Réflexions autour du déclin de Twitter
Cette note va être longue, pas très passionnante… et je l’ai principalement écrite pour que cela m’aide à réfléchir, à titre personnel. Ne venez donc pas vous plaindre si vous n’avez rien appris (voir même, rien compris !) ou si vous avez perdu votre temps
Twitter est sur le déclin.

Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les derniers chiffres disponibles… Bien-sûr, la croissance est toujours au rendez-vous mais elle faiblit : de moins en moins de comptes créés, un taux d’attrition toujours aussi élevé et des relais de croissance qui peinent à émerger.
Dans un même temps, l’eldorado marketing que représente Twitter est source d’une immense pollution qui décourage les nouveaux entrants dès leur arrivée et leur phase d’apprentissage. Sérieusement, vous voulez vraiment discuter avec un expert du développement personnel installé au Québec et qui vous promet 8000$ / mois en restant à la maison, alors que vous ne le connaissez pas ?
Cela fait déjà deux ans que j’essaye toutes les idées qui me passent par la tête pour comprendre comment utiliser Twitter dans les meilleures conditions. Je le fais sous l’angle des Usages Individuels comme sous l’angle des Usages Corporates. J’ai déjà créé plusieurs comptes, en ai porté deux en parallèle (un en Français et un en Anglais) avant de renoncer, eu plus de 3000 followings avant de redescendre à une trentaine, eu plus de 2000 followers avant d’abandonner ce compte pour en créer un nouveau un peu plus propre (qui devrait lui aussi passer les 2000 followers dans les semaines qui viennent sans que je sache exactement pourquoi), mis en place des Auto-Follow et des Auto-DM avant de supprimer tous ces trucs de Bots, fait de grands ménages sauvages avec des outils de gestion de masse, recherché des critères pour suivre les gens (comme par exemple d’accepter tous ceux qui me parlaient réellement ou ceux qui utilisaient mes 2 ou 3 hashtags préférés), etc…
Ce faisant, j’ai compris tout un tas de choses… et j’ai surtout compris que, comme pour tous les services disruptifs, il y a une place à trouver que seule l’expérience peut nous aider à définir. Peu de personnes disposent de cette maturité ; je n’en connais personnellement aucune et ce n’est pas mon cas non plus. Toujours est-il que Twitter vient d’entamer ce que l’on pourrait appeler la « Mauvaise Pente », alors que Facebook, toujours aussi critiquable après avoir soufflé sa sixième bougie, caracole en tête et bat records sur records (y compris avec des interfaces instables !)
Dans la Valley (je croyais qu’on y était mieux informés qu’ailleurs !), certains commencent même à comparer Twitter à Second Life ! Je sais, c’est très con.
Par le petit bout de la lorgnette, on pourrait dire que ce n’est pas faux. Les deux phénomènes ont connu une croissance extraordinaire en très peu de temps, portant des promesses aussi fortes qu’impossibles à tenir. Les entreprises ont vu dans les 2 un territoire à occuper, tout simplement parce que le Marketing va là où sont ses cibles (et jusque là, tout est normal, c’est le contraire qui serait étonnant). Mais la comparaison s’arrête ici.
Second Life ne peut pas émerger parce que la technologie n’est pas accessible au plus grand nombre et Le Marché, c’est le plus grand nombre… Le reste, ce sont des niches plus ou moins exsangues.
Par ailleurs, l’usage de Second Life, dont l’avenir passait à mon sens par les entreprises en premier lieu dans une logique d’amorce d’évangélisation des utilisateurs, souffrait d’analogies inadaptées, en 2006-2010, au monde du travail, comme sa ressemblance frappante avec les jeux vidéos par exemple. Les Univers Virtuels en général et Second Life en particulier, ne sont pas des jeux, mais ils y ressemblent vraiment trop pour qu’un décideur, qui ne fait pas l’effort de comprendre les enjeux d’un « truc qui a l’air compliqué », n’y pense pas instantanément. Et dans nos entreprises, mon bon monsieur, nous faisons des choses sérieuses, nous ne jouons pas !
