Vertiges
Cette note est à ranger avec les autres, incluant la précédente, relevant de philosophie du comptoir du Café de Sports, comme j’en publie parfois en fonction de mes humeurs et de mon temps libre. Si vous ne les aimez pas, économisez 10 minutes de votre temps car sur celle-ci, vous allez sans doute penser que je viens de découvrir que l’eau était humide… et ce ne sera pas faux
Les vacances sont une excellente occasion de s’ouvrir l’esprit, de prendre du recul, de la profondeur… Je viens de passer 2 jours au Kennedy Space Center, site de lancement de la NASA situé en Floride, à coté de Cap Canaveral.
Deux jours, c’est le temps nécessaire si on veut vraiment s’imprégner de la formidable aventure que représente la « conquête spatiale ». Je mets des guillemets à ces termes car l’image que j’en ai est celle d’un petit enfant de 2 ans, qui marcherait à peine et viendrait, pour la première fois, toucher l’eau de l’océan de ses pieds, là où les vagues se laissent mourir. Lui aussi se lance dans une grande aventure et il est aussi avancé dans sa connaissance des mers du globe que l’Humanité tout entière dans sa connaissance de l’univers. On peut donc difficilement parler de conquête, tellement nous avons juste effleuré le sujet.
Le film en 3D que j’ai vu dans l’IMAX du Kennedy Space Center – et qui est également projeté dans celui de la Cité de l’Espace à Toulouse – portant sur Hubble et la fantastique collecte d’informations qu’il réalise m’a vraiment fait réfléchir à notre place dans l’univers. Rien que ça !
Hubble est un télescope spatial lancé en 1990. Il est en orbite autour de la Terre à une altitude d’à peu près 600 kilomètres, ce qui lui permet de ne pas subir les effets de l’atmosphère terrestre sur les images. Ainsi, Hubble a réalisé des prises de vue que nous n’aurions jamais pu obtenir sans cela, nous aidant à faire un pas de géant dans nos connaissances en la matière.
Le film Hubble 3D nous raconte l’histoire du satellite d’observation, de son lancement jusqu’à sa dernière réparation – il y en a eu 5 en tout, mais la dernière est appelée « Servicing Mission 4″, la 3ème ayant été en deux phases – grâce à l’équipage de la navette Atlantis. Surtout, il se termine par des images splendides de notre galaxie mais aussi surtout de milliers d’autres toutes aussi magnifiques les unes que les autres.
Vous allez trouver ci-après le teaser du film, que je vous invite à regarder en HD.
Puis tombent les chiffres… Des milliards de galaxies contenant chacune des milliards de planètes, comme la Terre, parfois plus petites, souvent plus grandes.
Pour moi qui ai souvent pensé qu’une seule vie ne me permettrait pas de visiter le monde et qui ai déjà commencé à faire des compromis et des choix pour en découvrir le maximum avant de mourir, me voici confronté à quelque chose qui n’a plus aucun sens, pas de limite tangible, pas de vraie réalité. Bien sûr, je ne viens pas de le découvrir, mais, grâce à ce film, je viens de le mesurer pleinement.
Au delà des images, cela vient me conforter dans plusieurs pensées très personnelles qui traitent d’évolution, d’astronomie, de religion, d’écologie…
Un exemple pour mieux me faire comprendre ? D’autres formes de vie existent quelque part. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, même sur un simple plan statistique. Les conditions qui ont créé la vie sur Terre se sont forcément reproduites, avant ou après, sur l’une des trillions de planètes qui existent ou ont existé dans l’univers. Ce n’est pas une question de croire ou pas aux extra-terrestres, c’est une simple question mathématique et je suis certain qu’il doit exister quelque part des théories sur le sujet bien mieux argumentées que mes réflexions de candide.
La pleine conscience de ces ordres de grandeurs ne s’arrête pas à l’idée d’une improbable rencontre, un jour, avec des petits hommes verts ou gris ; je vais essayer de rester sérieux. Elle m’amène à penser qu’en tant qu’Homme ayant très peu d’influence sur mon environnement proche, mon impact est négligeable au niveau de notre planète, quelle que soit la perspective avec laquelle on regarde. De ce fait, mon empreinte dans l’univers n’a absolument aucune réalité. Pourtant, comme vous, je pense, j’existe, je fais des choses… mais je suis tellement dans l’infiniment petit que cela ne change rien en réalité. Du coup, toute notion d’égo ou de stress a encore moins de sens et démontre l’insignifiance d’une angoisse liée à la perte d’un projet, à un dépôt de bilan ou à une aile froissée sur sa voiture. L’inverse est vrai aussi, la réussite financière, la notoriété des peoples ou le nombre de followers sur Twitter n’a pas beaucoup plus de sens comme vous pouvez l’imaginer. Cela ne veut pas dire que plus rien n’est important, nous avons tous une vie à mener dans les meilleures conditions possibles, mais cela signifie sans doute que ce qui est réellement important est ailleurs, pas dans le matériel, pas dans l’image… et j’imagine sans en être certain que chacun doit définir ce que c’est pour lui-même. Je n’y suis pas encore complètement arrivé, même si j’ai déjà pris quelques décisions dans une certaine direction.
Ce film m’a réellement frappé. Je n’y ai pas beaucoup appris de choses que je ne sache déjà, mais j’y ai réalisé des évidences que j’avais laissé à l’abandon dans un coin de mon esprit.
Cette mise en perspective les a exhumé, m’a fasciné et juste après, j’ai été pris d’immenses vertiges.




