La famille compte…
Non, je ne vais pas vous parler d’Hellotipi et des formidables choses que Cyrille et François sont en train de préparer…
Dans 5 jours, à la même heure, je serai dans le vol qui me ramènera, ainsi que ma famille de la belle ville Bling Bling vers la belle Ville Rose (en passant par la non moins belle Ville des Lumières).
Je n’ai pas une once de nostalgie ni d’amertume car la France me manque… enfin, une certaine France. J’espère simplement que ce n’est pas celle que j’ai sans doute un peu trop idéalisée pendant mon absence. En même temps, je n’ai pas beaucoup d’enthousiasme à partir car je sais déjà que les Etats-Unis vont me manquer… enfin, certains aspects des Etats-Unis.
Etrange sentiment de flotter entre deux états d’esprit… Ce n’est pas positif ni négatif, c’est simplement là et diffus.
Ma famille et moi avons passé 6 mois incroyables et riches. Nous avons découvert, expérimenté, aimé, détesté, adopté, compris, appris, changé de point vue… Je crois que les séjours à l’étranger devraient être obligatoires pour tout le monde, quel que soit le pays où l’on souhaite aller passer un peu de temps.
Sur le plan professionnel, ces 6 mois vont se solder par un bilan mitigé que je vais devoir rapidement améliorer en rentrant, au prix de quelques concessions et d’une débauche d’énergie certaine. Je pense toujours sincèrement que l’on peut travailler à distance grâce à ce que la technologie nous apporte, et je crois toujours que cela peut être quasiment transparent pour votre écosystème.
Mais il y a plus que de la distance entre 2 continents : il y a une différence de fuseaux horaires et énormément de temps de voyage lorsque l’on veut rentrer pour les tâches qui nécessitent une rencontre (sans même parler du coût). On travaille donc beaucoup plus pour une efficacité au mieux égale et souvent plus faible.
A mon arrivée, je me suis donné comme jamais de ma vie je ne l’avais fait, pas même pendant la « première guerre de l’Internet » et les années paillettes. J’étais debout chaque jour avant 5h du matin pour me mettre derrière mon Mac jusqu’à 19 ou 20h environ, déjeunant généralement en 10 minutes derrière le clavier… Au paroxysme de cette période et juste pour l’anecdote, je me suis aperçu que je venais d’enchaîner près de 9h de conf call sur la même journée et qu’il n’était pourtant que 16:15 ?!? De quoi faire frémir un exec d’IBM
Cela n’a duré qu’un temps, un peu plus de 3 mois, avant que la fatigue ne me rende agressif et que j’en perde ma lucidité comme mon intuition, finalement obsédé par le besoin utopique de démontrer que « ça ne changeait rien ». Début Avril, après un court passage en France et quelques « alertes », j’ai vraiment eu besoin de lever le pied sans même que ce soit une décision à prendre ; Cela s’imposait de soi-même… Impossible de continuer ainsi. Je suis retombé autour des 8h par jour (ce qui m’a permis de me reposer et de prendre pas mal de recul). Cela peut paraître normal voir beaucoup mais je vous assure que c’est peu lorsqu’on a l’habitude d’être sur pleins de sujets à la fois. J’avais l’impression d’être presque en vacances
De ce fait, la fatigue s’estompant, l’envie et l’enthousiasme sont lentement revenus, me remettant dans un état d’esprit qui m’avait quitté quelques mois plus tôt. Tout cela n’est pas fondamentalement positif mais j’ai récolté ce que j’ai semé… et j’en parle car cela peut être utile à certains workaholics que je connais
Bien-sûr, au milieu de tout cela, il y a eu le lancement de Labotec, qui reste une très grande satisfaction sur le plan professionnel, mais le fait que je sois ici n’a eu qu’un rôle mineur dans ce projet et j’aurais très bien pu prendre part à cette start-up depuis mon bureau toulousain. Le rôle d’un associé est très différent de celui d’un manager, et les aspects « spatio-temporels » sont bien moins impactants.
J’avais fait la promesse à ma femme de réaliser un de ses rêves que j’avais déjà repoussé par deux ans de suite parce que ce « n’était pas le moment »… parce qu’il faut savoir qu’en fait, ce n’est jamais le moment
La crise commençant à poindre le bout de son nez lorsque nous avons tout mis en route, j’aurais sans doute du être plus raisonnable, plus responsable et repousser une nouvelle fois, juste d’un an, mais je crois que ce n’était pas possible, pas audible, pas acceptable. De plus, je dois avouer que je n’aurais jamais pensé qu’elle soit aussi violente, aussi profonde et qu’elle pourrait toucher autant notre économie et nos entreprises, même insidieusement.
