On va tous mourir !

J’ai participé à la conférence Green IT organisée par IT@Cork, pour y parler de ce que les Univers Virtuels pourraient amener aux entreprises en matière de réduction des émissions de CO2. Il est une discussion qui commence à m’énerver un peu, qui est celle de la consommation des fermes de servers qui auraient un impact négatif sur l’environnement (et je ne parle même pas de celles évoquant le cas d’un avatar Second Life consommant autant qu’un Brésilien gavé de football à la TV à longueur d’année).

Des études très sérieuses (dont je dois pouvoir fournir les sources en cherchant un peu) ont montré que le secteur IT est responsable d’environ 2% des émissions de CO2 sur la planète. Toutefois, si nous mettons les technologies au service d’autres secteurs d’activité dans le but de les rendre plus verts, le bénéfice potentiel est gigantesque. A titre d’exemple, une augmentation de la part de l’IT dans les émissions de CO2 pour la porter à 15% signifierait une baisse de 40% des émissions globales (les 15% étant déduits de ce calcul). Cela signifie que, au-delà de l’éducation et de la responsabilisation des populations, c’est bien vers la technologie que nous devons nous tourner pour améliorer un tant soit peu l’état de la Terre.

Bien-sûr, quand je dis cela, je prêche un peu pour ma paroisse puisque les solutions que Stonfield InWorld propose en utilisant les Univers Virtuels pour tout ce qui touche à la formation et aux meetings virtuels ont un impact très significatif sur la réduction de ce que j’appelle le « Business Trip Rate ». Au delà d’une forte réduction des coûts, c’est bien sur l’empreinte carbone des entreprises que cela a un impact. Qu’une baisse des dépenses ou un meilleur contrôle des émissions de CO2 soit la raison, au final, ce qui est important, c’est que les entreprises fassent des efforts réels.

J’adorerais, pour le Chiffre d’Affaires de Stonfield InWorld, que toutes les entreprises mettent en place un dispositif visant à réduire les déplacements de leurs collaborateurs… Mais pour être vraiment transparent, je voudrais pousser le raisonnement un peu plus loin.

Les deux speakers, qui parlaient avant moi à cette conférence, ont simplement fait un état des lieux. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont lourdement plombés l’ambiance. S’il existe sans doute un certain nombre de solutions, certaines actions ont des conséquences d’ores et déjà irréversibles. Tous les pères ou mères de familles qui liront cette note devront penser à leurs enfants et au monde que nous allons leur laisser. On a tendance à dire qu’il faut bien fermer le robinet ou ne pas rouler dans des voitures qui consomment trop. Mouais… sans doute. Faire un truc bien est mieux que faire un truc mal, c’est sûr.
Toutefois, je crois que la vérité n’est pas là et que tout ça, pour l’instant, importe peu.

J’ai essayé d’expliquer à mon père qu’il était important de faire des efforts sur nos actions au quotidien. Il m’a rétorqué qu’un simple yacht, pour amuser 2 ou 3 personnes l’été dernier, a consommé à lui tout seul des centaines de milliers de litres de carburant. Je suis passé sur la Cote d’Azur, un week-end, cet été… Il y en avait beaucoup de yatch, vraiment beaucoup. Mon père a sans doute tort au final, mais pour les 10 ans qui sont devant nous, il a raison !

Je crois qu’il est inutile de se battre au niveau d’une goutte d’eau alors qu’il y a encore des océans à traiter. Une fois que les océans seront traités, nous serons toujours à temps de penser au gouttes d’eau, mais tous ces micro-combats diluent les efforts de ceux qui s’y engagent. Etre au chevet de la planète est un combat de très longue haleine qui a besoin de résultats et de signaux positif pour entretenir l’engagement de tous. Parce que finalement, chaque geste que nous faisons, tous les jours, repousse l’échéance et améliore un peu les choses… mais il ne règle pas le problème.