Je ne parle même pas des problèmes de sécurité liés à des Firewalls imperméables ou de parc de machines incapables de faire tourner correctement tel client ou tel client. L’avenir est – depuis longtemps – à des offres telles que celle que David, avec qui j’ai eu la chance d’être associé jusqu’à l’an dernier, essaye de développer… mais encore faudrait-il que les entreprises jugent ces offres de façon objective et leur donnent une vraie chance. J’ai peur que ce ne soit pas gagné…
Pour Twitter, tout est plus simple. La technologie est mûre, du moins suffisamment pour être accessible au plus grand nombre. Cela ressemble un peu à des SMS et on y parle comme sur un chat (même s’il est asynchrone). On peut y engager des conversation très facilement, publier 140 caractères d’intelligence comme de plate vie quotidienne… donc tout ça n’a rien de sorcier, c’est de la communication. En plus, des acteurs comme Seesmic et quelques autres font de gros efforts pour rendre l’usage de Twitter le plus simple possible. On n’y est pas encore tout à fait, mais c’est bien mieux qu’avant et de toute façon, ce n’est pas de là que viendra le danger. Même les médias et les politiques y sont et vous donnent l’impression qu’ils se mettent à votre porté, juste là, au bout du clavier… Si ça ce n’est pas un bon levier de motivation pour la foule !
A mon sens, le danger vient de l’erreur d’appréciation que nous avons tous fait, à un moment ou à un autre, sur l’usage de Twitter.
Je m’en veux un peu sur ce point. Depuis le début, j’avais la clé sous les yeux puisqu’il était communément reconnu que Twitter était un service de micro-blogging. Lorsque j’ai compris ce que cela signifiait réellement, j’ai fait un énorme pas en avant (je sais, je n’ai vraiment pas été très rapide sur ce coup !).
Il y a deux composantes à Twitter : les Followers et les Followings.
Du coté des Followers, peu importe le nombre tout comme le nombre de personnes qui passent sur un blog n’a également aucune importance ; ce qui compte est la qualité de cette audience. Imaginons un instant que vous disposiez simplement de quelques centaines de followers mais que cette audience soit exclusivement composée des personnes invitées à Davos chaque année, vous auriez alors la possibilité de vraiment changer le monde, pour peu que vos idées et interventions tiennent la route.
Je ne suis pas prêt à parier que @aplusk ait les moyens de changer le monde, même avec ses 4,5 millions de followers.
Maintenant, regardons du coté des Followings. Le principal reproche fait à Twitter est d’être polluant. Pourtant, il suffit de ne suivre que ceux – y compris les entreprises ou les marques – qui vous apportent réellement quelque chose. La pollution baisse instantanément car les informations qui peuplent alors votre Timeline sont potentiellement intéressantes. En fait, ramené au monde des blogs, c’est tout simplement comme si vous choisissiez que les blogs qui traitent de sujets qui vous intéressent. Dit comme cela, c’est assez simple et logique… Vous le faites naturellement depuis longtemps. Pourtant, sur Twitter, nous avons tous tendance à suivre plus ou moins n’importe qui ou n’importe quoi ?!?
Il faut également souligner un point : Twitter permet au premier venu de s’exprimer, pour peu qu’il soit capable d’aligner 140 caractères. C’est un peu comme si on considérait les arbitres de boxe comme des mathématiciens parce qu’ils maitrisent à fond les 10 premiers pas… Ainsi, en jetant un oeil sur votre Timeline, vous allez très vite vous apercevoir que les critiques de tout et n’importe quoi, fusent de toute part, apportant énormément de négativité et peu d’intelligence. C’est un fait : détruire est plus facile que de construire… et c’est d’ailleurs sur le terrain politique que c’est le plus flagrant. Au bout d’un moment, c’est assez fatiguant et cela pique un peu les yeux.
