L’avenir de la Presse ou au moins celui dont je rêve…

Il est vraiment difficile, en France, de vivre de son blog. Ma revue de presse est exclusivement en ligne. Je ne lis plus depuis longtemps de journaux papiers, à moins de prendre l’avion et de parcourir les 1 ou 2 pages Rugby de l’Equipe (qui sont faciles à trouver, juste après la quinzaine de pages Football).

Ce qui m’a étonné, c’est qu’il n’y a là plus de question de qualité du contenu des journaux ou de prix – je ne lis pas les gratuits non plus – mais une simple désaffection que je crois définitive. Si je veux le dire d’une autre façon, la presse papier ne pourra plus rien pour me reconquérir, même si elle devait me payer pour que je l’achète.

Il y a plusieurs raisons que l’on peut regrouper en une phrase : Cela ne correspond plus à mon mode de vie.

D’abord, je veux consommer l’information quand j’en ai envie et que je suis disponible. En général, cela se passe vers 6h du matin, via Flipboard, en buvant mon café dans la maison encore endormie. Toutefois, je peux aussi profiter d’un moment d’attente ou d’un voyage, ou d’une stimulation sur un sujet parce que quelqu’un sur Twitter a attiré mon attention dessus.

Je veux aussi pouvoir lire mes 30 ou 40 sources différentes habituelles, parce que j’aime leur ligne éditoriale et/ou leurs performances, parce que je les pense crédibles, parce qu’ils traitent des sujets qui m’intéressent, parce qu’ils offrent une vision globale, parce qu’ils m’apportent autre chose qu’un communiqué de presse copié-collé et surtout, parce que ces sources sont généralement portées par une seule personne à chaque fois, expert d’un sujet ou d’un secteur.

Enfin, je veux consommer ces informations dans un format d’une excellente qualité, avec une définition et une mise en page irréprochable, des images en couleur éclatantes et des liens qui vont me permettre d’en savoir plus si j’ai envie de creuser.

Au passage, j’aimerai bien qu’on arrête aussi de couper des arbres, de consommer de l’encre et d’exploser notre empreinte carbone en me fournissant ces journaux que finalement je ne veux pas.

Vous avez compris. Jamais la presse papier ne sera capable de faire cela…

Ce que je veux est-il un caprice d’enfant gâté que même la dernière des divas qualifierait d’utopique ? Non, je ne pense pas.

J’aimerai qu’on me propose un service pour lequel je serais prêt à payer et je vais essayer de vous le décrire.

Imaginons deux secondes que le papier ne soit pas la composante majeure d’un journal. Cela ne devrait pas être très difficile puisque c’est le cas. Ce qui a de la valeur dans un journal, c’est le talent de ceux qui le font et notamment les journalistes, qu’ils aient une carte de presse ou pas (Aie ! Ne tapez pas :-) ).

Je suis prêt à lire des gens compétents qui vont prendre des informations, les creuser bien plus loin et avec beaucoup plus de talent que je ne pourrais le faire et m’en livrer une analyse apolitique et objective. Je n’ai pas besoin qu’un journaliste du Figaro m’explique que Ségolène Royal est une cruche ou qu’un autre de Libération me démontre qu’on peut prendre plus d’argent à quelqu’un qui en a qu’à quelqu’un qui n’en a pas. Ce n’est pas très évident mais en général, j’arrive à le comprendre seul :-)

Si un journal veut m’intéresser, il peut par exemple ouvrir ses articles politiques à Pascal Perrinneau qui expliquera ce qui change au Front National avec l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen. Ce n’est pas un journaliste ? Ah oui, c’est vrai… Et donc, ce gars qui est de loin le plus compétent de la planète sur ce sujet et s’exprime avec une pédagogie et une clarté rare (J’ai eu la chance qu’il me donne des cours de politique il y a des années et comme vous pouvez le voir, j’en ai gardé un excellent souvenir :-) ) ne peut pas écrire pour m’apporter son analyse dont je suis demandeur ? Il lui faut une carte de presse pour devenir crédible ? Soyons pragmatique ou changeons le système des cartes de presse.

J’aimerai donc que des gens sérieux traitent de façon objective des sujets sur lesquels ils ont une réelle expertise pour m’en livrer une analyse intelligente où que je sois et n’importe quand. La vache, cette phrase résume bien ma demande finalement :-)
Bien-sûr, ces personnes sont rares finalement et il n’y a sans doute pas de la place pour autant de journaux qu’il y en a aujourd’hui. Non, c’est vrai… et c’est peut-être aussi parce qu’il y en a trop ?!?

Le journal dont je parle est distribué de façon numérique, sur tablettes et téléphones principalement. Il aborde des sujets réels, ne parle pas des régimes début Janvier et du scandale des cartables trop lourds en Septembre. Il traite l’actualité pour de vrai.