Je vais vous donner un seul exemple – très très polémique, mais c’est volontaire – de ce qui pourrait être fait. Je fais partie des gens qui veulent un baril de pétrole, non pas à 80 ou à 100$ mais à 300$. La dernière crise que nous avons traversé, avec un baril à 140$, a suscité le plus gros élan en matière de changement des comportements que je n’ai jamais connu : intérêt des industriels pour les technologies vertes, changement de comportements chez les citoyens de l’ensemble des pays développés, prise de conscience de l’intérêt des produits Bio, etc… Le baril vient de retomber à 45$ et qu’en reste-t-il ? Presque rien…

Avec un baril à 300$, plus d’alternative n’est possible. Nous devons nous adapter, que ce soit sur nos modes de vie ou sur nos choix stratégiques en matière d’avenir. Bien-sûr, je n’oublie pas que des millions d’emplois dépendent du transport de personnes ou de biens… Et alors ? Que les prix soient répercutés sur le prix de vente au consommateur, et nous achèterons plutôt des légumes de saison et non des mangues à une période où il est impossible d’en produire. En faisant cela, je vais tuer ceux qui ont la gentillesse de nous fournir des légumes (ce n’est qu’un exemple) en toute saison ? Et alors ? je vais tuer les fossoyeurs de notre futur et Je crois que je n’en ai rien à foutre… Je peux me passer de tomate quand ce n’est pas la période.

Je reviens à l’exemple de mes deux propriétaires de yatch qui, en une saison, vont brûler ce que brûle un village de 500 habitants en une année. Parfait, nous utiliserons les monstrueuses taxes prélevées pour la recherche et la dépollution. Ce sera de l’argent bien investit et très bientôt, nos deux plaisanciers navigueront sur un yacht électrique. C’est une forme de taxe carbone, je suis d’accord, mais je ne connais pas d’autre moyen qui soit à la fois efficace et non liberticide.

Nous n’avons pas voulu nous remettre en question, que ce soit sur nos modes de vie ou nous choix de développement. Si l’argent que nos gouvernements s’apprêtent à brûler pour sauver notre économie (et c’est nécessaire !) avait été investit dans le Green IT, un grande partie du problème serait d’ores et déjà en voie de règlement.

Il est d’ailleurs étonnant de constater qu’ici, aux US, ils sont en train d’en prendre conscience à une vitesse incroyable. Et le plus frappant, c’est que le premier pollueur de la planète, avec l’esprit très pragmatique qui le caractérise, n’a finalement pas abandonné pour autant les 4×4 (et ne semble vraiment pas disposé à le faire, si ce n’est dans la Silicon Valley :-) ) mais se prépare à utiliser le GreenIT et les autres réponses en matière de développement durable comme un nouveau relai de croissance et un remède anti-crise. C’est une bonne nouvelle, car, même si j’aimerai que l’Europe prenne l’initiative sur le sujet (pas en rêglementant ou en interdisant mais en innovant !)… au final, je souhaite surtout que quelqu’un le prenne soit la locomotive, qui que ce soit.

Je crois que les initiatives visant à aller vers un développement responsable sont sans aucun doute, la nouvelle révolution industrielle dont nous avons besoin et qui peut tirer le monde entier vert le haut. Maintenant, il reste à l’acter puis à le décider….

J’adore faire des paraboles sur des cas incongrus, mais c’est parce que l’équipe de France se savait condamnée qu’elle a battu les All Blacks en 1999. Plus rien à perdre, donc l’exploit devient la norme et l’espoir ne peut que renaître.

