Email Powaa !

De temps en temps, je me retrouve à contre-sens de l’Histoire, de l’avis de – presque – tous les experts et de tous ceux qui n’y connaissent rien mais sont d’accord avec eux. En général, je me dis que je me trompe, forcément… et puis de temps en temps, je crois en mes théories.

Depuis 2 ou 3 ans, on n’arrête pas de lire que l’email est mort et n’a plus d’avenir.

Je ne sais pas si Atos a été le premier à annoncer qu’ils allaient abandonner l’email en entreprise pour gagner en productivité, mais il a sans doute été le plus bruyant, leurs RP faisant bien leur job sous l’ombrelle sexy que représente l’avènement de l’Entreprise 2.0… dont le chiffre qu’on a accolé au terme témoigne à lui tout seul de la ringardise du concept.

D’autres se sont engouffrés dedans ou ont été des pionniers de cette mise à mort, comme Google qui a voulu changer la nature même de l’email avec Google Wave qui a connu le franc succès que l’on connait.

Je pense l’avoir lu partout ou presque, y compris sur des blogs que je respecte infiniment pour leur éclairage sur notre marché… et bien évidemment sur des dizaines de milliers de suceurs de roues de ces mêmes blogs qui n’existent qu’en répétant à l’infinie ce que d’autres plus pertinents écrivent sans même se demander si cela a du sens pour eux ou pas.

Pourtant, prétentieux comme un chanteur qui pense être légitime pour parler de politique, je crois au contraire que l’email va devenir au fil du temps, le point central de notre vie numérique.

Prenons quelques exemples pour étayer cette position…

Basecamp, formidable outil de gestion de projet réputé comme l’un des plus efficaces du marché, permet une gestion quasi-totale des échanges par email. Je reçois du contenu publié directement dans mon email et, en faisant un simple Reply, ce que j’écris vient s’incrémenter dans le système, au bon endroit, y compris si j’ai joint des attachements… Certains clients de Digidust n’avait pas compris qu’il y avait une interface où se connecter, ils pensaient que cela ne se gérait que par échange d’email tellement c’était fluide, simple et rapide. Si en plus vous avez un BlackBerry, toujours le champion incontesté de la gestion d’emails en mobilité, vous ne vous rendez même plus compte que vous contribuez à un projet. KISS !

Facebook vient de lancer son propre système d’email, seule brique majeure qui lui manque réellement pour devenir un Internet dans l’Internet. L’email est ce qui faisait ressortir une partie de ses utilisateurs du réseau social tout en étant également ce qui les faisait revenir au premier commentaire d’un ami. C’est un peu comme quand, dans un casino de Las Vegas, on vous offre à boire et à manger tout en supprimant toute lumière naturelle pour que plus rien ne vous pousse à arrêter de jouer et que vous perdiez le sens des réalités. Beaucoup d’utilisateurs ne sortiront plus de Facebook et Facebook deviendra leur Internet… Avec l’usure du temps, ils en viendront à oublier qu’il y a un autre Internet « dehors ». Intégrer son propre système d’email et l’offrir à tous les utilisateurs est un coup de maître de Facebook et, à mes yeux, un nouvel indice de l’importance future de l’Email.

Twitter vient d’intégrer une nouvelle feature : Recevoir un email chaque fois que quelqu’un vous mentionne ou vous RT. C’est là aussi une idée de génie. Les Power Users ont très vite râlé car il est de bon ton de se dire débordé par toutes ces mentions incessantes dues à leur popularité sans même parler de leur influence, oubliant sans doute qu’ils n’avaient qu’une case à décocher pour les faire cesser soit moins de temps qu’il n’en faut pour râler en 140 caractères. Peu importe, ils n’étaient évidemment pas dans la cible. La cible, ce sont tous les nouveaux qui créent un compte « pour voir » mais finalement ne comprennent pas l’intérêt de prime abord. Ce sont tous ceux qui sont partis il y a longtemps déjà mais ont toujours un compte, qu’il serait de bon ton de ramener à la vie – Oui, l’option est cochée par défaut, forcément. La cible, c’est enfin tous ceux qui utilisent Twitter quand ils y pensent, une à deux fois par jour dans le meilleur des cas… et que Twitter adorerait voir être plus assidus. Le mail, une nouvelle fois, est au coeur de cette stratégie.

Je vous parlerai bien de Posterous, « the dead simple blog platform », qui est née autour de l’email. Vous envoyez un email et il est blogué dans la foulée, les attachements étant traités en fonction de leur nature et servis de la meilleure des manières. Je pourrais aussi vous parler de tous ces marketeux qui viennent de redécouvrir les vertus de la newsletter, cette masse d’informations très vendeuses que l’on envoie directement dans la messagerie de personnes qui se sont déclarées intéressées – c’est de l’OptIn sinon, c’est peu légal, peu éthique et peu efficace. Je pourrais vous dire que si je ne reçois pas un email à chaque commentaire que vous posterez sur cette note, je n’y reviens finalement pas souvent.

