Et puis vint le contrat…

C’est une pensée que je voulais depuis longtemps coucher sur le papier tellement j’ai pu noter qu’il s’agit d’un moment difficile dans les affaires. Veuillez noter au préalable que cette note concerne principalement, pour ne pas dire exclusivement, les métiers de l’Internet.

Quand on monte un deal, cela commence généralement par une idée, un business model et un casting. L’idée est le corps du deal, ce qui le rend attractif et intelligent. Le business model est la façon dont les parties vont retirer des bénéfices de ce deal (et ce n’est pas forcément de l’argent). Le casting est le choix de l’équipe (des Hommes ou des Entreprises) qui va faire de ce deal une réalité et aura la capacité à le porter jusqu’à ce qu’il embrasse la vision que l’on en avait.

Rédaction d'un contrat de partenariat

Traverser ces 3 étapes demande de l’enthousiasme, une réelle conviction et parfois un peu de poudre de rêve (c’est une image, on n’a pas besoin de Coke !) pour que la vision devienne religion. On échange. On se challenge. On fait un pas en avant, un autre en arrière pour finalement tourner à gauche ou à droite. On abandonne les pans du projet qui venaient buter sur une vache dans le couloir qui nous avait pourtant échappée… et au bout d’un moment, on tombe tous d’accord. Il n’y a plus qu’à…

C’est à ce stade qu’arrive le Contrat.

Dans les affaires, il convient d’écrire ce que l’on a décidé. C’est un bon moyen de s’assurer que tout le monde à compris. C’est également un bon moyen de réviser le deal pour s’assurer que l’on n’a rien oublié (et le simple fait de l’écrire aide à cela). Enfin, c’est un moyen de poser les règles du jeu car un jeu sans règle est injouable.

J’ai vu des tas de beaux deals ne pas aboutir à cause du contrat. Il faut bien comprendre que c’est pour beaucoup perçu comme une douche froide. On vient de passer des heures, des jours, des semaines, à définir un deal dans l’enthousiasme général, à parler de construction, de croissance, de perspectives… et tout à coup, on va parler d’échec, de droits et devoirs, de conditions de séparation, de propriété, de non-respect des obligations et pleins d’autres choses qui viennent buter sur le projet jusqu’à ébranler le mur de notre enthousiasme, que l’on pensait pourtant solide.

Parler de la mort ne rend pas plus mortel.

Rédiger les clauses visant à mettre fin à un deal et à se partager aujourd’hui la dépouille d’un projet qui n’est pas encore né ne signifie pas que l’on va en arriver là. C’est donc un moment grave pour lequel il convient de prendre un peu de recul.

Aujourd’hui, je rédige peu de contrats à la naissance d’un deal. Je m’attache plutôt à faire des lettres d’intention. Il s’agit d’écrire en quelques lignes non juridiques ce que le deal comporte de points importants. En gros, on va y retrouver les participants, l’objet, qui fait quoi, comment on partage l’argent, comment on arrête. L’autre partie répond à l’email en indiquant qu’elle est d’accord et on avance. Je sais qu’expliqué comme cela, ma liste ressemble beaucoup à un contrat mais ce n’est pas le cas. C’est plus humain, aussi clair sur le fonctionnement et bien moins juridique.

Dans chaque divorce, on évoque la garde des enfants et ce que l’on fera de la maison. Le fait d’avoir rédigé un contrat facilite le divorce mais ne l’empêche pas. Quand le deal est mort et que tu ne veux plus travailler avec quelqu’un, chaque partie, dans son propre intérêt, doit vraiment produire ses meilleurs efforts pour en sortir car cela ne peut se transformer qu’en descente aux enfers pour tout le monde. Si cela ne suffit pas, au bout du bout, la loi s’applique pour tout le monde et le tribunal tranchera.

Je ne suis pas en train de dire que les contrats ne servent à rien ; ils sont indispensables ! Toutefois, il y a un temps pour tout. Au démarrage d’un deal, dans l’Internet en particulier, ils ne peuvent prévoir tous les cas de figure d’un projet qui changera 3 fois de cap pour s’adapter au marché, car un deal dans l’Internet est comme une startup : Tu te lances le plus vite possible et tu corriges en temps réel en fonction des retours que tu as du marché pour améliorer le service que tu vas rendre à l’utilisateur.

