Pierre-Olivier Carles

Mobile, Social Media, Big Data Analytics, Altcoins...

Tag: Entrepreneurs

Successful

Hier a été annoncé l’acquisition future de @Neolane, société Française spécialisée dans les technologies de Marketing relationnel, par @Adobe, pour la bagatelle de $600M en cash. Ce montant, clairement inhabituel pour les sociétés de notre vieux pays, est seulement une étape, le géant Américain ayant les moyen de donner une envergure tout autre à Neolane. Pourtant, quelques voix se sont élevées pour doucher mon enthousiasme en arguant que nous venions de perdre une occasion de créer une success story mondiale.

Il y a quelque jour, un entrepreneur de la Valley a ouvert un blog anonyme pour y relater les 30 derniers jours de sa startup, et pourquoi il a eu tort de se laisser aspirer par le modèle actuel dans l’Internet :
Idée > Seed Round > GoToMarket > Serie A > Traction > Serie B et quelques iterations puis les 2 options : Dead Pool ou Exit en centaines de millions.

Ce qu’il dit en substance – mais lisez toute sa note, elle est magnifique et riche d’enseignements – c’est qu’il a tout quitté pour créer un projet dont il était fier et qui lui permettait de nourrir sa famille mais a intégré un incubateur puis est devenu une rockstar de la Valley tout en étant rongé par le doute et le dégout de ce qu’il était devenu, notamment par le mensonge permanent aux équipes ou aux investisseurs.

pain

J’ai souvent écrit sur le succès et ce que je pensais que c’était vraiment. C’est un sujet qui me parle car, quand on essaye de faire quelque chose, je pense que l’on aimerait savoir quand on a réussi.

Beaucoup d’entrepreneurs me pitchent leurs startups. 90% du temps, je vois des plans extraordinaires, des comparaisons avec – pour les plus raisonnables – @Airbnb ou @Salesforce, quand ce n’est pas avec @Google, @Facebook ou @Twitter. Par ailleurs, comme je le disais ci-dessus, lorsqu’une société fait une exit à $600M, il y en a encore pour faire la mou en se disant qu’ils auraient pu faire mieux. C’est sans doute vrai, comme on peut considérer que @PierreChappaz est un looser parce qu’il aurait sans doute pu vendre @Kelkoofr bien plus de 475M à @Yahoo… ou pas.

Je n’aime pas le modèle actuel qui semble mettre l’argent au coeur de la notion de succès avec des critères de volumes qui flirtent plus avec le $B que le $M. Je n’aime pas non plus cette idée que l’on doit marquer l’histoire pour être un entrepreneur accompli et heureux. Enfin, je n’aime vraiment pas ce principe qui pousse à absolument faire des tours de tables pour absolument aller plus vite – que quoi exactement ? – et faire ainsi toutes les bêtises que l’on n’aurait pas fait en se posant un peu.

Le cash achète du temps. Le vrai enjeu est d’être Break Even le plus rapidement possible. Une fois cette étape atteinte, vous avez un avantage déterminant : le choix. Et cela va vous permettre sans doute de vous poser des questions, non pas business mais personnelles : Qu’est-ce que je veux faire de ma vie, réellement ? Est-ce que je veux marquer l’histoire en faisant un exit de légende ? Ais-je juste envie de vivre de ma passion ?

Je me dis qu’un boulanger qui s’installe, cet entrepreneur à la tête d’une startup de 2 ou 3 personnes, ne vendra pas sa société $600M dans 5 ans. Il est probable qu’il passe sa vie à faire ce qu’il aime, c’est à dire, du pain… et que lui et sa famille en vive convenablement voir confortablement. L’appât du gain dans l’Internet et son manque de barrières à l’entrée fait que nous alimentons une bulle financière complètement superficielle. Imaginez qu’un stagiaire développeur coute jusqu’à $60K par an, et un développeur iOS Junior, dans les $150K. Cela n’a plus vraiment de sens, et si la finance est devenue folle, je pense que notre industrie l’est également.