Enfin, je vous parlerai bien de ces échanges que nous avons tous, avec nos amis, nos collaborateurs, nos clients… L’Email est omniprésent et c’est sa structure même qui a une incidence sur le contenu.

Là où Google a échoué à changer l’Email, Twitter a réussi.

Si vous êtes attentifs et je ne doute pas que vous le soyez, vous remarquerez que les emails que vous recevez sont plus courts qu’avant, les formules de politesse plus rares ou légères, les périphrases en voie de disparition. Vous remarquerez aussi que vos emails ressemblent presque à du chat, à une conversation permanente ou la notion spatio-temporelle n’a pas lieu d’être. L’Email est asynchrone. Twitter éduque le monde et lui apprend à communiquer court, précis, pragmatique. Vous lisez encore les emails de plus de 3 paragraphes ? Twitter amène doucement l’Email sur un chemin qui fait émerger l’ADN même de la communication, le message dans ce qu’il a de plus pur. Ainsi, les emails formels deviennent des formes de respect et d’attention, comme les courriers papiers l’étaient il y a quelques années. Si vous prenez la peine de m’écrire un email très long, soigné et formaté, je suis d’abord touché par l’effort que vous venez de faire, alors que je ne l’ai pas encore lu. Twitter a commencé à transformer l’email, mais il ne l’a pas rendu obsolète, il l’a au contraire rendu encore plus central et redoutable, il en a sublimé l’usage.

Je pense que je pourrais passer encore des heures à vous expliquer pourquoi je crois que l’Email – sous une forme ou une autre – occupe une place centrale dans notre vie numérique et pourquoi cela va aller crescendo. Tous ceux qui annoncent la mort de l’Email se trompent à mon avis. Ils ont soit quelque chose d’autre à vendre, soit besoin d’une forme de sensationnalisme que le marketing adore et les journalistes devraient honnir.

Toutefois, comme je suis l’un des seuls à le penser, je veux bien me tromper, être mis en doute et changer d’avis… mais il va falloir que vous argumentiez un peu ;-)

Email powaaaaa !!! ;-)

 

15 commentaires pour “Email Powaa !”

  1. 1 jcfrog dit :

    oui, je crois effectivement que l’email ne meurt pas, il atteint sa maturité: la notification
    ce qui disparait c’est la communication de data, le mail en workgroup. l’email est comme un DM, vital, mais ne doit plus servir à autre chose

  2. 2 Pierre-Olivier dit :

    @jcfrog Hey ! Tu as posté un commentaire et je l’ai su de suite parce que j’ai reçu un email.
    Dingue ! ;-)

  3. 3 jcfrog dit :

    la technologie m’épatera toujours :)

  4. 4 Franck Auzanneau dit :

    Je confirme cette tendance, chez nous on utilise highrisehq du même 37signals et franchement la gestion des deals par FW des emails c’est vraiment excellent ! on pourrait même parler des flux rss… ;)

  5. 5 Thomas Malbaux dit :

    Entièrement d’accord avec l’ensemble de votre analyse.
    Petite remarque : Google, avec Gmail, a quand même réussi à faire évoluer le mail … au moins dans sa présentation ! Le mode « conversation » rend souvent le mail comme un tchat asynchrone, ce qui parait moins évident avec un Outlook par exemple.

    Merci pour cette article.
    Thomas.

    PS : et pour les commentaires, la case parmi les plus utiles est, je trouve, « Recevoir les réponses à mon commentaire par email ». Sans cela, guère de suivi de conversation !

  6. 6 Christophe dit :

    Je suis assez d’accord, surtout avec la montée en puissance du Web social : tout le monde a un compte Facebook, Twitter, Foursquare, Linkedin …, mais ça signifie autant de sites ou d’applications auxquels se connecter pour avoir les infos (même si Seesmic & co sont là pour nous faciliter le travail). Alors que l’email reste justement un élément central, utilisé par tous ces services, comme un point d’attache avec les utilisateurs ! Il a encore un certain avenir … pardon, un avenir certain :)

  7. 7 Pierre-Olivier dit :

    @Thomas Tout à fait d’accord avec ton PS. C’est le premier plugin que j’ai réinstallé !

  8. 8 Bastien dit :

    C’est vrai que 90% des e-mails que j’envoie sont dans la logique de http://three.sentenc.es/ => 3 phrases et pas plus, bien plus productif somme toute ;)

    PS: la case « recevoir les réponses à mon commentaire par email » devrait même être checkée par défaut!

