Pas vraiment élémentaire, mon cher Watson !

Bouts de code après bouts de code, on a l’impression de faire avancer notre petit univers, les projets dans lesquels on s’implique, tout ce qui fait que l’on travaille dur pour essayer de changer une partie de son propre monde. On pense travailler avec des Gauchos du Code ou, pour certains, en être un. C’est là qu’on croise une avancée technologique qui nous laisse sans voix et rend tout cela presque insignifiant.

Vous avez entendu parlé de Deep Blue ? C’est un supercalculateur d’IBM qui a réussi à battre Garry Kasparov aux échecs en 1997. C’était assez impressionnant mais bon, maintenant, en 2011, j’ai un iPhone 4 qui est trop cool aussi et qui fait des trucs sympas. En plus, il ne faut pas trop se la raconter ; Deep Blue n’avait jamais fait que d’énormes calculs mathématiques, les échecs étant d’abord affaire de mémoire et de logique. Pas de quoi casser 3 pattes à un canard donc.

Puis est arrivé Watson.

Watson est le fruit d’un travail de titan par les labs d’IBM Research. L’idée était d’engager un ordinateur contre 2 excellents candidats humains du Jeopardy. Si vous ne connaissez pas ce célèbre jeu, c’est assez simple. Si je vous dit : « Le plus grand club de Rugby de tous les temps« , vous devez répondre « Qu’est-ce que le Stade Toulousain ?« . Pour ceux qui n’ont pas compris, je vous invite à jeter un oeil ici.

Pourquoi, près de 14 ans après une belle victoire, s’essayer à un simple jeu télévisé contre des presque anonymes alors que Deep Blue bataillait sur l’élite des jeux contre son plus grand champion de tous les temps ? Parce que pour un ordinateur, Jeopardy est infiniment plus difficile que les échecs. Une machine doit comprendre le langage humain, incluant des expressions, de l’argot et des terminologies très spécifiques pour les synthétiser et en ressortir une réponse correcte, avec pourtant des possibilités presque infinies.

Watson est un candidat très méthodique. Il va puiser les réponses dans son énorme base de connaissance, au coeur des To d’informations qu’IBM Research lui a fait ingurgiter. En effet, Watson n’est pas connecté à quoi que ce soit, et pas Internet par exemple. Il est autonome. Il est aussi très raisonnable. Par exemple, il n’essaye pas de répondre s’il pense qu’il n’a que 60% de chances d’avoir la bonne réponse ou moins. Dans la réalité, il a souvent la bonne réponse mais s’il a identifié un risque trop important, il ne se lance pas. Un vrai bon père de famille :-)

Watson va affronter les meilleurs candidats de Jeopardy à partir du 14 Février prochain. Ce sera bien évidemment en direct à la TV US et j’imagine qu’on doit pouvoir trouver un flux pour le regarder ici aussi. Cela devrait donner quelque chose comme ce que vous pouvez voir sur la vidéo ci-dessous. Pour ma part, je suis prêt à mettre un billet sur lui. Je crois vraiment qu’il peut et va gagner ces rencontres, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus mais également par le fait qu’il est, naturellement, le candidat ayant la culture la plus large et équilibrée de candidats présentés.

Ce qui est passionnant, finalement, c’est que l’on vient de faire un pas de géant vers l’étape suivante ; celle d’ordinateurs vraiment « intelligents » qui deviendraient de fantastiques assistants pour toutes les tâches complexes. Imaginons que Jérôme Cazalbou (oui, je vous en parle souvent parce qu’il est pour moi la référence des consultants rugby) se mette à commenter un match avec Watson. Nous pourrions avoir un duo de choc, l’un disposant d’une réelle compétence de ce jeu et l’autre de la capacité à tout savoir sur tout.

Jérôme : « Watson, tu peux nous dire dans quel club Fred Michalak a fait ses débuts ? »
Watson : « Bien-sûr Jérôme ! Fred a commencé en 1987 à Ramon-Ville St Agne. »

OK, si je vous prend un exemple avec un Neurochirurgien qui va interroger Watson à haute voix pendant une opération sur les symptômes qu’il constate, vous percevez tout de suite mieux la valeur de ce super calculateur :-)

Lorsque l’on pose une question à Google, c’est nous qui faisons en fait la majorité du travail, en déterminants les mots clés les plus pertinents par rapport à ce que l’on recherche. Google ne fait qu’aller chercher « bêtement » ce qu’il trouve correspondant à ces mots clés. Typiquement, les homonymes sont alors une plaie. Avec Watson, rien de tout cela ; c’est la machine qui va faire le travail dans son intégralité pour répondre à votre question, quelle qu’elle soit.

Alors l’étape suivante doit bien évidemment vous faire flipper un peu.

Vous avez tous vu le film et forcément, vous n’avez pas du aimer la fin. Nous n’en sommes bien évidemment pas encore là. Ceci dit, merci à IBM de bien vouloir laisser Watson déconnecté de tout réseau et en particulier de l’Internet :-D

Je me suis toujours enthousiasmé pour ce genre d’avancées, peut-être depuis que j’ai vu ce que HAL était capable de faire, quand j’étais petit. C’est un mélange de fascination et de peur, sans doute l’influence de la science fiction. La technologie est la solution à la très grande majorité de problèmes de l’Humanité et c’est également ce qui pourrait amener sa perte. On est donc devant une boite de Pandore et je mesure toute la difficulté que l’on a à résister à l’envie de l’ouvrir. Je crois que si j’en avais le pouvoir, j’ouvrirai la boite.

Ce que vient de faire IBM Research est, à mon sens, vraiment fantastique. Après, pour les étapes qui vont suivre, cela devient plus compliqué. Comme disait l’autre, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités et je ne sais pas à quelle vitesse nous serons capable d’inculquer la notion de responsabilité à une machine.

Je n’ai que 40 ans. Avec un peu de chance, je verrais bien cela un de ces jours…
Sinon, quelqu’un a vu trainer mon super iPhone qui fait lui aussi plein de trucs cools ? ;-)

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6 commentaires pour “Pas vraiment élémentaire, mon cher Watson !”

  1. 1 Clem dit :

    Je dois être un doux rêveur, mais ce genre d’avancée me fait plutot penser à « MultiVac », le super-ordinateur intelligent version Asimov… Un gros morceau d’espoir donc, plutot qu’un apocalypse…!
    PS: Pour ton iphone, vois avec tes enfants, apparemment l’iPad ne suffisait plus…

  2. 2 Pierre-Olivier dit :

    @Clem Non, je suis d’accord, ce n’est pas obligé de mal se passer… mais je ne peux m’empêcher d’appréhender aussi les scénarios catastrophe :-)

  3. 3 Joel dit :

    Belle note. Investir plus de 5Md de $ tous les ans en R&D ca sert aussi à cela… Je trouve aussi que ce projet est fantastique et pas uniquement pour sa démonstration de puissance technologique mais pour les progrès qu’il va permettre pour rendre cette planète un peu plus intelligente… ce n’est que le début…
    La victoire de Watson le 14 Février sera un beau cadeau pour fêter les 100 ans d’IBM. ;-)

  4. 4 Frederic dit :

    Je t’ai dit que j’avais déjà gagné à Jeopardy ? le vrai, avec des vrais morceaux de Philippe Risoli dedans… il y a moult z-années quand ça passait dans le poste…

    Alors, tu permets, ta boite à puces… je la prends où elle veut et quand elle veut…

  5. 5 Frederic dit :

    PS : belle synthèse vocale, le Watson…

  6. 6 Pierre-Olivier dit :

    @Frédéric : Tu es décidément plein de ressources :-)

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