Evidemment, cette note pourrait être une fausse excuse, une sorte d’auto-thérapie, dans le sens où je fais partie de ces millions d’entrepreneurs-loosers qui n’ont jamais créé un Facebook ou un Apple. Pire encore, non seulement je n’y suis pas arrivé, mais je n’ai même pas essayé. C’est vrai. Et je crois que je peux vivre facilement avec ça sans chercher à raser les murs. Mes petits commerces de province – essentiellement bootstrappés – tournent bien, avec des hauts et des bas, parfois beaucoup de pression mais aussi de jolis petits succès. Ils font un peu de croissance, créent quelques emplois relativement durables et je crois que les gens qui travaillent avec nous se sentent – majoritairement – plutôt bien. J’ai des associés en béton armé, à qui je sais que je peux tourner le dos où entrer dans n’importe quelle bataille. On ne s’ennuie pas chaque jour, on se donne beaucoup et souvent, on rigole. A titre personnel, j’adore ce de quoi est fait mon quotidien. Je me suis taillé un mode de vie sur mesure, hyper-connecté mais sans bureau, et je ne le changerais pour rien au monde. Hamdoulah moi ça va… :-)

Chers amis Entrepreneurs, wanabe-entrepreneurs et les autres, je n’ai pas de conseil à vous donner mais si vous avez accordé un peu de crédit à ces quelques lignes, je vous invite sincèrement à vous poser la question de savoir après quoi vous courrez exactement, non pas pour avoir la réponse – je n’ai toujours pas vraiment trouvé la mienne – mais au moins pour être le capitaine de votre destin et prendre vos propres décisions, pas celles imposées par le Magic Circus planétaire.

Tout ça n’est que du business, rien de grave…

Entrepreneurs, Dirigeants et Weirdos…

J’avais envie ce soir de partager avec vous le fruit d’une réflexion que je me suis fait ces derniers jours.

Les Dirigeants d’entreprise ne sont pas des Entrepreneurs. Pourtant, dans l’esprit de beaucoup, l’association d’idée est très forte, les deux catégories étant regroupées dans ce groupe aussi flou qu’impopulaire ces derniers temps : les Patrons !

Comment peut-on pourtant faire la différence entre ces deux typologies de patrons ? C’est très simple.

L’un est le leader naturel et l’autre est un leader choisi. L’un a mis son propre argent dans la société, l’autre a basé sa relation financière avec son entreprise sur la négociation de son package. L’un est un actionnaire fondateur ou co-fondateur, l’autre a des stock-options ou un dispositif juridique similaire. L’un prend des risques chaque jour… tout comme l’autre, d’ailleurs, mais la différence se fait dans la façon d’appréhender ce risque, dans sa nature même, l’entrepreneur en ayant une interprétation généralement bien plus personnelle.

Comprenez bien mon propos : Je ne suis pas en train de vous expliquer qu’un Entrepreneur est meilleur qu’un Dirigeant, juste de pointer du doigt un certain nombre de différences pour en venir à vous expliquer autre chose.

J’intervenais la semaine dernière à une conférence sur les FabLabs, l’Innovation et les Entrepreneurs. Le fondateur des FabLabs, Neil Gershenfeld, intervenait également à cette même table ronde et expliquait notamment que dans son Laboratoire de recherche au MIT, il faisait tout ce qu’il pouvait pour recruter les personnes les plus intelligentes et bizarres qu’il pouvait trouver de part le monde. Il parlait même des FabLabs comme de « Un refuge où ces weirdos pourraient travailler et s’épanouir en toute sécurité ».

S’il fait ces choix, ce n’est pas dans une démarche purement humaniste. Il sait qu’en travaillant avec des personnes qui vivent dans leur propre monde et en les mettant dans les meilleures conditions possible, il va engendrer à la fois une très forte créativité et bénéficier d’un sens de l’innovation bien supérieur à la moyenne. En effet, nous sommes à peu près tous tombés d’accord pour dire que pour innover, il faut penser différemment et s’affranchir des règles comme des lois. Et c’est là le point important…

Les Dirigeants d’entreprise ont dans leur ADN une forte appétence pour le respect des règles, la rigueur et la normalité. Ils n’ont absolument rien en commun avec les « weirdos » que recherche Neil… et c’est d’ailleurs ce que les Boards leur demande. Quand la très grande majorité des grands groupes ont commencé à installer SAP il y a quelques années, l’un des objectifs était notamment de normaliser les processus interne de l’entreprise. Ce faisant, on fabrique des groupes puissants et, souvent, rentables… mais qui sont peu ou pas capable d’innover au sein même de l’organisation.

