Egypte : Révolution + 15 jours…
J’étais en Egypte la semaine dernière, au Caire, pour la conférence interne d’un géant des Telcos, organisée par Stonfield. Le thème principal était : les Medias Sociaux… mais je vous ai déjà parlé de cela.
C’était ma première visite en Egypte et ma première dans un pays ayant terminé une révolution quelques jours auparavant. Pour être franc, j’ai beaucoup bossé et je suis peu sorti de l’hôtel donc je ne vais pas pouvoir vous dépeindre la situation du pays comme un journaliste pourrait le faire. Je peux simplement vous jeter sur « le papier » quelques souvenirs ou points qui m’ont marqués…
Le marché des portiques de sécurité est très porteur. Il y en a à peu près partout, à l’entrée de l’hôtel, bien-sûr mais également des centres commerciaux et autres bâtiments publics. A chaque fois, un policier, un militaire ou un agent de sécurité est présent. Toutefois, personne ne les emprunte vraiment et quand il sonne, ben, rien… Vous échangez un mot avec le militaire et poursuivez votre chemin. Le plus souvent, si vous n’êtes pas arabe, vous n’avez même pas besoin d’y passer… Il y a une vraie déclinaison du « délit de sale gueule » tendance raciste mais ça ne semble étonner personne à part moi.
Je crois que c’est la première fois que je suis dans un pays avec un couvre-feu. Il est interdit de sortir de minuit à 6h du matin. Donc si votre avion est avant 9h et que vous n’êtes pas à coté, vous devez partir la veille vers 10h30 ou 11h et dormir à l’aéroport. Cette interdiction de sortir, qui ne m’est pas familière, fait planer une ambiance un peu étrange ; tout est calme pourtant mais la tension est parfois palpable, sans qu’on sache vraiment pourquoi, comme s’ils étaient tendus un peu par habitude.
J’ai traversé la Place Tahir ce qui ne m’a pas laissé indifférent. C’est là que tout à commencé et s’est terminé, quelques jours avant seulement. Je ne connaissais pas ce lieu il y a 3 mois et aujourd’hui, il est aussi célèbre que la ville qui abrite les Pyramides (je vous laisse chercher
). A deux pas de là, l’ancien siège de la Police était en feu la veille… et j’ai pu découvrir la carcasse calcinée de l’immense immeuble à l’architecture Stalinienne, comme une trace d’Histoire en vrai. Là encore, cela fait un peu bizarre, forcément…
Le business aussi est sinistré. Dès l’aéroport, on s’aperçoit que l’on est au calme… Beaucoup d’Egyptiens et autres arabes mais peu d’Européens et encore moins d’Asiatiques. Même la douane se passe en un éclair. Le dernier jour, la convention étant terminée, Jean-Luc et moi avons décidé de sacrifier le déjeuner pour faire un saut rapide aux Pyramides. Je m’étais fait chambrer toute la semaine car je n’avais pas prévu d’y passer ce qui semblait être vraiment du gâchis au yeux de quelques amis. Je les ai donc écouté comme le prouve cette photo.
