Black Out Wikipedia entre autres…

Quelques centaines de milliers de sites sont « éteints » aujourd’hui, en signe de protestation contre les projets de loi PIPA et SOPA, censés venir améliorer la sécurité et lutter contre le piratage.

Pourquoi sommes-nous concernés ?

Parce qu’il s’agit d’une nouvelle initiative dans le monde ayant pour but de censurer encore un peu plus l’Internet, de tuer la neutralité et par voie de conséquences, la créativité et la capacité à innover de petits acteurs comme… le plupart d’entre nous.

Vous me direz qu’il y a des tonnes de pays où l’Internet est censuré, à commencer à la Chine ou les pays du Golfe Persique. Toutefois, j’y vois une réelle différence.

PIPA et SOPA sont des projets de loi qui suivent une démarche législative normale dans un pays démocratique où la liberté d’expression est inaltérable, pour arriver à une situation de censure de l’Internet. Ce n’est pas la même chose qu’un régime qui n’a rien à faire des Droits de l’Homme, de la démocratie ou des libertés individuelles et qui ferme son Internet par réflexe de survie. Le résultat est le même mais le premier suit un chemin qui viendrait légitimer ses actes, contrairement au second que l’on peut condamner « pour l’ensemble de son oeuvre ». Se faisant, le Congrès Américain viendrait créer un précédent dans lesquels d’autres pays, notamment en Europe, seront prompt à s’engouffrer, s’ils n’ont pas déjà essayé de le faire comme la France.

Comprenez bien que cette note n’est pas un simple réflexe de geek à qui l’on viendrait prendre un de ses jouets préférés. Je pense que le respect de la neutralité de l’Internet et la lutte contre la censure sont des causes vraiment importantes dont découlent beaucoup d’autres.

La sécurité des individus sur Internet et la lutte contre le piratage sont des sujets qui doivent être traités, mais je crois qu’il existe d’autres moyens qui abordent le problème par le haut et non pas la contrainte.

Sur le piratage, le simple fait de repenser la consommation de biens « culturels » et leurs business models, de mettre le consommateur au centre de cette réflexion puis de reprendre la chaine de valeur pour répartir les revenus en fonction de l’apport de chaque maillon et non de l’importance de sa position défensive sont des réponses bien mieux adaptées et efficaces à mon sens.

C’est un débat au long cours qui s’est engagé il y a déjà quelques années et qui devrait nous accompagner encore longtemps. Toutefois, même s’il sera assez difficile d’empêcher les gouvernements d’apporter de mauvaises réponses à ces deux problèmes, cela vaut la peine de s’y attacher.

Pourquoi vous n’allez plus m’aimer…

A partir de maintenant, vous n’allez plus m’aimer.

Je vous parle sans cesse du mal que Facebook peut faire à l’Internet et donc à tous. Un quart des pages vues sur le Web le sont via et dans Facebook. C’est une main mise sans précédent depuis les toutes premières version d’AOL, qui était également fournisseur d’accès.

J’ai lu ce matin un excellent article d’Adam Rifkin, une des figures de la Valley, publié sur Techcrunch. C’est une sorte de voeu pieux sur ce que Facebook devrait faire. En résumé si vous n’avez pas le temps d’aller le lire, Adam demande à Facebook de mettre en place un bouton On/Off qui permette une réelle déconnexion du réseau social et donc, de ses amis, si on le souhaite.

Pour ceux que le sujet n’intéresse pas, je voudrais simplement reprendre un de ses exemples : Facebook consolide en temps réel des informations telles que les sites Web nous consultons en ce moment même. C’est l’une des raisons pour lesquelles vous allez retrouver en premier lieu vos « amis » Facebook partout où vous vous promenez, y compris ici. Ils n’exploitent pas – du moins, nous n’en savons rien – ces données mais ils les ont et vous ne pouvez pas réellement les en empêcher.

Facebook est une fantastique réussite, le fruit d’une vision sans pareil… mais je ne peux pas me résoudre à perdre le contrôle complet de ce que je suis et ce que je fais. Je vous aime beaucoup, mais je ne peux pas me résoudre à tout vous dire tout le temps sur tout à moins de ne l’avoir spécifiquement décidé. Il ne s’agit même pas de vouloir cacher des choses qui seraient préjudiciables, il s’agit simplement de garder une forme de contrôle.

Je ne veux pas vous dire que j’ai passé beaucoup de temps sur le site d’une startup très sympa parce que je suis sur le point d’investir dedans… ou de lui fabriquer un concurrent qui sera meilleur. Je ne veux pas vous dire que je m’intérresse à une maladie pour l’instant incurable et ce, en particulier depuis le jour où l’on m’a indiqué que j’en était atteint (c’est juste un exemple, je vais bien autant que je le sache) parce que je ne veux inquiéter personne sur mon état de santé.

Bref, je ne crois pas que le débat porte vraiment sur le respect de la vie privée mais plus sur le contrôle. Je ne suis pas un bisounours ; ce contrôle nous échappe de plus en plus et de façon irrémédiable. Toutefois, ce n’est pas la peine, à mon sens, de collaborer autant à cette dérive ni même de cesser de lutter contre si on croit qu’elle n’est pas positive pour le monde.

Je viens de supprimer tout ce qui permettait à Facebook de vous tracer sur mon blog. Exit le bouton Facebook Connect qui vous permettait de partager ces articles avec vos amis Facebook tout en récupérant un peu plus de vos habitudes en matière d’usage du Web. C’est une goutte infime dans la lutte contre un Web qui ne serait que bleu et blanc et un acte militant qui va sans doute coûter beaucoup de trafic à ce blog. Toutefois, cela importe peu ; je ne monétise pas mon trafic et je pourrais continuer d’écrire que pour mon propre plaisir, même en sachant que seul quelques dizaines de personnes me lisent.

Ceux qui aiment vraiment ce que j’écris continueront bien de venir de temps en temps et de partager sciemment avec leur communauté ce qu’ils pensent mériter vraiment de l’être. Rendre plus difficile le partage est d’ailleurs un excellent moyen d’augmenter la crédibilité de ce partage. Les liens vers mes notes que vous trouverez dorénavant dans Facebook seront sans doute vers les meilleures, l’effort pour les amener là-bas étant bien réel pour ceux qui l’auront fait.

A partir de maintenant, vous ne pourrez plus m’aimer automatiquement, il va falloir faire un effort pour cela… et après tout, aimer demande de l’énergie et une attention de tous les instants, non ? ;-)