Qu’on leur donne l’envie !
C’est dingue comme l’image que l’on a de soi peut tout à coup tétaniser le talent.
J’ai croisé un garçon vraiment très bien il y a quelques temps. Il était gentil, souriant et en échec professionnel depuis plusieurs années. Dans son regard de la couleur de la pluie, pour peu que vous lui prêtiez un peu attention même si ça ne se fait plus vraiment de s’intéresser aux gens, vous perceviez une forme d’abattement mélangée à de la tristesse et de la colère… mais également une très grande dignité.
Alors qu’il se croyait promis – et c’est une pratique largement encouragée lorsqu’on fait des études supérieures – à une belle carrière, il a vu doucement ses candidatures échouer ou déboucher sur des réalités très éloignées de ce qui était présenté, les portes des DRH se refermer puis ses allocations chômage se réduire doucement jusqu’à arriver aux revenus minimum qui se comptent en dizaines ou centaines d’euros… Il a également perdu une grande partie de sa vie sociale parce que quand vous ne pouvez plus payer de loyer, vous ne pouvez plus payer non plus des tournées de Mojitos avec vos potes ni financer le moindre loisir. Doucement, il s’est déconnecté du monde de ceux qui travaillent, font des projets, pensent à leur carrière, se font chasser, construisent…

Notre système d’éducation qui vous promet à l’élite si vous empilez les années après le Bac et le modèle qui veut que l’on envoie son CV d’abord aux grandes et belles entreprises car c’est là que les carrières, l’argent, le pouvoir et plein d’autres choses se trouvent… l’ont tout simplement broyé, lentement, sans vraiment que cela ne transparaisse.
Ayant perdu l’estime de lui-même et détestant l’image qu’il se renvoie, il est tout simplement arrivé, comme des dizaines de milliers d’autres, dans une impasse.
Il va s’en sortir car il vient de réagir enfin et de revenir dans la « vraie vie ». Il faudra un peu de temps car ce genre de plaie ne se referme pas en 3 jours mais il va y arriver, je n’ai aucun doute. Il est à présent bien entouré, il a une stratégie, un chemin, une mission et tout ça le raccroche à notre monde.
Mais les autres… Ceux qui n’ont pas le déclic pour se réveiller et remonter à la surface chercher de l’air…
Que deviennent-ils ?
Notre approche de l’éducation n’est plus adaptée au monde qui nous entoure. Je ne veux pas me poser en donneur de leçon car je n’ai pas le début d’une idée pour faire ce qu’il faudrait donc ce serait trop facile. Toutefois, c’est sur la base d’histoires comme celle-ci et de mon manque de confiance dans ce que nous faisons de nos jeunes générations que je m’attache à essayer d’entourer mes enfants, à les faire progresser sans me substituer au tronc commun que représente l’école mais en leur demandant de prendre du recul, de rester ouverts d’esprits, de ne pas se fier aux apparences, de ne pas baisser les bras après un ou une série d’échecs, de croire en eux, de n’attendre rien de personne si ce n’est une bonne surprise…
Je suis un naif qui a une grande confiance dans les Hommes pris individuellement… C’est quand on les met en meutes que cela commence à déconner ! Si vous donnez aux gens de l’assurance, une vraie estime d’eux-mêmes, l’envie d’entreprendre – au sens large – et quelques responsabilités, ils feront tout à coup des miracles dont eux-mêmes ne se pensaient pas capables… car il n’y a pas d’autre chemin vers l’accomplissement que l’épanouissement.
J’imagine que ce n’est pas applicable à tout le monde, mais on pourrait peut-être déjà commencer par essayer d’apporter ça aux plus jeunes qui arrivent dans le grand bain, non ?




4 avril 2011 à 20:02
En France on cultive tellement le diplôme que cela devient ridicule. A tel point qu’il y a peu j’ai proposé une connaissance pour un travail de dev. Il a clairement les compétences, si on prend le temps de s’intéresser à lui,cela saute aux yeux.
Par contre il a tout appris sur le tas, comme souvent dans les nouvelles technos. Mais bon, du coup, il est recalé, inlassablement. « Pas assez de diplômes, trop risqué » il paraît.
Et c’est loin d’être un cas isolé. Surtout dans les NTIC. Un jour je ferais un billet sur le « pouvoir des nerds » pour une entreprise !
4 avril 2011 à 20:09
Et si, bien au delà de la seule éducation, c’était tout notre système qui n’était plus adapté à l’Homme ?
4 avril 2011 à 20:11
@Xavier Il fera le bonheur de quelqu’un qui regardera plus attentivement !
