Manipuler son ADN vers le Mobile

Lorsque j’ai commencé à « vendre de l’Internet », on parlait principalement de sites Web vitrines. Le plus souvent, nos clients ultra Brick & Mortar – les purs players n’existaient pas encore – voulaient surtout « y être », faire savoir qu’ils étaient « innovants » (mais on disait encore « moderne » à l’époque) ou faire « comme leurs concurrents » pour ne pas passer pour des cons. Que de mauvaises raisons mais au moins, ils faisaient un pas en avant.

Je n’en ai croisé presque aucun qui se soit dit : « Je vais repenser mon business pour l’adapter à cette révolution industrielle et préparer mon entreprise à ce futur proche si prometteur ». Je ne leur jette pas la pierre car à cette époque, les approches disruptives sur des métiers existants n’étaient pas légion et il fallait avoir une vision solide pour remettre en question un modèle fonctionnant à cause de gamins suffisamment arrogants pour penser changer le monde. Il y avait bien quelques nouveaux entrants – comme Google, Yahoo ou déjà Amazon – mais la majorité inventaient de nouveaux métiers, ils ne réinventaient pas les existants. Par ailleurs, on vantait davantage les levées de fonds énormes (et pourtant insignifiantes par rapport à aujourd’hui) sur des slides que les stratégies sur le long terme, ce qui avait tendance à promouvoir l’argent facile et rapide plus que les changements d’ère.

Mais doucement, l’Internet a commencé à entrer partout, de façon transverse, désintermédiant ou impactant chaque secteur d’activité l’un après l’autre, le plus souvent à chaque fois en bien.

Comme souvent en matière d’innovation, les barrières se sont rapidement effondrés avec l’adoption en masse qui apporte à chaque marché une taille critique et permet ainsi aux évolutions technologiques de voir leurs coûts baisser rapidement. Aujourd’hui, monter un projet dans l’Internet n’a jamais été aussi peu cher, grâce notamment aux frameworks, aux technologies Open Source et au Cloud, et le coût réel d’un projet s’est largement déporté de la technologie vers les hommes.

Pardon pour cette longue introduction, nous allons en venir au mobile…

Digidust développe des applications iPhone et Android

En 2013, nous avons la chance de traverser une nouvelle révolution de ce genre, à peine 10-15 ans après la précédente : Le Mobile.

Je parle de chance car 10-15 ans est très long à l’échelle de l’Internet mais finalement assez court pour que nous, qui avons travaillé dessus, soyons toujours aux affaires. Ainsi, nous revivons une expérience similaire, mais en ayant très frais à l’esprit les enseignements de l’époque ce qui ne nous empêche pas de faire des bêtises évidemment, mais au moins comme dit @JoelRubino, nous en faisons de nouvelles et non les mêmes.

En pensant son métier et son modèle AUTOUR du mobile, une entreprise va réellement investir sur son avenir, comme elle aurait du le faire avec le Web – si cela n’a pas été le cas – à l’aube de notre millénaire. Je suis émerveillé par les acteurs que vous connaissez tous à présent, comme Uber, Path ou Zillow… Tous pourraient évidemment vivre principalement sur le Web – certains le font – mais c’est le Mobile qui leur apporte vraiment ce qui les rend extraordinaires. C’est vrai lorsque l’on veut améliorer les caractéristiques d’un métier, mais ça l’est encore plus lorsqu’on veut le transformer en profondeur.

Vous avez peut-être entendu parler de Washio. La vidéo ci-dessous va tout vous expliquer…

Vous avez compris : Vous leur demandez de passer chez vous chercher le linge, ils sont sympa et vous donnent un cookie en arrivant – c’est de l’Internet, on est tous jeunes, hipsters et gentils sur les bords – puis prennent vos affaires qu’ils vont laver et vous ramener le lendemain, sentant bon le détergeant.

