Focus… enfin, sur les fondamentaux !

Digidust et Stonfield me prennent tout mon temps… du moins, c’est ce que j’ai coutume de penser. Pourtant, à y regarder de plus près, j’en passe énormément sur d’autres sujets, plus ou moins liés au business.

J’ai regardé il y a quelques jours, très attentivement, la vidéo de Gary Vaynerchuck où il explique qu’il est assez fatigué d’être aussi actif et qu’il va arrêter tout ce qui ne relève pas directement de ses entreprises. La raison principale n’est pas liée à des difficultés sur ces projets, mais simplement à l’envie de s’y impliquer plus en avant, de continuer d’apprendre en prenant du recul et en lisant, de faire, d’être concentré, de devenir meilleur sur les domaines de compétences dont ses entreprises ont besoin, dont sa famille a besoin…

Cette vidéo a trouvé chez moi un réel echo car elle reprend exactement les réflexions que j’avais en tête une partie du week-end dernier. Je ne me compare pas à lui, ni dans la richesse de ses activités, ni dans le talent mais sa problématique est identique à la mienne. J’avais discuté avec lui à Paris, en compagnie de @vinvin et je me souviens que nous nous étions fait la réflexion qu’il nous avait accordé un peu de temps, très minuté mais pleinement et que s’en était presque drôle au final. J’avais vraiment aimé cette rencontre… mais il avait sans doute perdu son temps, du moins, celui qu’il doit à ses entreprises.

Il est très rare que je dise Non quand on me demande un service. D’une part, lorsqu’il s’agit d’un autre entrepreneur, c’est une simple question de solidarité. Je me souviens des moments de solitude que j’ai pu avoir par la passé, surtout lorsque j’ai commencé et du plaisir/bénéfice que j’aurais eu à avoir un « vieux » qui vienne me donner son avis ou me connecter avec telle ou telle personne. D’autre part, aller essayer d’évangéliser des dirigeants d’entreprises sur des sujets qui me passionnent est un réel plaisir, l’impression d’une grande utilité quand je vois à quel points ils pourraient profiter du changement de contexte amené par l’économie numérique.

Pourtant, je dois mon temps à mes sociétés, aux gens qui travaillent avec moi et donc, comptent sur moi, à mes associés qui m’ont confié de l’argent pour rendre tout ça possible, à mes clients qui ont placé leurs projets sous ma responsabilité pour que j’y apporte le meilleur de moi-même, à l’audience qui vient poliment m’écouter lorsque j’ai la chance de partager ce que je sais sur une scène, à l’Etat (et ses satellites) qui manque rarement l’occasion de venir me réclamer au centuple l’argent que mon éducation lui a couté…

Chaque fois que j’aide quelqu’un ou que je prend un call qui ne sert pas directement mes entreprises, ce sont quelques minutes à quelques heures que je consomme sur le plan économique, et le temps file si vite… mais ce sont aussi des gens que j’essaye plus ou moins adroitement d’aider, certain en ayant vraiment besoin semble-t-il. Ce n’est pas toujours le cas…

Une entreprise que je ne connaissais pas m’a un jour invité à venir parler de l’impact des Digital Enthusiastics sur les organisations d’entreprises, mais aussi sur leur approche de leurs marchés traditionnels… et ce qu’ils devaient faire, à mon sens, pour mieux s’y préparer. Parfait, j’ai deux ou trois trucs à dire sur le sujet et ça me passionne, d’autant plus que c’est au croisement des métiers de Stonfield et de Digidust. C’est après que cela se dégrade…

Ils n’avaient pas l’air particulièrement sympa, leur business me laissait froid et ils n’avaient pas la volonté d’apprendre mais plutôt de rendre sexy un cycle d’interventions (je parle des sujets, pas de speakers). Mais ils ont tout de suite su se rendre désirables à mes yeux. Outre leur manque d’intérêt réel, c’est à dire leur incapacité à envisager un plan d’action sur le sujet de mon intervention, ils me voulaient vraiment et ils m’ont d’ailleurs proposé de prendre en charge mes frais de déplacements (à leurs tarifs internes habituels : billet de train et Hôtel de coeur de Zone Industrielle inside).

