Un bon père…

Pas facile d’être père…

Un de mes amis (pour de vrai, ce n’est pas une façon détournée de parler de moi :-) ) a un fils qui n’a pas vraiment de bons résultats à l’école. Il est en terminale, le Bac approche et les mauvaises notes s’enchainent. Pourtant, son fils est un garçon vraiment intelligent, gentil, malin, plutôt sain… Le truc, c’est que ça ne l’intéresse pas donc il n’est pas performant. Le garçon a tort, bien-sûr et ses professeurs le croient mauvais. Si j’étais lui, moi qui ai une maturité différente, je me mettrais à bosser dur rien que pour leur démontrer que je pouvais mais que je n’avais pas envie, qu’ils ne me donnaient pas envie. Mais il n’est pas moi, n’a pas 40 ans et donc, il laisse filer…

Mon ami est un vrai ami donc je l’écoute avec attention et compassion. Je me sens pleinement concerné par ses doutes mais je n’arrive pas à être inquiet comme lui. Son fils n’a aucune idée de ce qu’il veut faire plus tard… mais à 18 ans, moi non plus, je n’avais pas la moindre idée de ce que je voulais faire. Je crois même que je ne voulais rien faire de plus que le con et trouver des filles aussi « ouvertes d’esprit » que possible ;-)

J’avais 18 ans et cette phrase résume tout à mon sens.

D’ailleurs, si je devais, demain, retourner en cours de Chimie, je pense que je serai vraiment mauvais comme je l’étais à l’époque, principalement parce que ça ne m’intéressait pas. Si ce même cours de Chimie est décliné sur le thème de la Cuisine Moléculaire, tout à coup, je vais sans doute le trouver un peu plus accessible et peut-être vais-je même me révéler être un « chimiste » acceptable ;-)

Comme à chaque fois, c’est plus facile pour moi d’être détaché ou, au moins, lucide. Mon ami porte pleinement en ce moment cette responsabilité que nous avons tous, à savoir essayer d’installer au mieux nos enfants dans la vie. Cela ne veut pas dire qu’on veut qu’ils fassent comme nous ou mieux que nous mais qu’ils aient au moins le choix de faire ce qu’ils veulent, quelque chose qui leur plaise et dans lequel ils s’épanouissent pleinement.

La semaine dernière a eu lieu le Camp RH que Stonfield avait co-organisé avec Altaïde et i&e Management (je vous en reparlerai sur une note ultérieure). J’ai modéré deux ateliers dont l’un intitulé « Recrutement sans CV ». Un des éléments qui m’a frappé est le déclalage entre les process de recrutement des grands groupes et ceux des petites entreprises comme les notres. Il n’y a pas de critique lorsque je dis cela, un simple constat. Il est évidement que Google, qui au mieux de sa forme, recevait plus de 10 000 candidatures par jour ne peut pas les traiter comme le fait APICube ;-)

Ainsi, le fils de mon ami, en évoluant comme il le fait, sera sans doute recruté par une entreprise comme les miennes mais pas par un grand groupe car « il ne rentrera pas dans les cases » que les opérationnels vont imposer à la DRH en charge de sourcer les profils.

Ce faisant, je crois que ces groupes passent à coté des meilleurs, car dans la majorité des métiers, les meilleurs sont les plus passionnés, les plus créatifs, ceux qui n’ont pas eu peur d’être différents, d’être curieux, d’essayer des choses. Dans le cas du fils de mon ami, ils passeront à coté d’un petit gars vraiment bien et dont le potentiel – que je crois excellent – ne demande qu’à se révéler. A la question de savoir si je le recruterai, je pense que la réponse est Oui. On a tous besoin, dans nos équipes, de gens qui aient d’énormes qualités humaines alors que les compétences peuvent venir plus tard, par l’apprentissage et l’expérience. Je crois que le rôle d’un bon manager ou entrepreneur n’est pas de virer tous les gros potentiels qu’il ne trouve pas compétent sur un sujet mais d’abord de les faire progresser et, dans un même temps, de leur trouver la place, dans l’organisation, à laquelle ils révèleront le meilleur d’eux-mêmes et libèreront ce potentiel pour leur bien et celui de l’entreprise. Un gars compétent mais sans potentiel deviendra un poids mort dans l’entreprise dès que ces fameuses compétences seront obsolètes, ce qui ne prend que quelques années dans notre monde. L’inverse n’est pas vrai.