Il n’a pas de pub. Comme son contenu est exceptionnel de qualité, de ligne éditoriale et de présentation donc ses lecteurs sont prêts à payer pour le lire. Je suis prêt à payer pour le lire. Comme il n’est pas distribué sur papier, l’ensemble de ses ressources vont à son contenu et à sa rentabilité, permettant à ses journalistes de faire une travail d’investigation, d’analyse et de restitution remarquable.

Il donne aussi la parole à des – vrais – experts invités, journalistes ou pas. Je vous ai parlé de Pascal Perrineau pour la politique mais j’adorerai avoir l’avis de Luc Besson sur Inception, pas dans le cadre d’une interview mais d’un article rédigé par lui. Je serai preneur d’un article de Jérôme Cazalbou sur les chances du XV de France à l’approche du dernier tournoi des 6 Nations avant la Coupe du Monde. J’aimerai que Emery décrypte pour moi sans concession telle ou telle opération marketing dont j’ai une vision biaisée car je n’en connais pas forcément les coulisses ou les techniques. Etc…
En fait, il s’agit de démultiplier et d’apporter au contenu d’un media ce qui faisait de Quora un service d’une telle qualité.

Vous l’avez malheureusement compris, je ne suis pas un expert de la presse donc j’ai probablement raté un ou deux éléphants dans le couloir sur ce raisonnement… mais je suis le meilleur expert mondial de mon propre mode de vie et de mes attentes. Il n’y a sans doute pas des dizaines de millions de personnes qui me ressemblent mais je ne suis pas si spécial. On doit donc pouvoir miser sur quelques dizaines ou centaines de milliers d’individus prêts à se laisser convaincre.

Il reste une question très importante : celle du timing. Il n’y a pas encore assez de tablettes et pas encore assez de personnes qui ont compris que la gratuité sur Internet – comme partout ailleurs – n’existe pas dans la durée. Mais cela va venir rapidement, à présent, l’affaire d’une poignée d’années, je suis prêt à le parier.

Je pense aussi qu’il y aura toujours des gens pour aimer les journaux papier comme d’autres aiment les diques vinyles. Mais il y a tellement de sources d’informations aujourd’hui et lire un journal papier est tellement compliqué qu’il est temps que quelqu’un vienne enfin changer le modèle mourant de la presse en bâtissant pour la masse un media performant, crédible, apolitique, objectif, moderne et rentable… en acceptant de prendre le risque d’être différent.

Des initiatives sont lancées aux Etats-Unis et c’est sans doute plus prudent d’attendre de voir ce qu’elles vont donner, puis d’expliquer que la France n’est pas l’Amérique et que le potentiel de marché et notre exception culturelle ne nous permettent pas de décliner ici ce qui se passe là-bas… et d’attendre alors 5 ans de plus que celui-ci devienne une référence pour s’y lancer avec autant de retard.

Ou alors, d’innover enfin en prenant le risque de tout perdre ou d’empocher la fantastique prime du first comer… car il faut bien comprendre quelque chose, dans ce modèle, il n’y aura pas de place pour autant de medias que nous en avons aujourd’hui.

Les archives de Playboy sont en ligne et gratuitement ;-)

Je sais, c’est le genre de titre qui te fait exploser le trafic d’un blog le temps de le dire, mais pour une fois, je ne plaisante pas :-)

Playboy vient de décider d’offrir 53 de ses magazines de Janvier 1954 à Mai 2006. Ils sont accessibles via une application Silverlight plutôt bien faite et le tout est… gratuit, comme cette page tirée d’une édition de 1967.

playboy-archive

Si j’en parle, c’est tout simplement parce que Playboy a une place à part dans l’Histoire… Hugh Hefner et sa bande ont été des pionniers, des agitateurs, des précurseurs, des leaders d’opinion, des révolutionnaires… alors que le contenu, du moins en comparaison de ce à quoi peuvent accéder les générations montantes aujourd’hui, ne cassait pas trois pattes à un canard.

Même sans parler des photos sexy de jolis femmes, Playboy est une sorte d’institution dont l’entrepreneur que je suis respecte le succès incroyable. Si, si, je suis sérieux (je précise ça parce que je vous vois sourire derrière votre écran ;-) ).

Il existe une sorte d’esprit Playboy, le lapin étant devenu mythique et même certains des plus conservateurs mormons américains ont fini par reconnaître que Playboy était le diable mais que ce diable là avait une certaine forme d’utilité.

Une fois de plus, à l’heure où les dirigeants de mon pays préféré se demandent comment ils vont pouvoir contrôler la propriété quitte à la rendre inaccessible, c’est encore Playboy qui montre l’exemple en offrant tout son patrimoine gratuitement. Je pense qu’un peu de lecture pourrait en détendre un peu certain… :-)

Disclosure : Vous devez avoir plus de 18 ans pour lire cette note, ou vous devez éviter de vous faire attraper par vos parents. Ceci dit, si vous avez moins de 18 ans, je me demande bien ce que vous venez faire sur mon blog où cette note est sans doute la première qui doit pouvoir éveiller quelque chose en vous :-)