On pourrait très bien faire ça sur le Web, à l’ancienne, comme il y a 3 ans. Ils viennent chez vous, là même où trône votre magnifique PC écran 27 pouces pour que GTAV se sente à l’aise… Et pourtant non, c’est bien avec leur application iPhone ou Android, celle sur laquelle ils sont en train de concentrer toute leur énergie et leur cash, que vous avez envie de jouer. Pourquoi ? Simplement parce que ce qui est important, ce n’est même plus le prix (ils sont chers) ou le marketing (ils vous donnent un cookie), c’est votre expérience utilisateur.

Retenez bien ces deux mots car en eux réside l’avenir de notre profession : Expérience Utilisateur.

Il n’y a que le mobile qui puisse vous apporter une expérience vraiment unique, presque magique. Vous utilisez une application native, fluide et rapide, toujours disponible, dont l’UI, la User Interface, a été pensé pour que vous vous sentiez en confiance, que vous ayez envie de laver votre linge, là, tout de suite, parce que c’est fun. L’UX, la User Experience (l’UX & l’UI sont les Dupont & Dupont des applications mobiles), est elle aussi sous stéroïdes. Quelqu’un s’est dit que votre pouce droit en se détendant atteindrait sans effort le bouton le plus important (Il n’y a pas de gauchers dans le monde de l’UX car cette minorité invisible compliquerait encore plus les choses qu’au Golf), juste après avoir slidé pour choisir votre option. D’ailleurs, vous n’avez pas réfléchi, vous avez senti qu’il fallait slider, c’était comme une évidence qui s’imposait à vous. Vous étiez assis sur la cuvette de vos toilettes, vous avez slidé, appuyé sur le bouton idéalement placé et terminé ainsi votre lessive. Washio est fantastique, votre mobile est fantastique, vous êtes fantastiques !

Je sens que vous êtes à peu près d’accord avec moi, que mes arguments vous ont touché, alors on va pousser cette logique un peu plus loin. En effet, on parle de Stratégie Mobile, donc de ce que votre business sera dans 5 ou 10 ans.

Si vous avez regardé la dernière Keynote d’Apple, vous aurez noté que l’iPhone5S embarque un processeur M7, pleinement adapté aux usages mobiles et sur lequel Nike investi énormément pour Nike+ notamment. Nous savons que Google prépare la nouvelle génération de ses Google Glasses pendant que ses concurrents cherchent évidemment une alternative. Nul doute sur le fait que les montres connectées seront le cadeau de Noël idéal en 2014, si ce n’est pas dès 2013. Et je ne souligne là que les principaux devices qui fleurissent sur le marché.

Manipuler l’ADN de son métier ou de son projet pour le rendre Mobile, ce n’est pas seulement penser téléphone, c’est penser Objets Personnels Connectés. Evidemment, c’est un peu tôt pour être Mass Market, mais prendre en compte ces perspectives dès à présent et sans les implémenter aide à se projeter, à anticiper voir l’avenir. Ainsi, les distributeurs regarderont vers iBeacon quand les opérateurs médicaux chercheront des débouchées vers les montres embarquant des capteurs de rythme cardiaque ou de tension. Regardez les projections des Gartners et autres analystes puis souriez en vous disant qu’ils se trompent sans doute, à quelques dizaines de milliards près sur la taille de ces nouveaux marchés…

Je ne sais pas ce que vous faites comme métier, mais si vous m’avez lu jusqu’ici sans craquer, prenez 5 minutes de plus aujourd’hui pour vous demander comment le mobile pourrait venir transformer vos activités. Que ce soit directement au bénéfice de vos clients/users ou à celui de vos équipes, il s’agit de rendre votre travail plus facile, vos services plus efficaces, vos produits plus accessibles, plus en phase avec nos modes de vie actuel ou futurs. Je vous assure que c’est le moment où jamais de se poser cette question… et peut-être sortira-t-il de vos réflexions le Washio du sushis, le Google du Prêt à Porter ou le Uber de la clé de 12.

