Confiance, Fondamentaux et Magie blanche…

La startup qui fait le buzz en ce moment, c’est Bitcasa. Présentée à Techrunch Disrupt, cette société a fait un tabac. L’idée est simple : Vous payez 10$ par mois et Bitcasa vous offre un disque dur virtuel, sécurisé, à l’espace illimité et accessible sans même y penser.

Ne cherchez pas, personne ne propose ce genre de services à ce prix. Cela relève du tour de magie.

Vous avez peur que quelqu’un consulte vos données ? Pas de soucis, tout est encrypté et seul vous pouvez y accéder depuis vos devices. Vous avez piraté des terrabytes de films et de musique ? Ce n’est pas bien mais Bitcasa s’en fiche et va tout stocker puisque c’est encrypté donc qu’ils ne savent même pas ce qu’ils sauvegardent. Vous avez peur des zones d’ombre (comprenez, des zones sans connexion) ? Aucun problème, votre disque dur joue le rôle de cache pour vos principaux fichiers, ceux que vous utilisez le plus souvent.

Je paye environ 200$ par an pour un peu plus de 120Go d’espace disque synchronisé chez Dropbox. J’adore ce service, qui me permet de mettre en sécurité ce qui est le plus important pour moi. Toutefois, plusieurs différences importantes sont à noter.

Les données sont sur mon disque dur et sont synchronisées dans les nuages. Chez Bitcasa, c’est l’inverse. Elles sont dans les nuages et j’en ai simplement une partie, en cache, sur mon disque. Pour arriver à stocker autant de données, ils ont développé un algorithme qui va rechercher des fichiers similaires et en mettre à disposition une seule copie pour tous les utilisateurs qui ont un tel fichier. Ils expliquent que c’est l’un des 20 brevets qu’ils détiennent et qui permet de faire cela sans violer l’encryptage des données (ne me demandez pas comment ?!?).

Bref, je pourrais vous en parler pendant des heures tellement cela semble trop beau pour être vrai. Le mieux est que vous regardiez cette présentation, très explicite y compris pour ceux qui ne parlent pas anglais.

Sauf que la magie n’existe pas…

Tout d’abord, nous franchissons ici une nouvelle étape du cloud, avec l’idée que le « disque principal » est le cloud, votre propre disque n’étant qu’un cache. De plus, vos fichiers ne vous appartiennent vraiment plus, vous avez simplement un accès illimité à un fichier remplissant une fonction similaire. Ce n’est pas très grave pour de la musique ou un film mais pour des fichiers plus personnels…

Surtout, il s’agit là de confier toute sa vie numérique – c’est à dire une très grande partie de se vie tout court – à une société qui n’a pas encore pignon sur rue, dont le modèle économique est tellement attractif qu’on se demande s’il est compétitif donc pérenne, dont les actionnaires ne sont pas forcément « de référence », dont les 20 fantastiques – mais mystérieux – brevets semblent révolutionnaires sans pour autant en faire la démonstration, etc…

Bien-sûr, je suis plus méfiant que de raison, mais, encore une fois, la magie n’existe pas. Les défaillances de startups par le passé nous ont démontré qu’il fallait réfléchir avant de confier ses données à qui que ce soit – y compris Google, Yahoo ou Apple – et les moments de stress vécus par Dropbox, Evernote, Flickr en sont des signes forts.

Maintenant, je dois avouer que cette note me fera sans doute rire dans quelques années, car la dématérialisation et la dépossession sont des tendances de fond que personne n’imagine voir s’inverser. Il y a sans doute de la place pour des modèles à la WordPress, où chacun peut faire le choix de posséder ou de confier… mais le grand public s’engouffrera dans iCloud et ses confrères, tellement c’est simple, indolore et transparent.

Notre génération continue de se poser la question, mais la génération suivante ne le fera plus, comme mes enfants ne connaitront jamais les téléphones à cadran (et tant mieux, d’ailleurs).

Dans les entreprises de l’Internet, les fondamentaux de l’économie s’appliquent pleinement, comme ailleurs. Si une entreprise ne gagne pas plus d’argent qu’elle n’en dépense, elle pourra faire illusion un certain temps en levant des millions de dollars à tour de bras, mais arrivera un moment où les investisseurs demanderont des comptes, ou le revenu devra venir du service et non du capital.

