Apple : L’héritage impossible

J’ai regardé le Keynote de #Apple hier, d’une part, parce que @Digidust développe des applications mobiles donc je me dois de comprendre vers où va cette industrie, et d’autre part, parce que j’aime cet exercice de vente parfaitement huilé.

@TimCook présentait les résultats de son entreprise avec passion, vendait les nouveaux produits – #AppleWatch en tête – et survendait l’évolution des anciens, faisant même un peu d’humour de façon assez naturelle au point que j’en vienne à douter que c’était dans le script…

Bref, Tim Cook était CHEZ LUI.

Pourtant, vous vous souvenez sans doute de Steve Jobs, le précédent CEO d’Apple, connu pour être « Half Asshole / Half Genius ». Il est entré dans la légende le jour de sa mort, laissant des millions de fans inquiets pour l’avenir d’Apple. Je ne crois pas avoir souvenir que le décès d’un capitaine d’industrie n’ai jamais autant secoué le monde. Les hommages étaient unanimes et la couverture média digne du 1er pas sur la lune. On entendait les cris désespérés des AppleBoys, évoquant la perte d’un guide spirituel, d’un père, d’un héros de l’Humanité. Certains se sont même fait tatouer son visage sur diverses parties du corps.

Puis est venu le temps de la succession impossible. Qui derrière Steve Jobs pouvait reprendre les rênes d’Apple ? Tim Cook était déjà annoncé comme le dauphin depuis longtemps, et s’y préparait sans aucun doute… mais comment passer après le charismatique Steve Jobs une fois celui-ci disparu ? Comment gagner la confiance des clients / employés / investisseurs sans faire du Steve Jobs, un t-shirt noir presque impossible à endosser pour qui que ce soit ?

Alors Tim Cook a fait… du Tim Cook. Il s’est d’abord montré discret, comme pour respecter un temps acceptable de deuil et a lentement commencé à marquer Apple de son empreinte. Il a rapproché la société encore un peu plus des paillettes – très lucratives – de l’Entertainment, en acquérant Beats et faisant de Dr Dree un Vice-Président plutôt décalé. Il a mis volontairement son homosexualité en pleine lumière pour la rendre encore plus normale, tuant dans l’oeuf les éventuels griefs d’une Amérique encore tellement puritaine. Surtout, il a enrichi le portefeuille produit de la firme et en a fait – sur la lancée de Steve mais ça n’aurait pas suffit – l’entreprise la plus chère et la plus riche du monde.

Evolution du cours de bourse d'Apple

Devant lui s’ouvre à présent un boulevard pour continuer de changer le monde. Il s’intéresse au secteur de l’énergie, en particulier solaire, dans lequel il investit massivement. Une rumeur de plus en plus insistante parle du rachat de Tesla par Apple, sur un ticket qui pourrait aller au-delà des $75B. Même séparément, les potentiels d’Apple Pay et du Health Kit sont, chacun dans leur domaine, tout simplement phénoménaux… et ce n’est qu’un début, comme on peut le deviner avec le lancement du Research Kit. iOS a offert à Apple un lien omnipotent et permanent avec chacun de ses utilisateurs. Comme disent les Américains, « Sky is the limit » et je crois vraiment que Tim Cook a une vision claire de ce ciel où il veut emmener sa société. Je n’ai jamais acheté d’actions Apple et pourtant, elle va monter encore – tout comme celle de Google, au passage – car c’est inéluctable.

Hier, je regardais Tim Cook devant l’écran géant où brillait de mille feux une Apple Watch hors de prix. Il était conscient de sa force et aussi de ses faiblesses. Il était à la fois très humain, à la fois sur une autre planète. Je ne voyais pas l’ombre de Steve Jobs derrière lui, il était clairement seul en scène. Il n’avait pas tué le père, il lui avait simplement succédé, quand le moment était venu. Apple version 2015 lui ressemblait beaucoup et je suis profondément admiratif du tour de force qu’a réalisé cet homme, en s’appropriant et bonifiant Apple, un héritage impossible.

2 réflexions sur “ Apple : L’héritage impossible ”

  1. Je partage ton avis sur le talent de Tim Cook pour reprendre le flambeau laissé par Steve Jobs. Ce n’était pas chose simple de passer après une icône, l’incarnation d’une marque.

    Par contre, j’avoue moins partager cette admiration pour des prédateurs – le mot est fort -, qui certes sont très bons, excellents même, moteurs d’une certaine innovation et qui changent le monde à leur façon, mais toujours à des fins purement merchantiles. J’ai rien contre le commerce. Je suis indépendant, je vends ts les jours mes services, mes produits et j’essaye d’en vendre le plus possible et le plus cher possible.

    Pour autant, j’essaye d’avoir une éthique et je respecte bcp plus les gens qui travaillent et prospèrent avec une éthique que ceux qui placent le profit en premier sur la liste des priorités. Apple a une fortune qu’on a jamais vu avant et pourtant ils continuent à ne pas participer à l’effort commun aux USA par ex en planquant ses bénéfices dans des paradis fiscaux. Je trouve ça lamentable et il m’est difficile d’être émerveillé par un dirigeant qui valide ce genre de pratique.

    C’est très démago sûrement, mais je suis plus émerveillé de lire l’histoire d’un chirurgien qui vient de greffer des mains à des patients avec des moyens dérisoires en Autriche (qq millions d’€), plutôt qu’une montre qui va m’alerter de ma prochaine réunion, développée à coup de centaines de millions d’€.

    Je trouve que notre société perd un peu le sens des priorités. Des inégalités, il y en a toujours eu et il y en aura toujours, mais je rêve quand même de les voir se réduire chaque jour un peu plus et pas du contraire. Mais je deviens hors sujet !

  2. @Bastien Tim Cook est en place pour assurer l’avenir de l’entreprise, ainsi que son développement pour ses salariés et ses actionnaires, dans une ligne directrice fixée par le Board. La question n’est pas de savoir s’ils sont trop riches – ce qui ne veut rien dire – ou de les comparer à un chirurgien. Un pompier qui sauve une vie « crée bien plus de valeur » qu’Apple… mais ce n’est pas la vocation d’Apple de sauver des vies, pas leur core business je veux dire.

    Tim Cook essaye, comme toi, de vendre le plus possible et le plus cher possible. Son effet de levier est juste très différent du tien. Sur la fiscalité, ce que fait Apple est légal – au moins à ma connaissance – et tu imagines Cook demander à ses avocats fiscalistes de mal faire leur job pour payer davantage d’impôts ?!?

    Apple a décidé de servir son pays en investissant comme Cook le souhaite son argent. On les retrouve donc dans le solaire à créer des milliers d’emplois au coeur du territoire (donc dans l’économie US) mais aussi à décider de rapatrier une usine de production aux US au lieu de la laisser en Chine… Leur argent, leur décision. Mais au final, je pense que le contribuable américain s’y retrouve pas si mal que cela.

    Les US ne sont pas vraiment un pays à l’arrêt ou en crise. La croissance est là et on frôle le plein emploi.

    Après, à partir de combien de cash disponible doit-on voir le surplus confisqué par un gouvernement sous le prétexte que la société est trop riche, je n’en sais rien… mais je pense que beaucoup de traités de communisme ont une idée précise sur le sujet 🙂

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