  9. 9 Christophe de CCD Design dit :

    Comme souvent (toujours?) dès qu’une nouvelle techno surgit, les oiseaux de mauvais augure annoncent la mort des autres. Le téléphone allait tuer le courrier, la télévision la radio, les réseaux sociaux… l’email bien sûr !

    Ce n’est bien évidemment pas aussi simpliste. Les nouvelles technos peuvent modifier les usages des outils. Mais d’une manière générale elles se complètent.

    Personnellement, aujourd’hui je pourrais facilement me passer de Twitter par exemple, mais pas de l’email !

  10. 10 Pierre-Olivier dit :

    @Bastien Je l’aurais bien fait mais mes compétences barbustiques s’arrêtent avant… :-)

    @Christophe Je ne pourrais plus me passer de Twitter non plus d’ailleurs…

  11. 11 Ludovic dit :

    L’email est un gros problème dans les entreprises qui grossissent(comme là où je suis) car elles deviennent l’élément premier (voir le seul) du traitement d’un problème.
    Je suis d’accord avec l’annonce d’Atos qui est à mon sens symbolique. L’email est une manière déresponsabilisante et dangereuse pour communiquer, AMHA, tout du moins dans les projets informatiques. J’essaie de mettre dans la tête de mes chefs de projets de toujours régler une question via skype, msn, irc peut importe (cad se mettre d’accord sur un point) et l’email arrive ensuite comme un contrat.
    Tous les outils que vous citez (basecamp, twitter, facebook) managent l’information et transforment l’email, et basecamp est un outil de forum plus que de l’email (on pourrait très simplement se passer de l’email)
    D’ailleurs, nous utilisons redmine et parfois basecamp au boulot, et mon premier réflexe est de désactiver les notifications email.
    pareil pour facebook et twitter (via des applis mobiles),

    Donc je suis presque d’aocord avec Atos en fait, et un peu avec vous.
    L’email n’est plus l’outil de communication de l’ère numérique, c’est un des outils. Mais son influence se réduit tout de même de jour en jour,

  12. 12 Pierre-Olivier dit :

    @Ludovic Atos n’a pas réussi…

  13. 13 Ludovic dit :

    ils viennent à peine de commencer en même temps

  14. 14 Olivier Seres dit :

    Bonjour Pierre-Olivier
    Merci pour ce billet qui prend à contre pied nombre d’esprits techno-progressistes qui prédisent la mort de l’email.
    L’email est la déclinaison électronique du colis postal, simple d’usage, c’est ce qui en fait son succès pour la communication One2One asynchrone, au même titre que Twitter, plus tard, pour le broadcast One2Many Asynchrone.
    Ce qui pose problème, et ce que l’on ne peut ignorer, c’est l’overload d’information. Des services auquels on s’est inscrit et qui vous balancent régulièrement de l’information- et que l’on continue à recevoir car le lien unsuscribe est difficile d’accès, proscrastination aidant.
    L’overload c’est aussi les pièces jointes, apparues avec le format MIME en 1995.
    Ce truc est une calamité pour les entreprises avec la duplication des fichiers proportionnelle au nombre de forwards (ce qui conduit les entreprises à limiter les Boites mails à 100Mo, n’ayant pas trouvé d’autres solutions. Chez Bouygues, en 2005, mon inbox était limitée à 25Mo…) C’est sans doute aux problème posé par les pièces jointes (et surtout au coûr associé en serveurs) qu’Atos veut s’attaquer.En ce qui concerne la partie textuelle du mail, faudrait être fou ou super-nerd pour la supprimer
    Sur le plan pratique, les PJ sont perdues dans l’océan de l’Inbox, et on passe un temps très important à les retrouver, à les classer via «Enregistrer sous».

    Un système de classement automatisé des PJ par le client mail ferai gagner pas mal de temps au utilisateurs. La startup http://www.2pad.com/ créée par Philippe Lumbroso l’a fait pour les photos en allant les chercher dans GMail.

    Je réflechis et travaille depuis quelques mois sur une nouvelle façon d’envoyer et de recevoir des fichiers, sans que l’utilisateur ait besoin de les classer, via un système de file-sharing décentralisé et une interface aussi intuitive que les clients mail – Il y a bien entendu une notif mail ;-) On en parle si tu veux.

  15. 15 Nicolas MOURIER dit :

    100% d’accord, le mail est la colonne vertébrale de notre vie sociale numérique !
    Un peu comme notre bonne vieille boite aux lettres physique, on peut y recevoir toute sorte de types de médias (pub, courrier, colis, petits mots, etc) mais ça reste l’objet centralisateur de médias physiques.
    Notre smartphone, lui, devient de plus en plus l’élément centralisateur de réception (et d’émission) de nos médias numériques… Une troisième main en quelque sorte ;-)

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