Instagram perd son mojo

Je n’en suis pas sûr mais c’est ce que je ressens. Instagram est une application iPhone gratuite qui permet de partager des photos avec ses amis, au travers de son propre réseau social. En d’autres termes, vous installez l’application, connectez vos amis et ils vont pouvoir profiter de toutes les clichés que vous voudrez bien publier.

Cette application a vraiment rencontré un énorme succès, principalement aux Etats-Unis pour deux raisons. D’une part, elle est extrêmement soignée et bien réalisée ce qui la rend très agréable. D’autre part, elle permet d’appliquer des filtres ayant des noms très décalés comme Gotham, Nashville ou EarlyBord… et rendre ainsi une photo vintage ou du moins lui donner un caractère, comme un vieux polaroid pourrait le faire.

Et tout ça est, bien évidemment, gratuit…

Si les investissements dans les startups, en France, se font sur les critères habituels, ils mettent aussi beaucoup d’attention sur des trucs bêtes mais utiles comme la stratégie (on va faire quoi demain ?) ou le Business Model (Comment ça gagne sa vie ?). Aux Etats-Unis, pas mal de startups arrivent à lever des sommes colossales importantes sur une autre notion : la traction.

La traction, c’est l’écho que votre service peut avoir sur le marché. On la mesure en croissance du nombre de users, en couverture Presse/Blogs/Twitter, en nombre de fans sur les divers medias sociaux, en volume d’engagement avec la communauté et même en nombre de questions sur Quora :-)

Instagram – service gratuit appuyé sur une application iPhone gratuite – a eu une traction phénoménale. Et bien mon coté Américain doit s’arrêter là parce que je ne crois pas une minute à l’avenir de cette boite sur son périmètre actuel. Je ne comprend pas comment elle va gagner de l’argent et surtout, après un moment de découverte sympa qui peut même aller jusqu’à un Woaw Effect et quelques effets vintages de temps en temps sur des photos qui s’y prêtent bien, je ne comprend pas ce qu’elle va m’apporter.

Sérieusement. J’aurais attendu des années que mon téléphone m’offre enfin un appareil photo décent pour utiliser un service qui m’aide à pourrir tous mes clichés avec des filtres qui nous ramènent à une époque où l’Internet l’Arpanet n’existait pas ? Non, vraiment pas plus de 5 minutes, le temps d’arracher un sourire à mes enfants et de leur montrer comment c’était avant :-)

Instagram n’aurait jamais pu exister ou du moins rencontrer cette traction si Flickr avait sorti plus tôt une application qui soit en ligne avec les attentes de ses utilisateurs, pour ne pas dire « digne de ce nom ». On rejoint ici la notion de « bouche-trous » développée par Fred Wilson il y a quelques mois. En d’autres termes, que Flickr ajoute à son application quelques filtres vintages, leur donne des noms marrants genre « Yellow Submarine » ou « Purple Rain » et le tour sera joué.

Je n’ai pas passé des heures sur la stratégie d’Instagram donc je veux bien que quelqu’un vienne m’expliquer pourquoi c’est fantastique et pourquoi c’était une bonne idée d’investir sur de la traction que je pense voir fondre dans les semaines qui viennent comme neige au soleil.

Parce que sinon, me concernant, Instagram a vraiment perdu son mojo…

UPDATE : On est presque en Janvier 2012 soit un an après que j’ai rédigé ce texte. Je dois avouer que j’ai changé d’avis sur Instagram. J’ai commencé par l’utiliser à nouveau, pour comprendre et finalement, j’ai continué en accrochant de plus en plus. Je vais publier une note expliquant pourquoi je m’étais partiellement trompé dès que possible…

L’avenir de la Presse ou au moins celui dont je rêve…

Il est vraiment difficile, en France, de vivre de son blog. Ma revue de presse est exclusivement en ligne. Je ne lis plus depuis longtemps de journaux papiers, à moins de prendre l’avion et de parcourir les 1 ou 2 pages Rugby de l’Equipe (qui sont faciles à trouver, juste après la quinzaine de pages Football).

Ce qui m’a étonné, c’est qu’il n’y a là plus de question de qualité du contenu des journaux ou de prix – je ne lis pas les gratuits non plus – mais une simple désaffection que je crois définitive. Si je veux le dire d’une autre façon, la presse papier ne pourra plus rien pour me reconquérir, même si elle devait me payer pour que je l’achète.

Il y a plusieurs raisons que l’on peut regrouper en une phrase : Cela ne correspond plus à mon mode de vie.