Bitcasa nous fait une promesse extraordinaire et j’espère sincèrement qu’ils rencontreront le succès. Toutefois, souvenons-nous qu’il n’y a pas beaucoup de magie dans notre économie…

16 commentaires pour “Confiance, Fondamentaux et Magie blanche…”

  1. 1 jcfrog dit :

    très intéressant tout ça, merci
    pas fini d’en discuter…. #cloud

  2. 2 Thibault Milan dit :

    SI chaque fichier est encrypté séparément et non pas dans un volume crypté total, alors ont peut faire un hash du ficheir pour l’identifier de maniere unique . Le problème est que le risque de colision ( deux fichiers different ont le meme hash) existe bel et bien …

  3. 3 Pierre-Olivier dit :

    @jcfrog Merci !

    @Thibault Merci pour la précision de barbu… précision qui de ce fait rend le tout encore plus inquiétant pour ce qui est de la perte de données (le système prend le fichier pour un autre et te restitue donc le second lorsque tu l’appelles).

  4. 4 Thierry dit :

    Ces services sont super, après il se pose le problème d’une exploitation des données à l’insu du propriétaire.
    Supposons qu un de mes fichiers s’appelle Plan Airbus A490 ultra secret , il a des chances d’être lu par la CIA ? Rien ne les empêche d’obliger la société à leur décrypter certains fichiers (je sais là je suis mode paranoia)

  5. 5 Pierre-Olivier dit :

    @Thierry Bitcasa dit garantir cela (ils prennent exactement l’exemple que tu donnes, si ce n’est qu’ils ne parlent pas d’Airbus)… mais de façon plus générale, ce n’est évidemment pas le cas des la très grande majorité des autres qui tombent sous le coup du risque que tu évoques.

  6. 6 Jmarc dit :

    J’ai énormément de mal avec le stockage en ligne et de plus en plus je réalise que nous ne laisserons pas les mêmes traces que nos parents (écrits, lettres, cartes postales, photos, albums, films super8, vhs, disques etc.) si tout ça s’efface.

  7. 7 Pierre-Olivier dit :

    @Jmarc Oui, c’est également un bon point… même si je ne le partage pas pour les VHS ou Super8 qui sont des supports fragiles et sans charme. Pour le reste, je n’avais pas vu les choses sous cet angle mais c’est vrai.

  8. 8 Cloud dit :

    Hum, plutôt une solution pour le stockage de données non privées (films, musiques, install de programmes etc.) mais peut-être pas pour les fichiers personnels.
    De toute façon, c’est le but ici puisque si ils ne stockent qu’une fois un fichier crypté même si plusieurs utilisateurs l’ajoutent, les documents/photos/etc privés seront stockés de toute manière car uniques…

  9. 9 artusio dit :

    Pierre Olivier bonjour,

    « les actionnaires ne sont pas forcément de référence » qui sont les actionnaires de référence? S’agit-il du club des isai, jaina…gardien d’une orthodoxie alimentant selon moi en grande partie la bulle internet…c’est un avis mais ton retour m’intéresse tant ton approche me semble différente!

  10. 10 Pierre-Olivier dit :

    @Artusio Ceux que tu évoques sont très bien, mais ceux que j’avais en tête en écrivant ces lignes étaient plutôt des gros VC qui peuvent t’accompagner sur le multiples tours (genre Sequoia ou 3i, par exemple…).

  11. 11 artusio dit :

    Un ex…frenchweb (que j’aime beaucoup) finalise une levée de fonds auprés d’entrepreneurs du web….en famille!!!

  12. 12 artusio dit :

    …..j’étais en quête d’un semblant de polémique….lol

  13. 13 Pierre-Olivier dit :

    Faire venir à bord de son projet des entrepreneurs du Web est souvent une excellente chose, plus pour l’expérience et les connexions que pour l’argent d’ailleurs. Ces tours de tables sont largement aussi honorables que ceux que tu fais auprès de gens que tu ne connais pas. Mais là, on dévie de Bitcasa… :-)

  14. 14 artusio dit :

    Aller ok….merci Pierre Olivier….

  15. 15 Julien Arcin dit :

    Article très intéressant, notamment pour la remarque sur « les tendances de fond que personne n’imagine voir s’inverser ». Peut être que la mutualisation des données est inévitable. Et c’est inquiétant …

  16. 16 Sanji dit :

    Mes besoins sont limités, mais j’apprécie énormément ces usages, surtout lorsqu’ils multiplient les données (comme Evernote ou dropbox) parce qu’en plus ils m’assurent de pouvoir continuer à accéder à mes données offline, avec synchro ultérieure.
    Let’s see ce que les nouveaux arrivant comme Bitcasa vont nous proposer exactement…

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