Oh putain, on n’avait pas de plan !

Cette note – qui va être assez longue – ne s’adresse pas aux experts du business mobile mais plutôt à ceux qui voudraient essayer d’y comprendre quelque chose sur la base de mots simples. Les autres, ne perdez pas votre temps, il fait un temps sublime et la piscine est à température idéale !

Privilège de vétéran, je retrouve dans l’avènement du mobile la même révolution que celle que nous avons vécu avec l’avènement du Web, avec 3 différences importantes : C’est bien plus puissant, ça va bien plus vite et on a déjà des business models éprouvés.

Bien plus puissant pourquoi ?

Parce que – par définition – le mobile est mobile et toujours dans votre poche ou votre sac à main. C’est donc une relation permanente qui s’installe là où vous deviez être derrière votre écran pour utiliser l’Internet il y a encore quelques années.
Il sait aussi où vous êtes donc les services qui l’utilisent peuvent le savoir aussi, pour peu que vous soyez d’accord ou que vous ne sachiez même pas que vous avez validé cette option.

Bien plus rapide pourquoi ?

Parce que même les moins clairvoyants d’entre nous se souviennent des erreurs du Web qui nous ont conduit à l’Hiver Nucléaire et donc vont directement vers là où la valeur se trouve. Aujourd’hui, on sait que l’Internet doit être simple, utile, ludique… et c’est encore plus vrai sur le mobile.

Des Business Models éprouvés ?

Il y a de nombreux moyens pour gagner de l’argent avec une application. Rien que pour la monétiser, il existe une bonne demi-douzaine de business models « classiques ». Quand Apple a lancé son AppStore, il y a eu un effet de bord sur la perception que nous avions du prix d’un logiciel. Payer 50 ou 60 euros pour un jeu ne choquait globalement personne AAS (Avant l’AppStore). Aujourd’hui, quand on trouve un jeu à 7.99 dans l’AppStore, on se dit qu’il doit être énorme pour être aussi cher… et la déception suit souvent juste parce que les attentes sont très élevées. Au-delà de 0,79€, il faut déjà que l’application soit à très forte valeur ajouté pour rencontrer un large public. C’est d’ailleurs ce frein psychologique qui a poussé au développement de nouveaux modèles de revenus autour du Freemium – via l’InApp Purchase majoritairement où le succès réside dans le fait de trouver le bon équilibre entre ce qui est donné gratuitement et la valeur de ce qu’il faut acheter – ou de la publicité sans même parler des Apps adossées à des WebServices.

Avec ses 3 atouts dans leur manche, les Applications Mobiles ouvrent de nouveaux terrains et de nouveaux marchés qui ne peuvent pas laisser insensibles les Marques – vous remarquerez que je parle de Marques et non d’Annonceurs – surtout en période difficile comme celle que nous traversons, quand les opportunités de faire croitre le CA ne sont pas légion.

Mais pour en bénéficier pleinement, il vous faut un plan !

Ces deux dernières années, que ce soit chez Digidust ou Labotec, nous avons eu des demandes pour des applications mobiles sur iPhone ou Android dont la principale motivation était qu’il fallait y être parce que c’était… Hype.

En général, nous recevions un cahier des charges fonctionnel mal ficelé, pensé comme un portage du Web vers le mobile, adossé à un budget fait au doigt mouillé et sans relation directe avec le dit cahier des charges.

Depuis le début de l’année – et en gros l’été dernier pour Labotec aux Etats-Unis – les clients que nous rencontrons comprennent que ce n’est pas la bonne approche. Ils commencent à nous solliciter au bon moment, très en amont, quand ils ont pris la décision que le Mobile était, pour eux aussi, un nouveau champs de développement à investir pleinement et non pas un simple terrain où porter son marketing.

Ils arrivent avec le bon cahier des charges, qui peut se résumer à « Comment le Mobile peut-il venir servir nos objectifs business ? » parce que c’est bien là que cela commence. De notre coté, nos confrères et nous faisons mieux notre métier car nous apportons bien plus de valeur à nos clients en injectant la dimension Conseil et en élaborant leurs Stratégies Mobiles… Oui, parce que le mot clé, c’est bien Stratégie !