A mon ami, je voudrais dire – à nouveau – que je comprend tout à fait qu’il se sente concerné et/ou désemparé. Je ne veux surtout pas venir donner de leçon sur le rôle de père, sans doute le job le plus difficile du monde après celui de mère, job pour lequel la vérité de tous n’existe pas.
Toutefois, mon intuition me laisse penser que chacun trouve sa route le moment venu, pas avant. Un bon Bordeaux, quand le père vigneron a bien travaillé, n’est pas terrible tant qu’il est jeune. On sent qu’il sera bon, mais on ne sait pas trop quand cela va basculer. Le moment venu, il va soudain se révéler et atteindre une plénitude qui mettra ensuite des années à décliner tout doucement. Ce garçon est un « p’tit gars bien », encore trop jeune pour se révéler, même si on l’aère longtemps dans une carafe :-)

A mon sens, même si c’est incroyablement frustrant pour le vigneron, il a juste besoin qu’on le laisse vieillir un peu dans des conditions de conservation optimales… ;-)

7 commentaires pour “Un bon père…”

  1. 1 Thierry Merquiol dit :

    La question sous jacente consiste à savoir si un père (ou une mère) peut/doit influencer ses enfants dans ce choix si délicat, dans un champ des possibles si vaste et encore très engageant dans la société française. J’ai une fille de 18 ans qui doit remplir ses dossiers avant le 20 mars prochain et je sens poindre son angoisse sur ce choix qu’elle voit comme définitif pour les 50 ans à venir… Je tente de lui faire comprendre que ce qui importe de plus en plus, dans notre monde formidablement changeant et chaotique, c’est d’apprendre à apprendre. Donc, de choisir des formations qui mettent en avant cette notion d’apprentissage non pas de métiers mais de méthodes. J’essaye également de lui inculquer la notion de différence qui fait la différence.
    Quant au temps, il faut peut-être se fier au fameux kairos grec (à la différence du chronos, le temps qui passe…) et préparer nos enfants à être aux aguets pour saisir l’occasion par les cheveux…

  2. 2 pierrot la tombal dit :

    ça me rappelle ma donzelle! Aujourd’hui elle a 28 ans… L’année de son entrée en seconde, la fameuse année où les grèves contre je ne sais plus quelle loi que le ministre de l’époque voulait à tout prix faire passer, durèrent presque jusqu’en décembre… Loi qui bien sûr ne vit jamais le jour. Mais ma gaillarde en bonne meneuse qu’elle était, a fait, elle, durer les revendications toute l’année… A l’heure du dernier conseil de classe, une orientation plus courte fut préconisée, car soi-disant, les redoublements ne marchent pas au niveau de la seconde…
    Moi sur ce coup là, je l’ai prise entre quatre yeux, je n’ai pas crié. Je lui ai simplement dit que si elle voulait être caissière de super marché, elle en savait déjà bien assez… Et que d’ailleurs, je n’avais rien contre les caissières, ni même contre un autre métier d’ailleurs, que tous sont respectables. Et que de toutes les façons je respecterai son choix.
    Anaïs a bien sûr redoublé avec une belle réussite. Elle possède aujourd’hui un master de communication, plus un autre master de science-po. Elle bosse depuis quelque temps dans une boite d’informatique (Neptune) qui gère les portails web dans plus de 70 stations de ski autour de chez nous…

    Voilà, c’était juste un petit témoignage, pour dire que quelquefois, ça ne tient pas à grand chose une orientation…

  3. 3 JM dit :

    J’adore cette note et pas que pour le « ouverte d’esprit » (énorme cette expression, je la bookmarke), mais parce que je m’y reconnais et quand on prend des chemins non tracés et bien on redouble de tenacité et on donne beaucoup. J’ajouterai qu’il ne faut pas dédaigner tout ce qui est « manuel » (dans le sens mettre à la main à la pâte quelque soit le domaine) et ça peut s’apprendre en dehors de l’école. L’école n’est pas tout, la vie et la famille sont de formidables tuteurs pour que l’on grandisse.

  4. 4 Jo06 dit :

    « A la question de savoir si je le recruterai, je pense que la réponse est Oui. On a tous besoin, dans nos équipes, de gens qui aient d’énormes qualités humaines alors que les compétences peuvent venir plus tard, par l’apprentissage et l’expérience. Je crois que le rôle d’un bon manager ou entrepreneur n’est pas de virer tous les gros potentiels qu’il ne trouve pas compétent sur un sujet mais d’abord de les faire progresser et, dans un même temps, de leur trouver la place, dans l’organisation, à laquelle ils révèleront le meilleur d’eux-mêmes et libèreront ce potentiel pour leur bien et celui de l’entreprise. »

    Tiens ? Et lui ( http://www.pocarles.com/2010/04/benoit-follea/ ), il disposait pourtant des mêmes atouts, non ? Et pourtant… : « Je n’ai malheureusement pas de poste à lui proposer mais je peux au moins relayer sa recherche ici et voir si cela inspire l’un d’entre vous ».