Vivre avec un entrepreneur (et parfois travailler avec lui) n’est pas si simple (et je parle de l’état d’esprit d’entrepreneur, pas du statut). Pour la famille, cela représente souvent beaucoup de sacrifices, sur le temps libre que l’on peut passer avec les siens, sur le manque de loisirs, sur les vacances annulées mais aussi sur le plan financier. Sur ce dernier point, il faut comprendre que le simple fait de créer une entreprise ne vous rend pas riche. En général, vous commencez même par y mettre votre propre argent et ne pas vous payer le plus longtemps possible. Votre famille, de son coté, attend patiemment que cela commence à marcher ou que vous reveniez sur des chemins plus stables après un échec qu’elle espère le moins douloureux possible. Je crois donc que de temps en temps, nous devons renvoyer l’ascenseur, même si c’est « un peu cher » à divers niveaux.
Sur le plan humain, c’est étonnant de voir à quel point cette expérience m’a apporté beaucoup… Je ne crois pas avoir trop changé – à part deux ou trois kilos de plus, bien sûr
– mais j’ai l’impression d’avoir « grandi » un peu (je n’ose pas dire « gagné en maturité » parce que ça donne l’impression de vieillir…) sur le plan personnel et professionnel. J’ai découvert deux ou trois aspects de ma propre personnalité que j’ignorais. Je crois, avec le recul, que j’avais besoin de cette « aventure », peut-être plus que ma famille finalement.
A mon retour, c’est à dire dès la semaine prochaine, pas mal de nouveautés devraient prendre forme (je parle de business, ma femme et mes enfants, normalement, restent avec moi
), de projets et d’énergie… Entre autres, Stonfield InWorld devrait bientôt annoncer un truc sympa mais bon, on reparlera de tout ça un peu plus tard, rien ne presse
A lire ces lignes, vous devez penser que tout va mal et que mon passage aux Etats-Unis est catastrophique sur le plan professionel, mais ce n’est heureusement pas le cas. Relisez bien, je n’ai pas de regret et je parle d’assumer mes décisions (car je les crois justes) et leurs conséquences (parce c’est juste). Aucune des entreprises dans laquelle je suis investi ne manque de perspectives… et celles-ci sont parfois vraiment excitantes. J’ai simplement écrit cette note pour partager, le plus sincèrement possible, le premier bilan de MON aventure avec tous ceux qui m’ont suivi ici et sur Twitter, qui rêvent de se lancer, avec tous les entrepreneurs qui me lisent parfois… mais aussi avec tous les autres genres d’entrepreneurs (salariés de grands groupes, fonctionnaires, bénévoles, etc..), ceux qui en font voir de toutes les couleurs à leur famille à cause de leurs choix professionnels.
Aimer son métier et le faire avec enthousiasme est sans le moindre doute un magnifique choix de vie qui laisse toute sa place à la passion mais… c’est une décision d’égoïste. C’est la raison pour laquelle vous devez, même si cela vous coûte cher, penser aussi qu’il y a des gens qui ne peuvent pas attendre votre retraite pour commencer à vivre, qui vous aiment et qui méritent mieux de votre part qu’un simple grognement impatient quand vous rentrez trop tard le soir…
On se revoit en France dans quelques jours !


















5 juin 2009 à 23:48
New blog post: La famille compte… http://bit.ly/16ASUU
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6 juin 2009 à 0:02
Ton honnêteté et ce témoignage réaliste t’honorent. You did it, tu as relevé ce défi, et effectivement la vie laisse peu d’occasions pour franchir le pas et réaliser des paris un peu fous comme cela. C’était gonflé et tu l’as fait, nul doute que cela t’aura renforcé.
6 juin 2009 à 0:10
Bon courage pour les bagages, le retour, le départ, tout ça quoi…
Home sweet home !
6 juin 2009 à 0:18
2 ou 3 kilos en plus des derniers la?
bon retour et bon courage PO
6 juin 2009 à 4:37
@Henry : Merci camarade. Ton commentaire me va droit au coeur…
@JCFrog : Merci !