Je crois que la conférence d’IT@Cork aurait pu commencer par un truc du genre : « On va tous mourir ! ». C’est peut-être grâce à cette évolution inéluctable vers l’apocalypse que je retrouve finalement beaucoup d’énergie, d’espoir et d’envie. On ne va pas mourir parce que l’on va se puiser dans nos gènes, ceux de l’espèce qui a décidé de dominer le monde il y a des millénaires, l’intelligence et la motivation pour sauver le monde, nous sauver aussi et faire un nouveau pas dans l’évolution. Ce n’est pas de la méthode Coué mais du Darwinisme du Café des Sports, un simple réflexe de survie…

Toutefois, même si ce scénario très optimiste (mais auquel je crois) se réalise, on peut sincèrement regretter que nous n’ayons pas été capables de discernement et donc d’agir de notre propre décision plutôt que sous la contrainte.

Allez, on va donner une roadmap à nos enfants. Ils auront peut-être une planète aussi pourrie que la notre, mais la génération suivante pourra sans doute commencer à remonter la pente…

Allez, un signal fort : si vous avez eu le courage de lire cette note jusqu’ici, c’est que vous avez assez de courage en vous pour vous engager, si ce n’est déjà fait, dans ce chantier au long cours :-)

Alors, qui veut rejoindre le « club du baril à 300$ » ? ;-)

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6 commentaires pour “On va tous mourir !”

  1. 1 Laurent Desechalliers dit :

    « J’adorerais, pour le Chiffre d’Affaires de Stonfield InWorld, que toutes les entreprises mettent en place un dispositif visant à réduire les déplacements de leurs collaborateurs… Mais pour être vraiment transparent, je voudrais pousser le raisonnement un peu plus loin. »

    J’ai envoyé un petit email au fondateur de http://www.verteegocarbon.com/ pour qu’il te contacte.
    Je pense que vous aller avoir pleins de choses à vous dire.

  2. 2 keru dit :

    On est beaucoup a être pour le baril trop cher … dans le cas du transport !!
    Le probleme est qu’un baril trop cher c’est beaucoup d’autre problème qui frollent la catastrophe humanitaire, plutot que des problèmes de 4×4 et de boulangerie.
    La production electrique (et l’eolien ne diminue pas le probleme de la production par des centrale thermique, bien au contraire), la production d’a peu pret tout ce qu’il est possible de fabriquer, etc …

    Augmenter le prix des produits frais hors-saison ? Oui et non.
    D’abord parce que les produits frais sont deja un luxe pour une bonne tranche de la population mondiale.
    Ensuite parce que tant que t’auras les moyens de t’en payer, plus cher ou pas, tu t’en paiera si t’as envie de bouffer des tomates.

    Et tant qu’il y aura des gens pour s’en payer, hors-saison ou pas, il y aura des gens pour en vendre :)
    Je ne sais même pas quand est la saison des tomates !! (d’ailleur j’en n’achete pas :p )

    Je « fais du greenIT » tous les jours au boulot. On tourne sur toute une floppée de serveurs virtuels qu’on pourrait allumer ou eteindre toutes les 5mn a longueur de journée en fonction de la charge… C’est bien, c’est green, sauf que … que le serveur soit allumé ou eteind, on paye la meme facture electrique au datacenter … Du coup ils ont tendances a rester allumés.

    Le greenIT c’est avant tout une affaire d’offre de la part des datacenter et des fabriquants, nous on ne peuet pas y faire grand chose, bien qu’on essaye. Mais on essaye plus par conviction que par un quelconque interet economique/business.

    La quasi-totalité des datacenter en france sont pleins a craquer. Le dernier qui est en cours de fabrication va avoir la capacité electrique de 25.000 habitants… dans 5000m² !!! Auquels on ajoute la climatisation (40% de la conso d’un datacenter), les onduleurs et leurs batteries, les groupe electrogenes et leur reserves de gasoil, …

    Le tout alimenté par 4, voir plus, lignes EDF independantes (ce qui implique de devoir tirer des lignes electriques expres pour les datacenter, a un cout explosif). Le greenIT c’est une affaire de tres gros sous.
    Quand les exploitants de datacenter se decideront a facturer l’electricité a la consommation effective, et pas au forfait, on commencera a voir enfin le vrai debut de GreenIT. (et ils vont le faire… la mort dans l’ame).