    C’est chouette de prêcher l’amour pour élever son âme, faut (peut-être) juste prêter de la cohérence dans ses propos :-)

    A bientôt, c’est un plaisir de vous lire.
    Jo – non non, je ne suis toujours pas énervé ;-)

  5. 5 Pierre-Olivier dit :

    @JM C’est vrai… mais l’école, c’est bien aussi :-)

    @Jo06 Tu ne recrutes pas quelqu’un parce qu’il est intelligent ou à fort potentiel, tu le recrutes d’abord parce que tu as un job à pourvoir. Je n’ai pas de job à pourvoir ni pour Benoit, ni pour le fils de mon ami (qui devrait d’abord essayer de s’accrocher à l’école, à mon sens). Pour répondre à ta question, Non, ils n’ont pas les mêmes atouts. A ce stade, je ne vois pas ce qu’il y a d’incohérent dans mes propos ?!?

    Quand à essayer d’élever mon âme, oui effectivement, j’aimerai bien arriver à le faire mais la tâche est difficile… Je crois que c’est moins con que de vomir sur les godasses de son prochain pour essayer d’exister. Désolé si ce que j’ai envie d’exprimer fleure parfois bon le pays des Bisounours, mais il va falloir s’y faire ou regarder ailleurs parce que je n’ai pas vraiment l’intention d’en changer :-)

  6. 6 Geoffroy dit :

    Comme JM, je me reconnais beaucoup dans cette note. Arrivé en 2nde je voulais être « ingénieur ». En quoi je ne savais pas mais c’est ce que je voulais faire, « être ». Malheureusement, comme le disait Rimbaud, on n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Je rajouterai, à 18 non plus!
    Bref, je n’ai pas fait grand chose au lycée et après avoir eu mon bac au 2ème essai, j’avais envie de voir autre chose et j’ai passé 10 dans l’armée. J’y ai vécu de très bonnes expériences, d’autres moins. Mais ça m’a surtout permis de savoir ce que je voulais vraiment faire et ne pas faire. J’ai repris les études par correspondance et 2 BTS en informatique plus tard, j’ai changé de boulot. Comme tu le dis PoCarle, je n’ai pas intégré un grand groupe ou une grosse SSII. En revanche, j’ai travaillé pour des TPE avec des projets que j’ai géré de A à Z. Sur ces projets, j’ai pu travaillé sur toutes les composantes de ceux-ci, alors que dans une boîte plus importante, je n’en aurai vu qu’un petit bout. J’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont fait confiance et qui ont préféré mon profil à celui de jeunes ingénieurs, comme quoi la boucle est presque bouclée ;) Aujourd’hui j’ai 35 ans et je ne regrette en rien mon parcours. Il m’a aidé à être ce que je suis devenu.
    D’un autre côté, je me demande comment je réagirai quand mes enfants auront cet âge!

  7. 7 agou dit :

    J’ai eu l’inverse, à savoir avoir été une élève très brillante, sans problèmes, sans souci et je suis parfois confrontée à des amis ayant des enfants au collège au lycée complètement effrayés devant leurs notes. Ce sont des amis qui avaient eux mêmes ce profil d’élèves pas franchement très mauvais, mais juste insouciants, comme on peut l’être à 15, 18 ou même 20 ans!
    Mais moi de mon côté avec mon carton plein de félicitations de conseil de classe, de très bonnes notes, d’un avenir presque tout tracé vers Sciences Po, j’ai attendu mes 19 ans avant d’avoir des amis, de vivre des trucs, en bref d’apprendre à être un peu insouciante… Je pense que j’aurais volontiers sacrifié quelques points sur mon bulletin de note contre un peu moins de pression. J’aurais eu autant de bagage intellectuel en finissant ma scolarité avec 12/20 de moyenne qu’en ayant 18/20… Par contre, le reste, la vie, la débrouillardise, les compétences humaines, on ne les apprend qu’en levant un peu la tête de sa feuille et c’est vraiment quelque chose que j’aime à rappeler aux gens, car j’ai regretté d’avoir découvert ces choses-là sur le tard :)

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