@Loic : Oui, en fait, c’est 2 ou 3 kilos mais Hors Taxes
Merci de tes encouragements…
6 juin 2009 à 11:55
Dans ton billet, tu évoques l’éloignement et le décalage horaire. Tu ne parles pas de « l’isolement ». Je travaille à distance avec pas mal de mes partenaires, sur place nous ne sommes que deux. Ce qui me manque le plus parfois (pour avoir travailler dans des structures plus grandes – 50 personnes ). C’est le partage autour de la machine à café ou la possibilité de débouler dans le bureau d’un collègue pour plaisanter, râler, lancer une nouvelle idée ! Je crois qu’aucun outil moderne ne peut remplacer cela. Et la machine à café, grand lieu d’échanges, c’est aussi une soupape de sécurité. Je la remplace par un footing en sortant du bureau, mais encore une fois je suis qu’avec moi-même !
?
Une machine à café virtuelle dans Second Life cela serait peut-être une bonne idée
6 juin 2009 à 12:15
@Eric : Je vais sans doute te faire sourire mais je n’ai pas eu de problème d’isolement et la machine à café ne m’a pas particulièrement manqué. Nos machines à café virtuelles existent, y compris dans Second Life, mais je crois que leur meilleure incarnation est Twitter. A toute heure du jour ou de la nuit, tu peux y parler avec plein de monde sur pleins de sujets, des plus futiles aux plus sérieux… et la possibilité de débouler pour partager une idée, plaisanter ou râler.
C’est sans doute grâce à ces outils que la « machine à café » ne m’a pas manqué… De toute façon, tu sais ce que l’on dit du café américain
6 juin 2009 à 12:56
Un petit passage sur ton blog au détour d’un tweet où tu parles de cette note …
Merci et bravo pour ce billet, profond et honnête.
Le genre de notes très instructive pour les apprentis entrepreneurs en herbe comme moi
6 juin 2009 à 13:09
Beau témoignage, honnête… chacun d’entre nous y retrouve un petit bout de son parcours personnel… Bon retour.
6 juin 2009 à 13:41
retour d’expérience intéressant, bon courage pour le retour en france
6 juin 2009 à 15:45
Tout à fait d’accord avec toi concernant la machine à café Twitter !
Et je confirme: 9h de décalage c’est une tannée pour avancer de manière efficace.
Bon retour à toi et à ta « petite » famille
Au plaisir de te revoir IRL
6 juin 2009 à 16:07
6 mois ce n’est rien dans le temps et pourtant tu nous offres un retour d’expérience bien riche. Bon retour et que la sérénité vous accompagne… Bon retour !
6 juin 2009 à 18:08
Très instructif, Welcome back to France P.O. ! Cassoulet, foie gras, bon vin et Top14 t’attendent avec impatience
6 juin 2009 à 23:10
Merci à tous pour vos encouragements et vos commentaires très sympa.
C’est sans doute un peu bête mais à chaque fois, ça donne un petit « je ne sais quoi » d’énergie.
Qui a dit qu’il n’y avait pas de chaleur dans les médias sociaux ?
7 juin 2009 à 13:49
Je viens de lire à voix haute une bonne partie de ton post à ma copine qui perd parfois espoir de mes choix de vie tournés vers l’entrepreunariat. Ca lui a donné des bons arguments pour me rappeler de ne pas annuler mes prochaines vacances prévues depuis 6 mois alors que je m’apprête à lancer ma structure. (étape finalisation bp)
Puisque tu es romantique (et moi aussi) j’imagine que ça te fait plaisir de savoir que ton blog a une influence aussi directe sur la vie des gens
Merci pr ta note!
7 juin 2009 à 16:07
@Vincent : Très heureux si j’ai pu vous rendre service, à ta femme et toi. Cela me fait effectivement plaisir, pour peu que l’influence soit positive… mais cela me donne aussi une certaine responsabilité que je ne suis pas certain de vouloir assumer
Bonne chance pour la création de ton entreprise !
7 juin 2009 à 16:09
Très touché par les commentaires que vous m’avez laissé ici… Merci d’avoir contribué à illuminer mon Week-End http://bit.ly/hq7rB
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7 juin 2009 à 17:00
encore une fois, un excellent billet où tu partage ta vie et nous fait reflechir sur la notre.
Ayant moi-meme fait l’experience de l’emmigration, je m’y plait a fond et n’ai pas de volonte de retour (pour le moment).