A vous de jouer !

3 réflexions sur “ Manipuler son ADN vers le Mobile ”

  1. C’est amusant. On nous avait prédit la mort des applications mobiles avec l’arrivée des nouveaux gestionnaires de contenus et d’HTML5 et pourtant il n’en est rien.
    Si d’un point de vue technique l’hypothèse se tenait, il faut bien avouer que l’utilisateur mobile que je suis ne voyait pas cela d’un bon oeil. D’autre part, d’un point de vue image, le logo d’un application dans le drawer d’un appareil mobile me semble bien plus visible qu’un favori dans un navigateur mobile. Même si les applications mobiles, ça va, ça vient, globalement il me semble que ça reste plus longtemps dans l’appareil que l’adresse d’un site web, pour peu qu’on ait l’ambition de fidéliser le client.

    Amusant l’exemple que tu as choisi. Moi, au lieu d’offrir un cookie (ou en plus), j’aurai fourni un tag NFC à coller sur la panière de façon à ouvrir automatiquement l’application. Ou alors à envoyer à un ami pour gagner des lavages gratuits. Et j’aurai proposé de poser un QR code sur les étiquettes de vêtement de façon à ce que l’entreprise puisse trier les vêtements des différents membres de la famille (et par là, mieux connaitre mon coeur de marché).

    C’est bête, j’ai des idées pour les autres mais pas pour moi. Au delà de ça, OUI, l’invasion mobile a bien quelque chose d’inéluctable mais aussi d’extrêmement excitant du bien de vue de l’entrepreneur.

  2. Bonjour Pierre-Olivier,

    J’ai tout d’abord réagit hier sur Twitter de manière enthousiaste à ton billet, et cela pour au moins 4 raisons ;

    1) a l’époque ou certains ne voient l’UX que comme une tendance (par conservatisme, peut être, ou encore manque d’ouverture et de vision) ou encore comme un nouveau truc que n’importe qui va pouvoir vendre n’importe comment (c’est la crise il parait…), c’est stimulant et rassurant de lire d’un entrepreneur référent du numérique « Retenez ces deux mots car en eux réside l’avenir de notre profession : Expérience Utilisateur. » A mon sens tu as donc définitivement sorti ce terme de la simple #tendance pour rappeler qu’elle devient une dimension incontournable dans la conception de produit, de services, de relation avec la marque… de la stratégie et du business !

    Nous arrivons dans une époque où finalement ce n’est plus la peine de parler de contraintes techniques ou de puissance d’un appareil. Ce qui est important, ce n’est pas ce que les appareils savent faire : c’est ce que les gens savent et peuvent faire avec ces appareils. C’est donc l’expérience utilisateur qui fait la différence. Et l’interface utilisateur de cet appareil joue un rôle très important dans cette expérience utilisateur. Ce qui m’amène au deuxième point :

    2) Travaillant dans le domaine de la conception d’interfaces utilisateur, je ne peux qu’adhérer à ton discours. A l’époque des appareils mobiles et leurs usages omniprésents, on ne peut plus parler d’expérience utilisateur sans parler d’interface utilisateur… et inversement. Car cela impose souvent des remises en question sur les manières de travailler chez tous les acteurs de la conception d’un produit, d’un service, d’une interface.

    3) Malgré ton pied en Floride et l’origine anglo-saxonne du terme, c’est appréciable de te voir utiliser le terme d’eXpérience Utilisateur dans notre langue de Molière (j’ai rajouté les majuscules pour rappeler que l’on parle d’UX pour User eXperience).

    4) Je partage ton point de vue sur le lien fort entre l’importance de la stratégie mobile (au sens large : smartphones et objets connectés d’aujourd’hui et de demain) et l’expérience utilisateur. J’ai eu envie, dans ce dernier point de mon commentaire, de venir appuyer ici ta réflexion concernant les enjeux.

