Internet, Obama, eux, vous et moi…
Je suis très heureux d’être aux États-Unis un jour comme aujourd’hui. Le pays tout entier, Républicains comme Démocrates, vient de faire corps derrière son nouveau président, dégageant une énergie presque palpable tellement elle est puissante et omni-présente. Très vite, l’opposition devrait retrouver son rôle, mais pour aujourd’hui, nous pouvons saluer un bel exemple de démocratie… Un gars est élu avec 54% des voix et tous se regroupent derrière lui : ainsi soit-il !
Mais cet évènement qualifié – je crois avec raison – d’historique, je n’y ai pas vraiment assisté… En fait, je n’y ai pas été et je l’ai vécu, j’y ai même participé. Ce tour de magie a été rendu possible par ce qu’Internet nous apporte. Je l’ai suivi sur CNN, tout en échangeant via Facebook et Twitter avec mes amis, mon réseau et de parfaits étrangers, disséminés dans le monde entier. Très clairement, j’aurais préféré que CNN monte cette opération directement avec Twitter (et que ce dernier ne s’écroule pas sous la charge !), peu utilisé en France mais en pleine explosion ici, qui aurait été encore mieux adapté à la situation.
Pour cet évènement, je vous livre quelques chiffres qui donnent le vertige : Plus de 13,9 millions de personnes ont suivi le stream live de CNN, déposant plus de 600 000 commentaires, soit 4000 chaque minutes. Au moment le plus fort de cette journée, c’est à dire au début du discours de Barack Obama, ce sont 8500 commentaires qui ont été postés en 1 minute !!!
En fait, ces millions de personnes regardaient le direct tout en commentant les images dans la même fenêtre, partageant des idées ou des émotions, échangeant leurs impressions, affichant leurs opinions…
Ce dispositif est sans doute le plus aboutit que j’ai pu voir jusqu’ici, faisant la liaison naturelle avec la TV et l’Internet.
Pourquoi je parle de liaison naturelle ? Parce que 75% des adolescents américains regardent la TV en communicant sur le web en même temps, un laptop sur les genoux ou avec leur mobile. CNN et Facebook ont simplement synthétisé ce phénomène dans une seule et même fenêtre, redoutable d’efficacité et tellement dans l’air du temps.
Plus près de moi, beaucoup de nos entreprises se demandent s’il est vraiment stratégique de s’intéresser à toutes ces technologies, qu’elles voient comme des pertes de temps, de concentration ou de productivité. J’étais convaincu, avant d’habiter vers Miami, qu’elles avaient tort. Depuis que je suis ici, que je vois des personnes – très – âgées chercher le Wifi pour checker leurs emails ou faire un call en visio sur Skype, je suis vraiment inquiet pour l’avenir de notre économie. Je me dis que les « évangélistes » dont je fais parfois partie ne font pas bien leur travail, que nos entreprises ne comprennent décidément pas la détresse dans laquelle elles sont en train de se mettre, obnubilée par leur vision court-termiste.
Le plus souvent, un dirigeant vous répond qu’il va surement changer les choses, qu’il y pense très fort, qu’il va même mettre en place un groupe de travail sur le sujet, mais qu’il faut du temps et que pour l’instant, avec la crise actuelle, il est difficile de se consacrer à ce genre de sujets
BULLSHIT* !
La crise est une excuse comme une autre, une de plus bien pratique, pour ne pas investir, ne pas entamer de réforme pour continuer à faire l’autruche… et la majorité des grands dirigeants de 55+ ans ont raison, a quelques exceptions près, d’agir ainsi ; ce sont leur successeurs qui devront trouver des solutions et gérer une crise bien plus importante que celle que leurs ainés traversent aujourd’hui, pendant qu’ils profiteront d’une retraite sans doute bien méritée tout en parlant entre eux, autour d’un terrain de pétanque, du bon vieux temps où les dirigeants avaient un peu plus de contenance, d’envergure et de sérieux.
Pourtant, quand j’étais à l’école, on m’avait expliqué que le dirigeant de l’entreprise devait avoir une vision à long terme, l’exécutif se chargeant, comme son nom l’indique, de traduire la vision stratégique en politiques de court terme. A cette époque, le long terme était 10 à 15 ans. Aujourd’hui, il s’est réduit à quelques mois ou années, pour peu que le cours de la bourse ne varie pas trop vite sous les coups de boutoirs de quelques spéculateurs amoraux et apatrides, auquel cas, la notion de long terme vient se caler sur l’année scolaire.
Pour ceux qui feraient la confusion, le développement durable ne concerne pas nos entreprises que pour les aspects relatifs a l’écologie ou la préservation de la planète ! Avoir des entreprises fortes, saines et portées par des équipes enthousiastes et formées entre dans cette notion.
La cérémonie d’inauguration de la présidence de Barack Obama m’a émue.
Pourtant, cet homme va faire du mal à mon pays. Juste une précision pour tous ceux qui l’auraient oublié, Obama est le Président des États-Unis, et c’est bien pour son pays qu’il travaille, pas pour le notre. Contrairement à ce que me disent gentiment mes amis quand ils veulent me chambrer un peu, je suis Français, assez fier de mon pays, de mes racines, de ma culture… et même si je devais un jour, m’installer définitivement ici, obtenir la nationalité et je ne sais quoi d’autre, je ne serai jamais Américain avant d’être Français.
Ce qui m’a ému, c’est que l’espace d’un instant, à la force de cet évènement de retentissement mondial, le monde est devenu plat… La technologie s’est fondue dans la vie courante, apportant de la valeur et exacerbant la capacité individuelle de chacun à communiquer avec quasiment n’importe qui.
Internet tout entier, c’est à dire les blogs, Facebook, Twitter, Second Life, MySpace, Flickr, YouTube… a respiré au rythme de cet événement, effaçant les frontières pour laisser la place à un immense espace de collaboration.
Chers ami(e)s entrepreneurs, il n’y a jamais eu, au moins dans l’Internet, autant d’opportunités de créer des entreprises qui peuvent changer le monde, d’inventer de nouveaux métiers, de nouveaux services… et contrairement à ce que veut la rumeur, il y a encore de l’argent chez les investisseurs, même si vous n’avez pas forcément besoin d’eux pour vous lancer.
Chers amis dirigeant de petites ou grandes entreprises, il est temps, à présent, de regarder un peu ce qui se passe autour de vous, sur des sujets qui ne vous passionnent pas d’habitude mais qui vont venir bientôt vous botter les fesses très sérieusement, d’en comprendre la portée, de vous projeter dans les 3 ou 5 prochaines années, quand nous n’aurons plus besoin de grands évènements pour faire la démonstration qu’Internet est bien une nouvelle révolution industrielle et d’en tirer les conclusions pour votre entreprise.
Si vous n’êtes pas convaincu, c’est que vous n’êtes pas attentifs. Il suffisait de regarder, cet après-midi, partout sur Internet ; Il y avait, ensembles, Barack Obama, eux, vous et moi…
* Mot très imagé qui vient à souligner le fait que je ne crois pas une seconde à ce genre d’excuse…