Mais je pense serieusement a sauter le pas et quitter la boite pour laquelle je bosse pour faire un travail plus independant. Comment gerer la relation avec les clients et partenaires sera surement le plus difficile pour moi. J’aime le cote social d’aller au bureau pour travailler avec d’autres.
bon retour en France! et bonne continuation!
8 juin 2009 à 13:11
Bonjour PO (super à la mode en ce moment
),
J’apprécie définitivement ton franc parler et la transparence dont tu fais preuve y compris pour des sujets aussi personnels, c’est suffisamment rare de nos jours pour ne pas être souligné
Je n’ai pas de référence personnelle en dehors de l’hexagone mais une relative expérience en dehors du sud ouest auquel je suis si attaché. C’est d’ailleurs hors de frontières régionales que j’ai pris la plein mesure de cela. On est jamais aussi chauvin et amoureux de son fief que lorsqu’on en est éloigné.
L’age doit également nous y aider, plus on avance plus la famille et les racines sont importantes.
Ce qui est dans tous les cas une bonne chose, c’est d’avoir fait ce que l’on voulait faire, pas de place pour les regrets, les remords sont moins difficiles à gérer durablement AMHA.
C’est courageux d’avoir embarqué toute ta tribu dans cette aventure, j’imagine que chacun en retirera de beaux souvenirs, il me semble qu’au final, seuls ceux là restent.
De la même façon qu’une semaine de vacances à l’étranger valent 3 semaines sur place, je
comprends que ton séjour ait été aussi enrichissant en terme de maturité et d’expérience.
En espérant vivement que nos routes se croiseront IRL un de ces quatre,
Amitiés.
9 juin 2009 à 0:22
@Mike : Merci pour tes encouragements et bon courage si tu « sautes le pas ». N’hésite pas à me faire signe si tu penses que je peux t’aider
@Alain : Je suis certain qu’elles se croiseront… et très bientôt en plus
9 juin 2009 à 15:17
Salut Pierre-Olivier,
Je suis passé de temps en temps sur ton blog ces derniers mois pour prendre de tes nouvelles et suivre tes aventures. C’est toujours un plaisir de te lire et cela me donnait chaque fois une vraie bouffée d’air frais. Ton escapade américaine a montré que tout était réalisable même pour un père de famille nombreuse ! Je pense que vous en garderez tous un superbe souvenir et que vous en revenez encore plus riches qu’avant (enfin, riches de ce qui est vraiment important…).
A bientôt peut-être (pourquoi pas dans Square A…).
Laurent
9 juin 2009 à 16:01
@Laurent : Je dois passer bientôt vers Montpellier. Si ça te dit, je pourrais en profiter pour faire un détour et venir me faire offrir un café si tu es par là ?!? On parlera de tout ça (US, SA…) à cette occasion
Je t’envoies un email dès que c’est planifié, pour voir si tu es disponible.
3 juillet 2009 à 21:59
J’ai beaucoup apprecié cette note. C’est claire que vivre entre deux cultures, c’est pas toujours facile – on finit par ne plus avoir l’impression d’être vraiment « chez soi », peu importe l’endroit – puisqu’il y aura toujours quelque chose qui manque. Mais c’est indispensable tout de même, et je suis tout à fait d’accord que l’expérience devrait être obligatoire.
J’espère que la rentrée se passe bien… ici aux Etats-Unis, on parle beaucoup du « reverse culture shock » (choq de rentrer dans son propre pays) comme étant le plus dure.
Enfin, mon père étant entrepreneur, je m’identifie particulièrement à tes mots sur le sujet. Créer sa propre entreprise, même quand ça marche, ne rend pas toujours riche… faire ce qu’on aime est un privilège qui n’est pas sans sacrifice. Mon père a souvent du sacrifier « family time » quand j’étais à la maison, et continue à gérer son entreprise même à ses 69 ans. Ceci dit, je l’aime et je l’ai toujours admiré … je finirai peut-être en faisant la même chose un jour. Qu’est-ce que c’est difficile de trouver un équilibre!
Là – trouver un équilibre dans la vie , c’est quand même quelque chose que les français font beaucoup mieux, en général. Profites-en!
5 juillet 2009 à 14:34
@Alicia : Oui, le retour se passe très bien. Des dizaines de choses nous manquent des US et nous en avons retrouvé des dizaines que nous avions perdu de France. Globalement, on peut dire que ça va… Ce sera sans doute plus difficile avec l’arrivée de l’hiver et du mauvais temps
Merci pour ton commentaire très personnel… Ce genre d’échanges est l’un des aspects de ce blog que j’aime bien.