En fait, l’idée était donc que je perde plus de 2 jours de mon temps dédié normalement à mes entreprises ainsi qu’une soirée avec ma famille et que je mette à leur disposition tout ce que j’ai appris après plus de 15 ans d’Internet (des milliers d’heures d’échanges, de projets professionnels, d’évangélisation, de pitchs, de rencontres, d’analyses, de voyages, de conférences, d’évaluations d’investissement, de lectures et j’en passe) mais aussi toute la passion que j’essaye de transmettre dans mes interventions (parce que tant qu’à parler à des gens, autant le faire avec énergie) pour avoir l’insigne honneur de « former » gratuitement 200 gars qui, à eux tous, ont un pouvoir d’achat supérieur au PIB du Mali… et qui, juste après le Keynote, se poseront la question existentielle du « Qu’est-ce qu’il y a au déjeuner ? » ou le « P’tain, ils nous parlent d’Internet et ils ne nous filent même pas un iPhone » ?!?

Non, je ne peux pas passer mon temps à faire ce genre de choses et je vais à présent dire Non beaucoup plus souvent. J’espère que ceux qui essuieront un refus auront l’occasion de lire cette note pour comprendre pourquoi et de ce fait, ne m’en tiendront pas rigueur.

En synthèse, si vous avez besoin d’un avis de ma part ou d’un Keynote…

Cas N°1
Vous êtes très sympa, fauché, enthousiaste, patient et vraiment déterminé à faire bouger les choses pour peu que j’arrive à vous convaincre, auquel cas, j’essayerai de vous aider dès que possible, si possible… mais j’essayerai sincèrement.

Cas N°2
Vous n’êtes pas plus sympa que la moyenne, pas fauché, pas patient et vous avez juste envie de moderniser le contenu des présentations faites lors de votre convention parce que parler de « Community Management, c’est trop hype ! », alors de deux choses l’une : Soit vous estimez que le temps que je vais passer sur votre question a de la valeur, auquel cas, je vous communiquerai le montant de mes honoraires au préalable (je parle du chiffre d’affaires de mes sociétés, il ne s’agit pas de me payer personnellement !) ainsi que le coût d’un déplacement éventuel, soit vous pensez que cela ne vaut que si c’est gratuit, auquel cas vous ne devriez pas confier le sort d’un sujet aussi important à quelqu’un que vous n’estimez pas suffisamment pour le payer.

J’ai conscience que le ton de cette note oscille entre arrogance et opacité… mais même si j’ai du mal à exprimer clairement ce que je pense, je vais essayer de le résumer en une seule phrase : Je vais continuer à essayer d’aider ceux que je pourrais quand je le pourrais pour peu qu’ils soient sincères et sympa mais cela ne se fera plus au détriment de mes sociétés ni de mon plaisir.

La liberté d’action des entrepreneurs n’a de réalité que pour ceux qui sont sans foi ni loi. Pour les autres, la majorité à mon sens, les responsabilités créent exactement le même type de lien de dépendance que la hiérarchie dans le salariat ou l’argent dans d’autres modèles ; c’est simplement la façon dont tout cela s’exprime qui diffère.

Je sais qu’elles sont mes responsabilités… et ce sont elles qui me gouvernent ;-)

9 commentaires pour “Focus… enfin, sur les fondamentaux !”

  1. 1 Clem dit :

    Arrogance et opacité ? Non pragmatisme et réalisme plutôt ! Même moi à mon petit niveau, je commence à me faire ce genre de réflexion…

  2. 2 Franck Auzanneau dit :

    je ne te comprends pas car je n’en suis pas la ! je suis plutôt dans la catégorie numéro une et j’avoue que les conseils d’un vieux son toujours bon à prendre ;) merci de tracer la route pour nous…

  3. 3 mkais dit :

    ce Monsieur m’a accordé 2h sur skype alors que nous ne nous connaissions pas. je lui ai simplement mailé un pitch la veille. le sourire n’a pas quitté son visage pendant tout l’entretien et il m’a bien boosté le moral en trouvant mon concept intéressant et en me filant aussi bien des conseils que des critiques

    content que tu continues à soutenir les enthousiastes. laissons le vieux monde s’écrouler tt seul, il y arrivera sans l’aide de personne

  4. 4 Pierre dit :

    Te volià bien remonté ! j’espère que tu me mets plutôt dans ta catégorie un que dans la deux. J’avais eu la chance d’assister à une de tes interventions dans un Congrès où j’avais été marqué par tes convictions et tes talents d’orateur.
    Lorsque j’ai souhaité que tu interviennes devant les cadres de mon entreprise, alors tu vivais ton expérience américaine, tu l’as fais sans hésitation. Il n’était même pas 6 heures du matin à Miami mais dans ton intervention en visio tu as été enthousiaste, provocateur, drôle et convaincant comme tu sais l’être. Ce n’était pas hype et notre entreprise n’a pas basculé en 2.0 ou 3.0 après cette conf. Pour autant, cela reste un moment important pour une partie de ton auditoire de ce jour là et nous avons depuis « évolué » (développement des outils collaboratifs internes, élaboration d’un blog, lancement d’une offre de « boutique » internet…).
    Alors catégorie 1 ou 2 ?