La protection qu’apporte un contrat est largement surévaluée par les parties en règle générale. La douche froide qu’entraine sa rédaction est souvent difficile à accepter par certains jusqu’à constituer un deal breaker. Enfin, c’est beaucoup d’efforts pour un partenariat qui sera peut-être mort dans 6 mois comme c’est souvent le cas.

Si vous pensez nécessaire de rédiger un contrat dès le début du deal, faites-le mais gardez à l’esprit qu’il s’agit d’écrire des choses pas sympas qui, avec un peu de chance, ne seront jamais mises en application. Dans les autres cas de figure, regardez si une lettre d’intention ne serait pas suffisante, ne serait-ce que pour laisser au deal le temps de devenir réalité et à tout le monde le temps de gouter au bonheur de le voir prendre le chemin du succès. Si c’est un échec, vous allez économiser 500 à 10 000 euros d’avocat en fonction de la complexité de ce qu’ils auraient du rédiger. Si c’est un succès, vous le verrez assez vite arriver et serez toujours à temps d’appeler vos avocats une fois que vous aurez compris quoi leur demander d’écrire et que vous et votre partenaire serez pris dans le ciment des premiers signaux positifs de votre collaboration ;-)

Ce sont les Hommes d’Affaires qui imaginent et concrétisent les deals, pas les Hommes de Loi.

7 commentaires pour “Et puis vint le contrat…”

  1. 1 Raphaël dit :

    Je te ferai remarquer que juridiquement ta lettre d’intention vaut pour contrat. Elle engage au moins autant les personnes qui l’acceptent qu’un contrat.
    Maintenant les contrat rédigés par des professionnels sont aussi nécessaires, ils servent le plus souvent quand ça va mal !

  2. 2 Pierre-Olivier dit :

    @Raphaël Oui, oui, je sais bien ! C’est pour cela que l’on en fait !

    L’idée est d’être dans l’efficacité et non dans une rigueur incompatible avec le manque de maturité d’un projet. En gros, on jette simplement les bases et on construit autour « dans la vraie vie ». Si tu avais compris que je prônais une forme d’anarchie économique, je me suis mal exprimé :-)

  3. 3 acemtp dit :

    Merci pour ce post, la partie légale est souvent un domaine complètement obscure pour les futurs entrepreneurs. C’est obscure car on ne trouve que très peu de chose sur Internet sur à quoi peut ressembler un contrat, une lettre d’intention, une NDA etc…
    Je pense que ça intéresserait et aiderait beaucoup de monde si vous pouviez publier une ancienne lettre d’intention que vous aviez utilisé (en retirant bien sur les éléments privés). Ca permettrait de voir concrètement à quoi ca peut ressembler et servir de base pour les autres entrepreneurs. Je suis sur que ca doit contenir des clauses auxquelles je ne penserais même pas, n’ayant pas votre expérience sur ce sujet.

  4. 4 Et puis vint le contrat… | Pierre-Olivier Carles | Droit des affaires et Fiscalité des entreprises | Scoop.it dit :

    [...] Et puis vint le contrat… | Pierre-Olivier Carles C'est une pensée que je voulais depuis longtemps coucher sur le papier tellement j'ai pu noter qu'il s'agit d'un moment difficile dans les affaires. Source: http://www.pocarles.com [...]

  5. 5 Raphaël dit :

    Effectivement, je n’avais pas compris que tu considérais le lettre d’intention comme un contrat ‘qu’avec les choses positives ». J’étais plus sur l’idée d’un « road-map », ou une description du but à atteindre sans l’aspect « financier/juridique ».

    Comme le dit « acemtp », un exemple serait le bienvenu ! Un contrat, je vois bien ce qu’il contient… mais une lettre d’intention cela reste plus vague pour moi.

    Puis je ne suis pas contre un peu d’anarchie. Il sort souvent des idées intéressantes quand les structures ne sont pas formalisées !

  6. 6 Ben dit :

    Oui, c’est à la fois désolant de ne pas pouvoir fonctionner à la parole donnée mais c’est aussi terriblement humain

  7. 7 fx dit :

    Tellement vrai… et parfois on se rend compte en plus que la vache est folle

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