D’abord, je veux consommer l’information quand j’en ai envie et que je suis disponible. En général, cela se passe vers 6h du matin, via Flipboard, en buvant mon café dans la maison encore endormie. Toutefois, je peux aussi profiter d’un moment d’attente ou d’un voyage, ou d’une stimulation sur un sujet parce que quelqu’un sur Twitter a attiré mon attention dessus.

Je veux aussi pouvoir lire mes 30 ou 40 sources différentes habituelles, parce que j’aime leur ligne éditoriale et/ou leurs performances, parce que je les pense crédibles, parce qu’ils traitent des sujets qui m’intéressent, parce qu’ils offrent une vision globale, parce qu’ils m’apportent autre chose qu’un communiqué de presse copié-collé et surtout, parce que ces sources sont généralement portées par une seule personne à chaque fois, expert d’un sujet ou d’un secteur.

Enfin, je veux consommer ces informations dans un format d’une excellente qualité, avec une définition et une mise en page irréprochable, des images en couleur éclatantes et des liens qui vont me permettre d’en savoir plus si j’ai envie de creuser.

Au passage, j’aimerai bien qu’on arrête aussi de couper des arbres, de consommer de l’encre et d’exploser notre empreinte carbone en me fournissant ces journaux que finalement je ne veux pas.

Vous avez compris. Jamais la presse papier ne sera capable de faire cela…

Ce que je veux est-il un caprice d’enfant gâté que même la dernière des divas qualifierait d’utopique ? Non, je ne pense pas.

J’aimerai qu’on me propose un service pour lequel je serais prêt à payer et je vais essayer de vous le décrire.

Imaginons deux secondes que le papier ne soit pas la composante majeure d’un journal. Cela ne devrait pas être très difficile puisque c’est le cas. Ce qui a de la valeur dans un journal, c’est le talent de ceux qui le font et notamment les journalistes, qu’ils aient une carte de presse ou pas (Aie ! Ne tapez pas :-) ).

Je suis prêt à lire des gens compétents qui vont prendre des informations, les creuser bien plus loin et avec beaucoup plus de talent que je ne pourrais le faire et m’en livrer une analyse apolitique et objective. Je n’ai pas besoin qu’un journaliste du Figaro m’explique que Ségolène Royal est une cruche ou qu’un autre de Libération me démontre qu’on peut prendre plus d’argent à quelqu’un qui en a qu’à quelqu’un qui n’en a pas. Ce n’est pas très évident mais en général, j’arrive à le comprendre seul :-)

Si un journal veut m’intéresser, il peut par exemple ouvrir ses articles politiques à Pascal Perrinneau qui expliquera ce qui change au Front National avec l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen. Ce n’est pas un journaliste ? Ah oui, c’est vrai… Et donc, ce gars qui est de loin le plus compétent de la planète sur ce sujet et s’exprime avec une pédagogie et une clarté rare (J’ai eu la chance qu’il me donne des cours de politique il y a des années et comme vous pouvez le voir, j’en ai gardé un excellent souvenir :-) ) ne peut pas écrire pour m’apporter son analyse dont je suis demandeur ? Il lui faut une carte de presse pour devenir crédible ? Soyons pragmatique ou changeons le système des cartes de presse.

J’aimerai donc que des gens sérieux traitent de façon objective des sujets sur lesquels ils ont une réelle expertise pour m’en livrer une analyse intelligente où que je sois et n’importe quand. La vache, cette phrase résume bien ma demande finalement :-)
Bien-sûr, ces personnes sont rares finalement et il n’y a sans doute pas de la place pour autant de journaux qu’il y en a aujourd’hui. Non, c’est vrai… et c’est peut-être aussi parce qu’il y en a trop ?!?

Le journal dont je parle est distribué de façon numérique, sur tablettes et téléphones principalement. Il aborde des sujets réels, ne parle pas des régimes début Janvier et du scandale des cartables trop lourds en Septembre. Il traite l’actualité pour de vrai.

Il n’a pas de pub. Comme son contenu est exceptionnel de qualité, de ligne éditoriale et de présentation donc ses lecteurs sont prêts à payer pour le lire. Je suis prêt à payer pour le lire. Comme il n’est pas distribué sur papier, l’ensemble de ses ressources vont à son contenu et à sa rentabilité, permettant à ses journalistes de faire une travail d’investigation, d’analyse et de restitution remarquable.