  5. 5 Pierre-Olivier dit :

    @MKais : Content de t’avoir été utile.. et merci de ce gentil commentaire. Tu es venu vers moi largement dans l’esprit… Je ne pouvais pas refuser !

    @Pierre : :-D
    Je savais que beaucoup de ceux chez qui je suis intervenu allaient réagir et j’ai d’ailleurs déjà reçu 2 emails allant dans ce sens (mais ceux que j’ai cité sans les nommer n’ont pas bougé :-) ). Si tu me relis attentivement, tu verras très clairement dans quelle catégorie tu entres, ainsi que ton groupe… mais comme je sens bien que tu as envie de me l’entendre dire, je vais préciser. :-)

    Dans les critères, il y a une question d’état d’esprit c’est à dire l’envie de comprendre et de faire bouger les choses, la gentillesse avec laquelle c’est demandé et l’énergie mise en oeuvre pour que tout se passe bien. Les éléments de progrès que tu évoques dans ton commentaire sont clairement des actes concrets. Je me doute bien que vous n’avez pas – encore – complètement bouleversé votre organisation et cel aurait d’ailleurs été une énorme erreur pour un groupe de plusieurs dizaines de milliers de personnes. La synthèse de mon intervention, que ce soit au Congrès de Nice ou lors de la Visio était de dire : Il se passe un truc très important que vous devrez gérer et le meilleur moyen de réussir est de commencer à faire le plus tôt possible. C’est bien ce que vous avez fait… surement trop lentement, surement pas tous, mais globalement, le mouvement est en marche. C’est ça qui compte.

    Dans ton cas, plus précisément, tous ces critères étaient largement réunis plus un autre qui t’aura peut-être échappé… J’adore l’idée qu’en 2009 (c’était l’année dernière !), je puisse parler et échanger avec une centaine de personnes (je ne me souviens plus exactement combien…) depuis Miami, en visio-conférence, alors que vous êtes tous dans une salle plénière quelque part sur notre bon vieux continent. Cette expérience valait largement le fait de se lever à 4:30 du matin ;-)

    Tu fais bien parti de la catégorie 1 et je reviens quand tu veux pour une deuxième couche si la peinture commence à ternir !

    PS : En plus, à postériori, cette intervention a largement été dédommagée en liquide… ce dernier étant encore en train de vieillir dans ma cave :-)

  6. 6 RJ45Hotplugger dit :

    C’est marrant je me suis complètement reconnu dans ta description à une échelle beaucoup moins importante et surtout en n’ayant pas tes enjeux financiers…j’évangélise pas comme toi, ni je n’interviens pas dans les conventions mais je suis toujours prêt à rendre service aux collègues sur une problématique IT bref en un mot tu as su argumenter et exposer la maxime populaire « Trop bon trop con » :-) )

  7. 7 Gilker dit :

    J’ai trouvé cette note très intéressante car quelque soit notre niveau ou notre activité, on se pose tous les mêmes questions et l’on essaye tous de concilier le pro, le perso, d’être quelqu’un de bien sans être un pigeon….
    Pas toujours facile à faire surtout lorsque l’on est souvent sollicité (la rançon de la gloire ;-)

    Le plaisir de le faire est-il suffisant pour être une ligne de conduite ?

  8. 8 Siebmanb dit :

    A la suite de ce post, j’apprécie d’autant plus les minutes que tu as passées à tester mon site (qui sera lancé très bientôt mais je t’avertirai par mail !).

    Merci et bonne continuation

  9. 9 Pierre-Olivier dit :

    @Gilker : Oui, le plaisir est un excellent driver… tant qu’il n’est pas gâché par des effets de bords comme évoqué dans la note :-)

    @Siebman : Ce n’était pas le but mais c’est gentil, merci !

    @RJ45 : Je n’ai pas dit « Trop bon, trop con ». Tout cela est fait en connaissance de cause, par choix… Ce n’est pas subit ou caché.

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