tribune des joueurs que tout le monde voyait sur le terrain. L’entraineur a toujours raison… pour peu qu’il gagne.

Like it or not :
Ne pas entrer sur le terrain quand on n’est pas la meilleure option, c’est aussi ça, l’amour du maillot.

Sur la question d’honorer François Trinh-Duc pour tout ce qu’il a fait dans ce club, pour ce club, depuis tant d’années… Ce sera également une faute professionnelle de ne pas trouver le moyen de lui rendre un réel hommage à la juste valeur de son apport et de son engagement.

Les clubs se doivent de fédérer autour d’eux le plus grand nombre possible de supporters, de susciter de l’émotion et de l’enthousiasme, de donner envie à des familles entières aux moyens souvent modestes de passer tout leur week-end à faire 2×5 heures de voiture en hiver pour venir supporter l’équipe sous la pluie au bout de la France.

Sans créer un engouement autour de soi, un club n’a plus de raison d’être. Le marketing, et donc honorer les joueurs, promouvoir les valeurs de l’équipe et valoriser ce qui est fait doit être le plus gros poste budgétaire après l’équipe première et la formation… Et le marketing dans le rugby doit se nourrir de respect, de traditions, de reconnaissance. Il doit trouver sa source dans le sang et la sueur des joueurs, dans les émotions qu’ils nous donnent au péril de leur santé, et dans l’immense humanité dont ils doivent faire preuve pour détruire leur adversaire sur un placage pour l’aider ensuite à se relever.

Le MHR se doit d’honorer FTD pour tout ce qu’il a apporté au club, et il se doit de le faire même si ce n’est pas naturel mais le calcul froid d’un marketeux qui doit prendre les meilleures décisions pour l’image de son entreprise, tout comme Jake White essaye de prendre les meilleures décisions pour mettre son équipe sur la plus haute marche à Barcelone. Il se doit aussi d’honorer autant, peut-être même plus, des monuments comme Thibaut Privat ou Nicolas Mas, qui ont tant donné pendant tant de temps, au rugby français. Sans vouloir hiérarchiser, FTD a encore le temps de nous faire rêver, mais ces deux là raccrochent pour de bon, et ils sont des exemples pour nous tous, de ceux dans lesquels nous puisons justement la force de ne pas nous perdre dans le professionnalisme comme ont pu le faire un temps le football ou la NFL.

Chaque fin de saison est un crève-coeur car nous devons dire adieux à des joueurs qui ont marqué l’histoire du rugby, en France et dans le monde. En plus de Thibaut Privat et Nicolas Mas, ils sont nombreux à raccrocher, comme Damien Traille, David Marty, Imanol Harinordoquy et tellement d’autres que je ne peux les lister ici… Le fait de ne plus les voir jouer ne veut pas dire que nous devons les oublier, bien au contraire. Ils sont l’ADN, avec ceux qui les ont précédés, du rugby français. Et à ce titre, il convient de les honorer.

Pour conclure sur ce point, j’espère qu’il y aura une cérémonie à Montpellier, avant le match ou après, voir une sorte de jubilé un peu plus tard, pour honorer tout ce que FTD représente… et si ça n’arrive pas, Mohed Altrad devrait avoir le même niveau d’exigence sur et en dehors du terrain, et recruter un patron du marketing à la hauteur des ambitions de son club. Je suis infiniment respectueux de son parcours avant et depuis le rugby, et reste persuadé qu’il en est conscient.

Enfin, sur le choix de FTD de quitter son club formateur pour aller vivre une autre aventure ailleurs, je pense que c’est sans aucun doute ce qu’il aurait du faire il y a des années déjà. Un joueur ne peut plus se réaliser au maximum de son potentiel sans changer de club, de culture de jeu et d’environnement. Il devrait se remettre en question tous les 3 ou 4 ans, changer de pays et de championnat, pour franchir des paliers sur lesquels il bute en restant dans sa “zone de confort”. Tu ne passes pas d’un club à l’autre seulement pour de l’argent, tu le fais aussi parce que cela fait de toi un meilleur professionnel, un meilleur joueur, un meilleur élément pour ton futur maillot, et peut-être un jour pour celui frappé du coq. La défense de Jake White, sur l’offre honorable qu’aurait déclinée François, est très maladroite. Cela n’a rien à voir. Pour la très grande majorité des joueurs que je connais (je dirais de façon subjective, pour 95% d’entre eux), l’argent n’est pas la principale motivation à moins d’être en toute fin de carrière, n’en déplaise à ceux qui se complaisent à décrire des mercenaires. La capacité à progresser, à gagner des titres et/ou vivre des moments forts, le projet de jeu, les gens avec lesquels ils vont travailler, la possibilité d’accéder à l’équipe nationale, l’ambiance… Tout cela a son importance, et mis bout à bout, cela représente souvent plus que le chèque à la fin du mois.
Un club, il y a quelques jours, s’est vraiment TRES mal comporté vis à vis d’un joueur, et qui plus est, de façon publique. Ce faisant, le message qu’il a envoyé est le suivant au reste de l’équipe, mais aussi à tous ceux qui pourraient un jour être tentés de le rejoindre : Aujourd’hui, c’est lui. Demain, ce sera sans doute vous.

Cet événement est passé relativement inaperçu parce que le joueur en question est loin d’avoir l’histoire d’un FTD au MHR, et qu’une forme d’omerta reigne. Toutefois, la méthode comme les dégâts occasionnés sont bien plus importants que ce qui est visible, pour le joueur évidemment qui prend un mur à pleine vitesse, mais aussi pour le club qui jette dans le doute ce qu’il a de plus important : ses joueurs et ceux des prochaines années. Ce faisant, en plus de les déstabiliser individuellement et en tant qu’équipe, il amène des joueurs fidèles voire encore sous contrat à se demander s’ils ne devraient pas aller dans un club plus… professionnel. Ce n’est pas vraiment le meilleur moyen de préparer une équipe à gagner des titres.

Pour en finir avec cette longue note que vous serez sans doute peu nombreux à lire jusqu’au bout, voici ce que j’aurais pu écrire plus simplement sur Twitter.

Je partage le niveau d’exigence de Jake White qui va aligner l’équipe qu’il pense la meilleure pour se donner toutes les chances d’aller le plus haut possible dans une fin de saison qu’il peut finir par remporter. Ce faisant, j’espère que le club saura honorer ces joueurs qui lui ont tant donné ainsi qu’au rugby français, se montrant ainsi, à la fois aussi humain et professionnel que notre sport se doit d’être à son plus haut niveau.

J’aime le rugby professionnel comme j’aime celui de nos villages, et il y a de la place pour tous, du TOP 14 à la Fédérale en passant par cette PRO D2 tellement enthousiasmante.

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