@Dugomo Peut-être… mais comme on baigne dedans et qu’on ne peut pas tout changer en même temps, je pense que nous devrions commencer par ceux qui feront l’avenir !
4 avril 2011 à 21:50
J’aime beaucoup ta manière de décrire cette personne, reflet de ton profond humanisme certainement.
Je n’ai jamais (pas encore ? ) eu à recruter, mais j’espère que ce jour là, je saurai prendre la bonne décision. Savoir reconnaître le potentiel d’une personne, la richesse qu’elle peut apporter à l’entreprise et/ou à une équipe, et l’amener sur des terres qu’elle n’osait pas imaginer peut changer sa vie. Belle aventure humaine réciproque. Mais peu de managers ont ce regard ou cette démarche malheureusement…
La différence fait peur, alors que c’est une richesse.
Il y a aussi la forte propension, dans notre pays, à mettre les gens dans des cases et à écarter tous ceux qui n’y rentrent pas ou rentrent dans plusieurs, alors que l’innovation vient souvent de ceux-là ! Pas assez de diplômes; trop, ou alors trop jeune, trop vieux, trop atypique… et alors ?
4 avril 2011 à 22:32
Cette vision de notre système éducatif est tellement vraie (je suis enseignant). Cela est ancrée au plus profond de l’institution qui ne s’intéresse pas – et en ce moment de moins en moins – aux élèves autant qu’il le faudrait : comment peut on donner confiance à un élève d’une classe de lycée ou parce qu’ils sont soit disant autonomes on les entassent à plus d’une trentaine dans les classes. Le système éducatif est tourné de la sorte que seule la note compte, et que toutes les réformes cherchant à viser l’évaluation d’acquisition de compétences sont vaines car trop complexes pour tout le monde (élève et corps enseignant) et que de toutes façons il faut absolument que 80% d’une classe d’age ai son bac.
Dans l’école actuelle, on casse on casse on casse, on sanctionne avec des notes, on compare les élèves les uns aux autres en les classant du premier de la classe au dernier alors qu’il serait si facile d’individualiser ce travail sur l’élève.
Voila, cet article m’a rappelé pleins de choses se passant dans notre système qui ne devrait pas tarder à se casser la gueule tellement l’Homme est nombriliste.
C’était mon coup de gueule.
4 avril 2011 à 22:36
@Zanskar Merci de ces gentils mots…
@Willy Tu ne fais pas un métier facile… et on ne voit pas encore le début de la lumière au bout du tunnel. Bon courage et merci pour le témoignage !
5 avril 2011 à 10:42
l’Éducation Nationale, c’est comme tout, ce n’est pas lui faire insulte que dire qu’il faut faire un reboot de temps en temps. Mais je n’ai aucun espoir
Le monde a tellement accéléré que les RAZ ne sont plus une option mais une nécessité (fiscalité, services publics, …).
Me semble-t-il.
5 avril 2011 à 11:38
Je trouve cet article très juste, sans doute parce que je suis passé par un peu le même chemin que cette personne.
Bizarrement, j’aurais tendance à dire qu’il n’y a pas un culte du diplôme, mais un culte de l’ingénieur et du « prêt-à-l’emploi/esclavage ». (parce que des diplômes post bac, j’en ai deux, et pourtant…)
Rapidement, pour moi ça s’est passé globalement pareil que cette personne décrite dans l’article. Je ne connais pas son cursus, mais personnellement j’ai un BTS ainsi qu’une licence pro. Pendant ma recherche d’emploi, j’ai rencontré deux cas de figure :
- le profil recherché était de type ingénieur (donc bac +5 justifié). Clairement, le poste dépasse mes compétences. Mais surtout, on ne le dit pas dans l’annonce.
- aucune mention de mes diplômes dans aucun des entretiens que j’aie effectivement obtenus, en revanche, les employeurs attendaient à la place… au moins deux ans d’expérience. On ne se fatigue pas avec des gens à former, autant les laisser se morfondre, et prendre des gens qui n’ont pas de problème de toute façon.
Le problème que moi je vois, de part ce que j’ai vécu avant d’être embauché, c’est qu’il faudrait que les enseignants, dans l’ensemble, arrêtent de penser qu’ils connaissent tout du monde du travail ; si ça peut effectivement être le cas, qu’ils arrêtent de nous faire rêver, de nous mentir. En sortant de licence, j’étais persuadé de trouver quelque chose d’intéressant, tout de suite, et bien payé, même. Il m’a quand même fallu un an et demie avant de trouver, notamment le temps que la crise se calme dans mon domaine en tout cas. J’ai fait un tour à Paris, un autre à Lyon, mais un an et demi, et là où j’ai trouvé, c’est dans mon département d’origine, les Deux-Sèvres (plutôt vide donc, à part les assurances). Parce qu’après tout, les employeurs sont parfaitement dans leur droit de rechercher les profils qu’ils veulent, uniquement. Mais si déjà l’éducation nationale s’arrangeait pour que les étudiants gardent les pieds sur terre, ça serait un début.