Si vous voulez aller vers le Mobile – si vous ne voulez pas y aller, changez de métier, vous êtes irresponsable – il va falloir commencer par envisager cette démarche dans la durée. Qui est ma cible ? Qu’est-ce que je dois leur apporter aujourd’hui ? Et demain ? Quelle est la Road Map ? Comment j’en retire un bénéfice ? Combien d’argent suis-je prêt à y investir ? Quels choix technologiques dois-je faire pour ne pas me retrouver dans une impasse et devoir tout reprendre ? Mon organisation ou ma marque sont-elles prêtes à suivre le mouvement ? Comment je vais intégrer le tout dans une démarche globale cohérente ?
Et chacune de ces questions a une influence forte sur la stratégie mobile que vous allez déployer.

Prenons l’exemple le plus simple à comprendre : le prix. Je ne le choisi pas au hasard, c’est généralement le plus sensible 🙂

Fut un temps où nos clients nous disaient : Je voudrais une application et j’ai 30KE pour la faire – en considérant qu’il s’agissait d’un budget pharaonique – et pas un sous de plus. Très bien mais… Non, ça ne fonctionne pas ainsi car on n’achète pas simplement un bout de code avec une UI.

Ce que l’on achète vraiment, c’est un travail de réflexion sur le projet et la cohérence de l’application à sortir avec les objectifs. On achète également un choix technologique, qui peut se résumer à une décision à prendre entre HTML5 et Natif, mais pas seulement. On achète également une belle UI – User Interface – qui doit amener une belle UX – User eXperience – pour que l’adoption de l’Application soit bonne. On achète quand même du code, c’est évident et celui-ci se doit d’être adapté à la cible et à l’usage, tous ceux qui ont essayé de stabiliser une application puissante sous Android savent de quoi je parle. On achète aussi toute une batterie de tests, parce que ce n’est pas une fois l’App soumise et les premières évaluations dans le Store catastrophiques qu’on va décider de débugguer le produit… Vos utilisateurs/clients vous aiment ; respectez-les ! On achète ensuite un plan marketing, pour que votre application pourtant géniale ne reste pas « The Best Kept Secret in the World« . On achète aussi des compétences en ASO – lire AppStore Optimization – qui vont vous permettre d’être plus facilement trouvés dans le Search archaïque du Store et qui vont également vous permettre de transformer les visites sur la fiche de l’Application en téléchargements sonnants et trébuchants. Evidemment, nous aurons pris soin d’examiner les aspects juridiques liés à votre application, pour qu’elle ne vienne pas marcher sur les plate-bandes de qui que ce soit, respecte les ToS d’Apple, Google ou autres sociétés tierces impliquées, que vous en déteniez tous les droits et que votre propriété soit pleinement protégée. Enfin, il vous reste encore à prendre en considération la mise en place d’un contrat de maintenance qui va assurer la compatibilité de vos applications avec les futurs OS mobiles à venir – non, ce n’est pas couvert par la garantie du code – et les évolutions liées aux changements d’éventuelles API tierces utilisées par l’application, comme celles de Facebook, Twitter, Dropbox et autres services Web… sans même parler de toutes les bonnes idées de features qui vont émerger avec l’évolution de l’environnement et les feedbacks utilisateurs.

Quand vous allez essayer de faire tenir tout cela dans votre budget initial que vous pensiez donc, pharaonique, vous allez voir qu’il ne reste finalement pas grand chose pour assurer la qualité de votre produit. Evidemment, si vous ne le saviez pas, vous allez le découvrir dans la douleur, au pied du mur face à une application qui plante sur iOS6 ou qui ne permet plus à personne de l’utiliser car la création de compte se faisait via Facebook Connect et qu’ils en ont changé une virgule.

L’idée de cette note n’est évidemment pas de vous faire peur devant la montagne qui vous attend quand vous allez vous lancer, ni de pousser les tarifs à la hausse pour faire un peu plus de chiffre d’affaires. C’est d’expliquer aux plus néophytes d’entre vous qui se posent la question ou devraient le faire, pourquoi on ne se lance pas dans le mobile à la légère. C’est un univers à part entière, différent de l’Internet traditionnel, bien plus large que le simple marketing pourtant déjà très large. Il a ses règles, ses pièges, ses fantastiques opportunités, ses mirages et surtout, représente une immense porte ouverte sur l’avenir pour peu qu’on soit créatif et déterminé, mais aussi qu’on embrasse une vision globale, un vision transverse, une vision d’entreprise.

La bonne nouvelle, c’est que vous, vous avez un plan ! 😉

2 réflexions sur “ Oh putain, on n’avait pas de plan ! ”

  1. @Enzooo Je ne peux pas me rendre compte, ce n’est pas exactement ma spécialité mais je te fais confiance sur l’analogie. Merci pour le compliment !

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