Le passage…

C’est l’anniversaire de ma grand-mère aujourd’hui. Elle nous a quitté il y a 18 mois environ. Je suis un petit fils du XXIème siècle, de ceux qui n’ont pas le temps d’aller voir leurs grands-parents, parce qu’ils habitent trop loin, parce que j’ai tellement de responsabilités, parce qu’au bout d’une heure, on ne sait déjà plus quoi y faire…

Et un jour, ils s’en vont, sans nous prévenir, sans nous dire que cette dernière visite était importante parce que justement, c’était la dernière. Seuls eux savent ce genre de choses mais ils ne nous le disent pas, pour ne pas nous déranger sans doute, et aussi parce qu’ils savent qu’il y a un temps pour tout, notamment un temps pour s’éclipser doucement et nous laisser prendre soin du monde.

serenite

Dans les yeux de ma grand-mère, j’ai toujours été un enfant. J’avais presque 40 ans qu’elle m’offrait encore des tablettes de ce chocolat au lait bon marché que je n’aimais pas (je ne le lui ai jamais dit pour ne pas lui faire de peine et j’en ai mangé pendant des années) et des boudoirs bourratifs d’un autre temps, dont un seul jeté dans l’eau pourrait assécher le Bassin d’Arcachon en quelques secondes. Evidemment, cela me faisait sourire de la voir me traiter ainsi, moi, le businessman qui faisait toutes ces choses si importantes avec un Internet dont elle ne savait rien… mais je crois aussi que dans une sorte de régression plus ou moins consciente, j’aimais sentir que j’étais toujours ce petit garçon pour elle, une sorte d’innocence éternelle, et que cela suffisait à la rendre fière de moi.

Ce soir, je ne me sens pas très bien. J’ai du recevoir un reminder de mon agenda pour me souvenir que ce serait aujourd’hui son anniversaire… mais plus grave que cela, j’ai du attendre ce même reminder pour m’apercevoir que je n’avais pas vraiment pensé à elle depuis des semaines, peut-être des mois.

La mort fait partie de la vie, et j’y ai pas mal réfléchi ces derniers temps pour plein de raisons différentes. J’ai toujours été choqué d’apprendre un lundi qu’un proche nous avait quitté, d’être à son enterrement le jeudi et de voir que le week-end suivant, la terre continuait de tourner comme si de rien n’était… sans lui. Quand on dit en philosophant que l’on n’est que de passage, on ne se rend pas compte à quel point c’est vrai, à quel point c’est terriblement vrai.

Quand je partirai, il ne restera pas grand chose derrière moi, si ce n’est la peine que j’espère la plus éphémère possible de mes proches et quelques #RIP sur Twitter chassés rapidement par une vidéo de LOLCats. En prendre conscience te rend modeste, c’est un excellent exercice. Il n’y a qu’une poignée d’humains, sur ces deux derniers millénaires, dont on se souvient vraiment… et vous et moi n’en faisons probablement pas partie.

La très grande majorité d’entre nous ne faisons que passer. Maintenant que je l’ai compris, je vais m’appliquer à concentrer mon attention et le peu de temps dont je dispose sur les choses véritablement essentielles, non pas parce que j’ai peur de mourir mais simplement parce que c’est ce qu’il convient de faire.

PS : Mamie, si tu me vois d’où tu es, sache que je sais que tu n’as pas attendu de lire ces quelques mots pour me pardonner mon inconstance, avant même que j’en prenne finalement conscience. Tu seras sans doute heureuse de savoir que j’ai appris quelque chose de fondamental, quelque chose que tu savais déjà depuis longtemps mais qui ne peut pas se dire ou se transmettre, qui ne peut que se comprendre quand le moment est enfin venu. Je t’embrasse bien affectueusement.

8 réflexions sur “ Le passage… ”

  1. ce que je trouve troublant moi c’est qu’il semblerait que des gens arrivent de temps en temps à penser à autre chose qu’à l’insoutenable éphémérité de notre être.
    Heureusement il nous reste le #lol 😉

  2. @JCFrog Se faire happer par le flot est très facile, et il n’y a que les événements graves qui t’en font vraiment prendre conscience. Je ne jette pas la pierre à ceux qui ne se rendent pas compte, j’ai été l’un d’eux plus que de raison… et je ne suis d’ailleurs pas encore immunisé pour ne pas le redevenir.

  3. Un de tes meilleurs billets d’humeur Olivier ! Il parait que ces moments « d’humanité » se répètent en prenant de l’âge….. L’information numérisée est immortelle : quid de l’Homme ?Toujours aucun RAZ possible ou autre plug de sauvegarde. C’est cruel et salvateur à la fois….

  4. Très joli post, touché d’une mélancolie qui s’habille de pluie… Il y a environ de ça, des médecins m’ont pronostiqué – par erreur – plus que quelques mois à vivre à cause d’une tumeur au cerveu (qui s’est avérée bénigne)… Voir le bout du voyage nous fait nous rendre compte qu’on n’a fait que se diriger vers cette destination et qu’on n’a pas assez profité du paysage, et surtout pas assez partagé avec les autres passagers…

  5. Wow, très beau billet, même si je pense que le web trouvera justement le moyen de laisser peut-être plus de « traces » derrière soi, maintenant la question est aussi de savoir si c’est vraiment positif finalement, est-ce que notre but propre est de laisser quelque chose derrière soi ? Je pense qu’il faut déjà réfléchir à apprécier le moment présent, c’est déjà chose délicate dans ce monde ou l’on vit trop souvent dans le futur…ou dans le passé pour certains.

  6. Très beau texte et qui me semble malheureusement vrai aujourd’hui. Pour ma part, je ne souhaite pas laisser quelque chose derrière moi, je pense qu’il faut profiter de l’instant présent même si pleins de choses nous font penser au passé avec nostalgie mais c’est la vie et nous nous devons de la croquer à pleine dent même elle s’éfforce de nous mettre des batons dans les roues.
    Carpe diem!

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