Pour le système éducatif, je ne pense pas qu’il faille retirer le principe de notes, d’évaluation, etc. Il ne faut pas changer le fond, mais bien la forme. Mon BTS (IRIS, de développement d’informatique industrielle, donc), je l’ai eu sur une interro de programmation écrite. Oui, écrite. Je n’ai jamais compris comment on pouvait nous évaluer sur un projet de C++ entier, alors qu’on n’a ni doc, ni moyen de compiler ce qu’on fait, etc. Et je ne sais pas comment j’ai réussi à avoir la moyenne sur un truc dont je n’ai aucune idée de l’efficacité s’il était mis en pratique. La forme de mon examen est complètement inadapté par rapport au domaine. C’est comme si on demandait à un étudiant en plomberie de réparer une chaudière, mais avec une feuille de papier à la place de la chaudière, et un crayon à la place de ses clés, joints, outils.
Quant au monde du travail, s’il y a des employeurs moins fins que d’autres, il en existe aussi qui ont un peu plus de jugeote et voient le cercle vicieux dans lequel ont peut être pris (pas d’expérience -> pas de travail -> pas d’expérience).
5 avril 2011 à 23:05
Totalement en phase avec ce billet …
La « transmission », l’accompagnement, le partage, la dynamique de groupe, l’intelligence collective sont des notions essentielles qui génèrent en plus de la satisfaction et de la cohésion, de la qualité et de la productivité, mais « on n’a pas de ligne budgétaire pour çà » (sic.)
On a pas mal discuté ces jours ci du reportage de Viallet « La mise à mort du travail », et je viens de voir qu’un follow up a été posté chez Telerama http://television.telerama.fr/television/jean-robert-viallet-decortique-sa-mise-a-mort-du-travail,48747.php
6 avril 2011 à 9:16
@JCFrog Difficile de rebooter plus de 2M de personnes aussi facilement, les espoirs sont minces, effectivement. C’est aussi pour cela que @stephaniecarles et moi essayons de compenser, au moins avec les notres… mais bon, on est comme la majorité des parents c’est à dire pas des spécialistes de l’éducation
@Lonewaer Merci pour ce long témoignage vraiment éclairant. Toutefois, ce que j’y préfère (et ça ne va pas te surprendre si tu me lis de temps en temps, c’est ta conclusion, forcément !
@Enzoosellers Hey ! Content de te voir ici, ça faisait un bail ! J’espère que tu vas bien, by the way… et que tu es toujours sur les projets numériques de la Nasa avec autant de passion.
Merci pour le lien. J’avais vu « La Mort du Travail » mais pas la suite donnée. Je me garde pour un moment de calme… C’est le genre de sujet qui fait généralement réfléchir.
6 avril 2011 à 9:58
Je pense que la France et donc les français se basent trop sur le diplôme. Un exemple flagrant, dans le magazine Challenges, il y a une page sur les nominations. Ca commence toujours comme ça « Gérard Dupont X/Mines 45 ans, devient directeur bidule … ». Leur bilan pro est-il si catastrophique pour qu’on s’y attarde ? Non la vérité est que son diplôme fait 70% du boulot. C’est moche.
Après à tous les étages c’est comme ça (du bts ou bas +5) mais d’une manière négative. C’est à dire que avec ton BTS tu ne vas pas chercher à postuler à des postes trop ambitieux, il y une auto censure et aussi une pression sociale.