Il donne aussi la parole à des – vrais – experts invités, journalistes ou pas. Je vous ai parlé de Pascal Perrineau pour la politique mais j’adorerai avoir l’avis de Luc Besson sur Inception, pas dans le cadre d’une interview mais d’un article rédigé par lui. Je serai preneur d’un article de Jérôme Cazalbou sur les chances du XV de France à l’approche du dernier tournoi des 6 Nations avant la Coupe du Monde. J’aimerai que Emery décrypte pour moi sans concession telle ou telle opération marketing dont j’ai une vision biaisée car je n’en connais pas forcément les coulisses ou les techniques. Etc…
En fait, il s’agit de démultiplier et d’apporter au contenu d’un media ce qui faisait de Quora un service d’une telle qualité.

Vous l’avez malheureusement compris, je ne suis pas un expert de la presse donc j’ai probablement raté un ou deux éléphants dans le couloir sur ce raisonnement… mais je suis le meilleur expert mondial de mon propre mode de vie et de mes attentes. Il n’y a sans doute pas des dizaines de millions de personnes qui me ressemblent mais je ne suis pas si spécial. On doit donc pouvoir miser sur quelques dizaines ou centaines de milliers d’individus prêts à se laisser convaincre.

Il reste une question très importante : celle du timing. Il n’y a pas encore assez de tablettes et pas encore assez de personnes qui ont compris que la gratuité sur Internet – comme partout ailleurs – n’existe pas dans la durée. Mais cela va venir rapidement, à présent, l’affaire d’une poignée d’années, je suis prêt à le parier.

Je pense aussi qu’il y aura toujours des gens pour aimer les journaux papier comme d’autres aiment les diques vinyles. Mais il y a tellement de sources d’informations aujourd’hui et lire un journal papier est tellement compliqué qu’il est temps que quelqu’un vienne enfin changer le modèle mourant de la presse en bâtissant pour la masse un media performant, crédible, apolitique, objectif, moderne et rentable… en acceptant de prendre le risque d’être différent.

Des initiatives sont lancées aux Etats-Unis et c’est sans doute plus prudent d’attendre de voir ce qu’elles vont donner, puis d’expliquer que la France n’est pas l’Amérique et que le potentiel de marché et notre exception culturelle ne nous permettent pas de décliner ici ce qui se passe là-bas… et d’attendre alors 5 ans de plus que celui-ci devienne une référence pour s’y lancer avec autant de retard.

Ou alors, d’innover enfin en prenant le risque de tout perdre ou d’empocher la fantastique prime du first comer… car il faut bien comprendre quelque chose, dans ce modèle, il n’y aura pas de place pour autant de medias que nous en avons aujourd’hui.

Tout ça en un an…

L’AppStore d’Apple a un peu plus d’un an à présent… Je devrais dire qu’il a à peine un an !

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J’ai du mal à croire combien de chemin a été parcouru depuis son lancement. C’est sans doute ça, ce que l’on appelle une stratégie disruptive :-)

Le binôme iPhone – iTunes a surtout initié 3 grands mouvements de fond :

- Il a commencé à changer la vie de ses utilisateurs en leur apportant le premier véritable device portable qui soit tout-en-un, connecté en permanence, utilisable simplement, évoluant en continu, au rythme des mises à jour et des sorties quotidiennes d’Applications et personnalisable à l’infini (puisque chacun n’installe que les Apps qui l’intéressent).

- Il a lancé un mouvement de mutation profond en matière d’habitude de consommation, poussant à outrance un modèle d’achat « on demand » couplé à une monétisation basée sur les micro-paiements. Ce business model, je suis près à le parier, va aller sur d’autres secteurs et d’autres marchés, car il est sain et relativement « juste » donc « nous » allons le plébisciter à chaque occasion.

- Il a lancé un business qui commence à rapporter des milliards que la firme à la pomme partage avec un écosystème gigantesque, composé d’opérateurs, de développeurs, d’éditeurs, de fabricants de périphériques… mais aussi de tous ceux qui gravitent autour comme les investisseurs, les avocats, les marketeurs, etc…

J’ai souvent tendance à dire du bien d’Apple mais je peux vous assurer que ce n’est pas une adoration béate.

Pour preuve une critique très dure que j’avais pu faire sur un groupe privé, dans laquelle je m’en prenais au cirque pathétique qui accompagne systématiquement les Keynotes. Entre cette forme d’arrogance où l’on compare les résultats de choux et de carottes dans le simple but de ridiculiser le travail de leurs concurrents devant une audience acquise à la cause et cette façon de sur-vendre des non-innovations comme le copier-coller de l’iPhone, par exemple, il y a de quoi être fatigué d’être autant pris pour un idiot, et pourtant…

Pourtant, cette firme change profondément la majorité des marchés qu’elle adresse, préserve ses marges là où d’autres souffrent durement pour rester sur un % à deux chiffres et invente un marketing qui n’a pas d’égal. Difficile de ne pas être admiratif et de respecter ça.

