Jusqu’à posséder l’Internet…

Vous êtes sans doute tombé sur cet article terrifiant. Des millions d’utilisateurs de @Facebook ne savent pas qu’ils utilisent l’Internet. Relisez cette phrase qui ne veut rien dire pour la majeure partie d’entre nous mais est pourtant le reflet de la réalité pour un nombre croissant de personnes dans le monde.

“Awareness of the Internet in developing countries is very limited. In fact, for many users, Facebook is the internet, as it’s often the only accessible application.”

Cette déclaration n’est pas de moi mais de Iris Orriss, qui dirige l’internationalisation de Facebook. C’est d’autant plus inquiétant que le prochain milliard d’utilisateurs de Facebook viendra de ces pays.

Internet Users versus Facebook Users

Les plus anciens d’entre vous se souviendront d’AOL, qui offrait un écosystème complet avec son kit de connexion. Les utilisateurs pensaient être sur Internet alors qu’ils étaient sur la plateforme propriétaire d’AOL. Ils avaient bien accès à Internet, via un lien qui fut un temps, en haut à droite de l’interface (si ma mémoire est bonne), peu visible et absolument pas intuitif. Facebook est en train de faire encore plus fort que cela, en laissant penser qu’il est l’Internet. De nombreux opérateurs dans les pays en voie de développement offrent un accès à Facebook gratuitement – ou à très bas prix – dans leur abonnement, favorisant ainsi une large et rapide adoption sur la seule zone de croissance possible pour le réseau social.

Je m’inquiète évidemment de voir cette tendance s’accentuer pour des raisons tellement nombreuses que je ne pourrais toutes les mentionner ici. En vrac, je vais citer quelques unes.

Facebook est une plateforme fermée et propriétaire. Voir que la #NetNeutrality était en grave danger – malgré une récente victoire très significative – m’inquiétait. Imaginez un contrôle de 100% de l’accès comme du contenu… Orwell passe pour l’auteur de « Oui-Oui et la Gomme Magique » à coté de cette perspective.

L’Internet – tout comme la mondialisation – représente à mes yeux le meilleur moyen de réduire la pauvreté et la violence dans le monde, en apportant le savoir, l’information et des revenus à tous. Laisser une plateforme privée jouer ce rôle est la négation même de ce formidable bénéfice pour l’humanité.

Si la majeure partie des utilisateurs se contentent de Facebook, nous devrons tous travailler avec – et, pour cela, probablement payer – Facebook : Entrepreneurs, annonceurs, médias, commerçants, politiques, enseignants… Devinez comment le rapport de force s’établira ?

Je parle de Facebook, mais soyons réalistes : Google travaille dur pour nous « reprendre » l’Internet et pour conquérir avant tout le monde les zones de croissance, en contrôlant l’accès au réseau mais aussi au contenu. Les patrons de presse Allemand s’en souviennent encore très bien, quand ils ont du supplier Google de bien vouloir ré-indexer leur journaux, après avoir tenté la voie de l’opposition frontale au géant. Accès, Email, Search, Browser, Maps, Vidéo, Mobile, AI… Mis à part pour le 1er, Google est dominant partout, et dans le monde entier.

Effectivement, l’approche de Google semble bien plus ouverte que celle de Facebook, mais le résultat est exactement le même : Se battre sur tous les fronts jusqu’à posséder l’Internet.

Je sais que pas mal d’Hommes politiques, d’entrepreneurs et d’investisseurs passent sur ce blog, donc j’en profite pour leur poser – ou plutôt, leur demander de se poser – la question : Doit-on vraiment laisser faire ça ?

Se battre pour la Neutralité du Net est un combat majeur, mais il est presque moins important – je ne pensais pas écrire ces mots avant de réaliser l’importance du danger – que de se battre pour ne pas voir tomber Internet entre les mains d’une société privée.

2 réflexions sur “ Jusqu’à posséder l’Internet… ”

  1. Eh bien, non, je n’étais pas tombé sur l’article auquel tu fais référence. Et franchement, il fait froid dans le dos quand on considère internet comme un espace de liberté (même si on sait qu’il a aussi son côté noir et qu’il peut être l’espace de tous les excès).
    Google, Facebook aux rênes de l’internet, c’est la mort d’internet. Car ceux qui voudront amener de la valeur (économique bien sûr mais aussi culturelle ou intellectuelle) via ce média devront payer leur dîme ou se taire et mourir un peu.
    Ou alors naîtra un média alternatif qui rapprochera les hommes, les peuples, les entreprises faisant fi des frontières et des distances. Je rêve peut-être un peu, là.

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