Et puis il faut aussi penser que le DRH qui a des diplômes ne va pas non plus se mettre à recruter des gens qui n’en ont pas. Dans un sens ça détruirait l’intérêt d’avoir un diplôme. C’est qui est complètement faux. On aime bien en France (et ailleurs) que chacun reste à sa place …
Pour ma part je suis chef de projet en SSII. Poste généralement réservé à des ingénieurs, mais je n’ai qu’un bac+4. Une grande société m’a fait confiance. Enfin surtout à l’époque il y avait pénurie d’ingénieurs …
6 avril 2011 à 10:09
tiens, à propos de reboot
http://www.la-croix.com/Inventons-le-college-de-demain-/parents-enfants/2461201/24303
6 avril 2011 à 10:22
Et pour aller plus loin dans le « reboot éducatif », l’excellent discours de Michel Serres de l’Académie Française sur « Les nouveaux défis de l’éducation », à lire ou relire pour constater que la modernité n’est pas réservée aux plus jeunes
http://www.institut-de-france.fr/education/serres.html
6 avril 2011 à 10:24
Je me présente ici en tant que étudiant a Toulouse en informatique. J’ai de nombreuse connaissance qui aujourd’hui après avoir un master ou pire un doctorat ce retrouve sur qualifier pour le métier que il veule faire. Il sont trop chère et ainsi les entreprises ne veulent pas les prendre. Certain cherche quand même a se reconvertir dans un autre domaine mais c’est dur. Alors oui un mec qui a un master peux touche le RSA
Aujourd’hui je peux travailler en entreprise cela ne me pose pas de problème un bonne expérience et autre mais la il me manque un diplôme. Changez le système scolaire oui mais la vision des entreprise qui regarde uniquement les diplômes ce qui est regrettable mais ce sont les qualités humaine qui prime selon moi. Je ne suis pas dans le top de ma promo mais ma personne est toujours plus développer que l’élite avec de nombreux petit boulot qui forge mon expérience professionnel.
Faire peut être aussi la différence avec un bon élève qui ne sera pas toujours un bon professionnel.
6 avril 2011 à 10:51
Ne pas avoir de solution n’empêche pas de pouvoir évaluer une situation correctement.
Si dire « il y a un problème » ou « il faut changer ça, ça et ça » impliquait d’avoir la solution, on avancerait pas.
C’est d’ailleurs peut-être là la vraie raison qui fait que depuis quelques années on a l’impression de ne plus avancer, voire même de régresser
Il y a du boulot
6 avril 2011 à 18:36
Pour revenir à l’exemple que tu donnes dans ton article, la personne en question souffrait plus d’une mauvaise orientation que d’un abandon sans diplome, non ? C’est indiscret d’en savoir un peu plus sur la voie qui semblait si prometteuse et qui a abouti à une impasse ?
Pour le reste, plutôt d’accord avec tout ce qui est dit ici. J’ai un exemple pas plus loin que chez moi, avec un ado passionné par tout ce qui web, développement, etc… et qui m’épate tous les jours par tout ce qu’il a pu apprendre par lui-même, ses bidouillages, ses tests… Tout serait parfait si, à côté, il n’était pas découragé par l’école, et pas loin de glisser en échec scolaire.. Que faire ? Lui dire qu’il est dans la bonne voie, et le pousser vers un chemin qui lui plaira, mais où je sais qu’il va galérer à s’imposer et à se faire une place ? Ou le forcer à rentrer à tout prix dans un cadre scolaire qui ne lui va pas du tout, en lui faisant passer au forceps des diplômes remplis de matières et d’enseignement qu’il sait déjà inutiles, puisqu’il touche déjà du doigt une certaine réalité du métier qu’il voudrait faire…?
6 avril 2011 à 23:55
@pocarles
Toujours une oreille qui traine à la NASA et même si je n’ai pas trop le temps de blogger, je twitte un peu. Un petit billet court sur une des initiatives in world de la NASA qui me parait pleine de potentiel.
http://enzooosellers.blogspot.com/2011/04/curiosity-scientist-mondes-virtuels-web.html
7 avril 2011 à 18:39
Est-il plus judicieux de réformer un système car il isole une petite partie de la population ou de le conserver car il convient au plus grand nombre ???
Jai plus d’amis qui font +/- ce qui leur plait que d’amis qui sont isolés. Mais bien évidemment je pense, et on pense tous, à la faible proportion de ceux qui sont isolés car ceux pour qui tout va bien tant mieux !!!
9 avril 2011 à 0:36
Il faut espérer que ces histoires ne sont pas nombreuses. Et que la société saura faire une place à chacun quel qu’en soit son mérite.
http://www.rue89.com/2011/02/13/ils-ont-20-ans-et-souffrent-de-la-solitude-moi-on-ma-zappe-189130
http://lexpansion.lexpress.fr/economie/l-augmentation-du-chomage-des-jeunes-risque-de-les-marginaliser_237222.html
9 avril 2011 à 16:20
Bon, j’ai bien suivi le débat et je vous remercie pour la qualité de vos contributions : Qui a dit que les commentaires sur les blogs étaient morts ?
Je ne peux pas répondre à tout le monde (vous comprendrez en lisant la note que je viens de publier !
), et certains d’entre vous n’appellent d’ailleurs pas de réponse, mais le coeur y est. L’une de mes grandes satisfactions, relative à ce blog, est de voir que je commence des conversations que vous vous appropriez et poursuivez ensemble ; j’espère que cela durera car c’est vraiment une belle récompense pour moi.