L’AppStore n’a aujourd’hui qu’un an… une poignée de mois qui changent tellement de choses que ça en est incroyable.

Bon Anniversaire ! :-)

Evernote… et une réflexion sur les services gratuits

Je suis certain que vous connaissez Evernote, un formidable outil de gestion de vos notes personnelles. Pour ma part, c’est un service que j’utilise depuis très longtemps, avec plus ou moins d’enthousiasme en fonction de ces périodes où l’on est plus ou moins actifs, plus ou moins la tête dans le guidon.

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L’arrivée du client iPhone a tout changé et m’a redonné un goût incroyable pour le service. La raison en est simple : Evernote devient utile à tout, pour tout et en tous lieux puisque dans votre poche, que vous ayez une connexion ou pas (c’est à dire même dans un avion).

Du coup, il devient un lieu de stockage un peu magique dans lequel vous allez, par exemple, mettre vos idées sur un sujet précis puis venir les alimenter un peu comme un Wiki personnel (je sais, ces deux mots cote à cote est assez improbable :-) ). Mais il y a bien d’autres usages… Vous allez pouvoir y stocker les modes d’emplois de tous vos appareils électroniques, des photos de vos biens destinés aux assurances en cas de problème, des photos prises directement depuis votre iPhone des étiquettes de bouteilles de vin accompagnées de vos notes de dégustation, des notes vocales grâce une fonction similaire à celle d’un dictaphone que vous pourrez ensuite enrichir de tout un tas d’informations comme bon vous semble, etc, etc…

Toutes ces notes sont accessibles en 3 lieux : sur votre Mac via le logiciel à télécharger, sur votre iPhone avec une application gratuite ou en ligne sur le Web.

Beaucoup de nouvelles fonctionnalités sont arrivées et pas mal d’autres attendues. Le service évolue de plus en plus vite tout en restant gratuit, pour peu que vous supportiez quelques encarts publicitaires. Sinon, vous pouvez toujours prendre la version payante, similaire mais sans pub et avec quelques trucs non significatifs en plus… Rien de suffisant pour que vous ayez à sortir votre carte bancaire.

C’est d’ailleurs ce qui m’inquiète un peu.

Je serai prêt à payer pour ce service et le fait qu’il soit gratuit me laisse présager le pire quand à sa capacité à gagner de l’argent uniquement par la pub, donc à être rentable donc… à être pérenne. Quand on sait que même Flickr rencontre aujourd’hui des difficultés et que Facebook est à des années lumières de rentrer les fonds nécessaires à son simple hébergement, je pense qu’il est temps de se poser la question des divers business models possibles et de notre revendication permanente du « tout gratuit ». C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis un des fervents défenseurs du business model d’Hellotipi. Oui, c’est un service payant (et pas trop cher !)… mais c’est justement le prix à payer pour que ce service soit là demain, continue d’évoluer avec de nouvelles fonctionnalités et ne soit pas obligé de se vendre au premier venu avec nos données de famille en prime. Je crois bien que le positionnement d’Hellotipi, finalement, c’est d’être un peu l’anti-Facebook (au sens photographique du terme).

Evernote a besoin de gagner de l’argent pour assurer son développement mais aussi la continuité de son service. Je suis prêt à payer pour l’utiliser, tout comme je suis prêt à payer pour utiliser Flickr ou Dropbox, par exemple. C’est d’ailleurs ce que je fais, notament pour Dropbox qui me fait payer assez cher mes plus de 100Go en ligne, et pourtant sans le moindre regret. Je pense que je serai également prêt à payer pour utiliser un Twitter offrant un plus large panel de services…

Sans argent, pas de pérennité ni de sécurité à moins de voir son écran envahi en permanence par la pub, ce qui est impensable quand on parle de ses notes parfois très personnelles, ses fichiers ou sa famille. On dit souvent que ce qui est gratuit n’a pas de valeur ; je crois que cela peut être faux pendant un certain temps, mais que dans la durée, cela se vérifie souvent…

Tiens, on pourrait en profiter pour reparler d’Hadopi, cette loi dont la stupidité avérée se déverse partout sur Internet, le plus souvent à juste titre. Là aussi, finalement, il est question de modèle économique et là non plus, le tout gratuit n’est pas une solution car il n’a aucune pérennité… pas plus que le business model déjà mort consistant à voir perdurer la tonte des consommateurs par quelques « majors » et ce, depuis des années.

Un juste prix cohérent avec une juste valeur… Ce n’est pas ça, le Graal des services sur Internet ?