En approchant, à quelques centaines de mètres de l’entrée, un homme a aperçu notre taxi et s’est mis à courir vers nous. Il s’est littéralement jeté devant la voiture, au point que je me demande encore comment le chauffeur a fait pour ne pas le percuter. Une fois la voiture arrêtée, il a commencé à s’engueuler avec le chauffeur, lui expliquant que les taxis étaient interdits et que nous devions y aller à dromadaire ou en cariole à cheval. C’était bien évidemment faux. Il était très agressif et notre chauffeur commençait à être nerveux aussi. Je lui ai alors dit avec un peu d’autorité « Yalla ! Yalla ! » ce qui doit représenter un grande partie de mon patrimoine linguistique en Arabe et il a démarré plutôt content que nous n’ayons pas envie de négocier
Un peu plus loin, un autre homme s’approche du taxi de la même manière mais cette fois, le chauffeur l’évite (là non plus, je ne sais pas vraiment comment nous ne l’avons pas tué ?!?). Arrivé juste devant la billetterie, un policier nous arrête pour nous indiquer où se trouvent les billets, par où on rentre et d’autres trucs pour lesquels on ne se posait pas de question… Il est très sympa, discute, nous serre la main au point que je me dis qu’il a tous les critères du gars qui veut un billet… mais non, en regardant mieux, je m’aperçois que nous sommes tellement peu de visiteurs qu’il prend simplement le temps de nous accueillir chaleureusement. Je vous passe le harcèlement à l’intérieur, pour prendre un dromadaire, acheter un souvenir Made in China et surpayer le guide… mais si vous regardez la photo, vous verrez que j’étais plutôt au calme
Je sais que les Egyptiens qui vivent du tourisme sur ce genre de lieux sont très agressifs commercialement, au point de te gâcher une partie de la visite mais de l’avis de notre chauffeur et de Jean-Luc qui y va souvent, cela dépassait largement tout ce qu’ils avaient connu avant… La pénurie de touristes et le manque de revenus depuis plusieurs mois ne les incitent pas à plus de modération, comme vous pouvez l’imaginer.
Sur la route, le Caire c’est juste l’enfer. La mégalopole compte environ 25M d’habitants quand on prend la périphérie, dont plusieurs millions qui entrent le matin et ressortent le soir. Le trafic était déjà très chargé avant la révolution mais depuis, il y a bien moins de policiers dans les rues donc le trafic est encore plus difficile. Je tiens à dire à mes amis parisiens qu’ils ne sont pas si mal lotis que cela, quand on regarde vers le moyen-orient. Le peu de fois où j’ai roulé, nous avons vraiment évité de justesse 2 à 3 accidents par trajet (sans doute parce que je ne conduisais pas, il faut vraiment avoir l’habitude) et essayé d’apprendre le langage des klaxons, indispensables et permanents sur la route.
Voilà, je retiens de ce passage en Egypte que les gens y sont très accueillants – à part autour des lieux touristiques – et toujours prêts à vous rendre service. L’ambiance post-révolution y est étonnante pour moi qui suis en démocratie depuis toujours. En période d’élection en ce moment, je peux vous assurer que même si la politique vous dégoute, vous devriez aller voter quand même car pour certains, dans de nombreux pays, le simple fait de décider de leurs élus est une réelle bénédiction.
J’espère vraiment qu’il sortiront par le haut de leur « gueule de joie post révolutionnaire » et que ce pays trouvera sur l’échiquier mondial la place que son énergie et son héritage historique immense devraient lui conférer.
La semaine prochaine, je passe deux jours en Belgique sur une mission de conseil. Je ne m’attend pas à un tel dépaysement mais il semblerait qu’eux aussi rament un peu coté Gouvernance du pays. Si cela se trouve, je vais me sentir obligé de vous en parler ici aussi à mon retour





26 mars 2011 à 17:31
Merci pour ce témoignage PO. C’est très intéressant.
Et comment se sentent-ils ? As-tu pu ressentir s’ils étaient confiant en leur avenir, s’ils avaient l’impression de commencer une nouvelle ère, ou au contraire s’ils étaient abattus, découragés ?
PS : c’est quoi « Yalla » ?
26 mars 2011 à 22:27
Sympa la photo -)
28 mars 2011 à 11:29
@Sanji Difficile de répondre à cette question, je n’ai pas assez échangé sur le sujet avec assez de monde. Ils sont plutôt content de l’ère qui s’ouvre, avec un fond de peur de voir débarquer des Islamistes durs.
Yalla, tu peux le traduire par un « Allons-y » un peu dynamique
@Joel Je l’ai faite pour toi en fait
28 mars 2011 à 20:37
Pierre-Olivier, songe, que du haut de ces pyramides 45 siècles te contemplent !!!
29 mars 2011 à 13:05
@JC Ben, les siècles en question n’auraient pas du attendre si longtemps pour me contempler, je ne suis resté que 10 minutes