Les Entrepreneurs, pour toutes les différences que j’évoquais au début, sont mieux préparés à accepter l’idée même d’innover car elle est souvent vitale pour eux. Vous ne rencontrerez pas le succès sur un marché déjà établi si votre approche n’est pas disruptive et je vous laisse consulter la définition de qu’est une innovation disruptive… Par ailleurs, les gens un peu bizarres ne les effraient pas car dans un sens, eux non plus ne sont pas pleinement dans la norme. Ainsi, on voit souvent des associations d’Entrepreneurs et de Weirdos qui fonctionnent très bien, les deuxièmes laissant libre cours à leur créativité pendant que les premiers essayent chaque jour de raccrocher toute cette énergie à un business model qui fonctionne, un cadre aussi légal que possible et des contraintes de marché rarement compatibles.

Ce qui me fascine le plus, c’est que comme d’habitude, la Nature a trouvé sa place. Les Entrepreneurs lancent généralement leur startup et la font grandir parfois jusqu’à des tailles très respectables, en essayant d’innover pour se faire une place au soleil. Arrivés là, aussi bons soient-ils, soit ils sont poussés un peu sur le coté par leur Board qui va mettre des Dirigeants aux manettes à leur place (Sergei et Larry sont de fantastiques Entrepreneurs mais c’est Eric Schmidt qui a fait de Google une machine à cash), soit ils sont rachetés par un grand groupe – piloté par des Dirigeants – qui fait ce deal dans le but d’acquérir ainsi la part d’innovation qu’il n’a pas su fabriquer tout seul.

A y regarder de plus près, finalement, tout le monde est content. Les Entrepreneurs entreprennent, les Weirdos vivent dans leur monde et en plus en vivent, les Dirigeants font avancer leurs mastodontes sans aller contre leur nature ni contre leurs actionnaires.

Toutefois, j’ai tout de même un regret : Ces 3 populations sont relativement cloisonnées. Peu de Weirdos deviennent de bons Entrepreneurs (et encore moins de bons Dirigeants). Peu d’Entrepreneurs peuvent se transformer en bons dirigeants car les qualités dont ils auront besoin pour exceller ne leur auraient pas permis d’entreprendre avec succès. Peu de Dirigeants sont capables de sortir de leur zone de confort pour partir dans un projet qui ressemble à une aventure car il faut un courage hors-norme.

Notez qu’il faudrait créer une 4ème catégorie que nous nommerions La Branson Attitude et dans laquelle il n’y aurait QUE Richard Branson, capable de porter tour à tour le costume de l’excellent Entrepreneur, du fantastique Dirigeant et du Weirdos totalement incontrôlable… mais convenons que les Branson sont peu nombreux.

Je voudrais terminer cette note par quelques idées en forme de conclusions. On dit toujours que la diversité est une richesse, et je crois que c’est encore plus vrai en matière d’innovation. Nous – les Entrepreneurs incapables de diriger et peu créatifs – devrions passer notre temps à rechercher des Weirdos, les mettre en sécurité et dans les meilleures conditions possibles puis d’arrêter de les contrôler pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. Evidemment, en plus d’être bizarres, ils doivent être intelligents et compétents, je ne suis pas en train de vous dire de recruter des cas sociaux sur cette seule base. Les Dirigeants gagneraient à avoir tous un programme de financement des startups dans leur groupe (certains en ont) qui soit aussi flexible, agile et réactif que possible pour venir faire pousser au coeur des startups les innovations qu’ils sont incapables de semer. Nous n’avons pas besoin de nouveaux VC, nous avons besoin de fonds capables de se comporter comme des Super-Angels et prendre ainsi des risques en allégeant leurs process et notamment leurs due-diligences. Enfin, Dirigeants et Entrepreneurs devraient se parler un peu plus car chacun a sans doute beaucoup à apprendre de l’autre et que leurs destins comme leurs succès sont finalement intimement liés.