Heureusement, et accrochez-vous car ce point est une découverte incroyable, vous pouvez arrêter votre client Twitter et vous affranchir ainsi de la dictature du Web en temps réel, qui vous amène très vite toutes ces informations indispensables à votre vie quotidienne, comme le lien vers la vidéo sur YouTube de cet Australien qui a essayé de plaquer un semi-remorque lancé à pleine vitesse ou cette référence stupide de BHL à un philosophe n’ayant jamais existé (car avant cette information, on ne savait pas que les livres de BHL ne nous servaient à rien !).
J’ai porté le nombre de personnes que je suivais à moins de 500 et je vais sans douter le baisser encore de façon très significative. L’idée est de ne suivre que ceux qui sont dans mon écosystème (ou devraient y rentrer). Quand quelqu’un dit quelque chose qui m’intéresse, cela ne signifie pas que TOUT ce qu’il dit m’intéresse, ni même que j’ai le temps de tout scruter. Je ne vais donc pas le suivre pour autant, mais simplement discuter avec lui de temps en temps… A noter, au passage, que cela va me valoir quelques messages me traitant de snob (sur Twitter, il n’est pas de bon ton d’être plus suivi que ce que l’on suit) ou quelques rancoeurs, simplement parce que le fait de ne plus suivre quelqu’un est le plus souvent considéré par la personne en question comme une attaque personnelle (alors que ça n’a rien à voir et que c’est le fait de le bloquer qui en est potentiellement une !).
Concernant les marques et entreprises, c’est un peu pareil ; je veux ouvrir un dialogue avec celles dont j’utilise les produits ou les services, mais je ne vais pas me mettre à suivre une marque, uniquement parce qu’elle est là ?!?
Bon, on parle, on parle… mais cela ne nous avance pas beaucoup sur le sujet principal à savoir le Déclin de twitter
Je crois qu’il y a un risque réel de voir Twitter disparaitre (enfin, dans le sens où Second Life a disparu… si on peut considérer que c’est une disparition) si les usages ne gagnent pas rapidement en maturité et que la valeur pour les nouveaux entrants ne leur saute pas aux yeux. Twitter travaille déjà dans ce sens mais il va falloir qu’ils aillent plus vite… s’ils ne veulent pas que Facebook (et Google qui devrait annoncer quelque chose dans ce sens dès ce soir, à 19:00 !!) prennent définitivement toute la place.
Les challenges à relever sont nombreux et immenses pour Twitter ! Comment monétiser le service ? Comment éradiquer ce qui relève de la pollution sans fermer la porte au Marketing ? Comment aider les nouveaux utilisateurs à utiliser pleinement le service… et faire revenir tous ceux qui n’ont rien compris ou pas touché du doigt l’intérêt ? Comment pousser l’écosystème à inventer de nouveaux services à forte valeur ajoutée autour de Twitter ?
Pour nous, utilisateurs, le risque est de voir nous échapper un nouvel usage du Web au potentiel fantastique, simplement par manque de patience et d’exploration. Le temps donné à un service est de plus en plus court pour trouver son marché et je crois que cela nous prive d’avancées extraordinaires, comme celles que portaient les Univers Virtuels, par exemple (jusqu’à ce que la généralisation des Applications de Réalité Augmentée les remettent à nouveau en haut de l’affiche un de ces jours).
Sur Twitter, il y a de la place pour tous, entreprises comme individus, chasseurs de relations humaines et ninjas du marketing… et il y a de nombreux niveaux d’usages différents. Il ne manque à chacun que de trouver le sien et ce n’est pas très simple.
Pour mon usage personnel, j’ai déjà acté l’intérêt et la valeur de Twitter mais je continue de chercher la bonne façon de l’utiliser. Vos expériences personnelles sont bien évidemment les bienvenues si le coeur vous en dit !
