    Ensuite il faut passer au massivement multicore. Car un ancien dual-core basse conso consomme autant qu’un quadcore basse conso d’aujourd’hui, qui consomme autant que le futur 6-core basse conso qui va bientot sortir, qui consomme autant que leur prototype 80-core basse conso qui n’est pas pret de sortir…

    Mais ce n’est pas qu’une affaire de cpu, mais aussi de disque dur, les SSD consomme moins, mais sont encore vraiment tres cher. Et puis il ne suffit pas de rajouter des cores pour qu’un serveur aille plus vite… malheureusement !

    Et il faut des alimentations de qualité, car sur la conso d’un serveur, deja 20 a 30% de la consomation est perdue en chaleur dans l’alimentation. (ce qui fait d’autant plus de climatisation a fournir)

    Ensuite c’est une affaire de sysadmin et de taux d’occupation des serveurs… beaucoup trop de serveurs tournent a 5% de leurs capacité … pour quasiment la meme conso que s’ils tournaient a 90% !! (vive la virtualisation :p )

    Et coté sysadmin on y travaille a fond les boulons (du moins chez les sysadmin competents) … Maintenant il faudrait que les clients et les fournisseurs fassent leurs part d’effort eux aussi :)
    Les fournisseurs commencent a le faire parce qu’on leur demande … mais les clients …

  3. 3 jc dit :

    il faut installer les serveurs en montagne, dans le nord ou en montagne comme ça pas besoin de clim, et en plus lla chaleur perdue chauffe la piéces!!!
    Vive le baril à 300 dollars comme ça les taxes sur l’essence s’applique à ceux qui roule et conssomme et non plus aux propriétaires de plusieurs voitures qui ne peuvent pas toutes rouler en même temps.

  4. 4 Pierre-Olivier dit :

    Les servers à la montagne… Pas bête, pour réduire un peu la fracture numérique et les coûts. Les fermes de servers n’ont pas grand chose à faire proche des villes ?!? Parfois, les idées simples…

  5. 5 stephanie dit :

    A ma petite échelle, cela fait maintenant 2 ans 1/2 que j’accompagne mes enfants, ainsi que ceux du quartier, à l’école à pied, dans le cadre du Pédibus. Le principe est génial nous allons à l’école en 10 minutes, nous prenons le temps de discuter avec les enfants et nous sommes loin du stress de la circulation, de l’espoir de trouver une place…
    Nous faisons cela quelque soit le temps et même le petit dernier fait cette promenade matinale depuis la rentrée, au moins il sera sensibilisé tôt.
    J’invite toute les villes, communes et municipalité a favoriser ce mode de circulation .
    @ jc pour les serveurs bonne idée, mais on risque de dire que cela cause la fonte des glaces, donc réchauffement climatique…

  6. 6 keru dit :

    @pocarles :
    bien sur que si :)

    Les magawatts il faut les faires venir des centrales electriques (et de differentes centrales)
    Les fibres optiques de plusieurs centaines ou miliers de Gigabit/s il faut les faire venir aussi.
    Le personel specialisé il habite rarement la haute montagne.
    Le materiel (qui depasse la tonne au m²) il faut le faire venir.
    Les clients veulent (et doivent) parfois se deplacer sur place.
    Les montagnes sont plus propices aux seismes (meme mineurs).

    De plus les datacenters n’utilisent pas l’air exterieurs pour refroidir les salles.
    Mais ils sont en train de mettre au points des techniques de « free cooling » (plus generalement du watercooling). Mais c’est delicat car moins facilement controlable. Et il ne faut pas non plus que les serveurs attraprent froid. La marge de temperature n’est vraiment pas large. Les fabriquant y travaillent d’ailleurs, aussi bien pour supporter des temperature plus elevée, que des coups de froids.

    Parfois les idées simples ne sont pas les meilleures.

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