    Les usages mobiles des smartphones ont fait voler en éclat de nombreuses frontières spatiales et temporelles. En permettant une connexion permanente et partout aux contenus personnels et professionnels. De manière encore plus spectaculaire, les visions qui séparent le online du offline ou le réel du numérique n’ont désormais plus de sens. Ces frontières n’existent plus. Dans l’immédiateté, le consommateur utilise en magasin son propre smartphone pour lire les prix, les informations techniques et les avis en ligne sur un produit. Dans l’anticipation, un autre consommateur préparera en ligne, en situation de mobilité (ou non) son achat, afin de récupérer rapidement le produit, optimiser son déplacement et son temps de parcours et d’attente pour le retrait en magasin physique (Web to Store).

    Le smartphone devient tellement omniprésent dans une multiplicité d’usages grands publics et professionnels qu’on ne peut plus penser la relation avec une cible, un citoyen, un individu sans la présence de ce support. On ne peut plus seulement parler de consommateur, mais de consommateur-utilisateur « Consuser ».

    Tout d’abord, les usages mobiles permettent d’imaginer de nouvelles façons d’interagir, de nouveaux services, produits. Mais quand on sait que les points de contact avec le produit, les marques, les processus et les personnes se multiplient, la stratégie mobile ne peut être pensée isolément de la stratégie globale, afin de maintenir un ensemble cohérent, notamment pour l’utilisateur final. Et pour penser global, dans un monde où information, technologie et usages évoluent très vite, il est devenu nécessaire, quand on réfléchit au business, de prendre du recul et surtout de la hauteur afin de faire les bons choix. Evidemment, ces enjeux varient beaucoup selon le secteur, la taille et les cibles de l’entreprise qui réfléchit à sa stratégie.

    Au final, ce que nous apprend l’importance de l’expérience utilisateur avec les produits mobiles omniprésents et à venir, c’est qu’ils contribuent fortement ou peuvent même se confondre avec l’expérience globale de la relation avec la marque, le produit, entre les usagers. Et cette expérience doit être enchantée, dans ce monde ultratechnique et saturé d’informations et d’images, afin de capter l’attention, créer la différence, être adopté, développer la préférence, fidéliser et engager.

    Cet enchantement passe bien souvent aujourd’hui et inévitablement demain par la magie de ces échanges entres les hommes et ces machines connectées qui nous suivent désormais partout au contact de notre corps : dans la poche, la main, sur le poignet, dans les oreilles et devant les yeux.

    Pierre Lannes aka @titounet

  3. Je vous rejoins sur différents points. Il faut bien voir aussi que concevoir une expérience utilisateur sur un mobile, c’est rentré dans un monde de contraintes où il est compliqué de faire simple. Mais cette approche « Mobile First » comme ont dis dans le milieu de l’UX a un gros avantages, elle oblige a se concentrer sur l’essentiel, sur le cœur de métier. Cela n’empêche pas dans un deuxième temps d’avoir une interface distribuée (et pas copiée) sur différents supports.

    « Il n’y a pas de gauchers dans le monde de l’UX car cette minorité invisible compliquerait encore plus les choses qu’au Golf » Là petite erreur, les gauchers sont pris en compte, comme tout ce qui est « design pour tous » ou accessibilité, c’est juste que sur des appareils comme l’iphone, c’est très bien fait et donc effectivement ça ne dérange pas les utilisateurs qui n’en ont pas le besoin. Globalement l’idée, c’est de faire des choses qui respectent les standards. Donc si l’utilisateur a un besoin spécifique, il a sans doute à sa disposition un outil capable de lire ces même standards. Je ne peux que conseiller de faire un petit tour dans les paramètres « accessibilité » sur un iPhone ou un Mac. Les autres plateformes se sont fortement améliorées mais ne sont pas encore à niveau.

    @ Philippe Pour ce qui de l’expérience utilisateur et du HTML 5, la web apps météo france sur iphone (et sans doute android) est bon contre-exemple.

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