Second Life : Vision contre scepticisme…
J’ai animé hier un atelier sur les Mondes Virtuels et leur intérêt pour les entreprises, organisé par nos amis de chez Stratégies et porté de main de maître par Aziz Haddad (Merci encore pour l’invitation, Aziz !).
Je m’en veux un peu, tout simplement parce que je me suis trompé de combat. La majorité des personnes présentes étaient des Dir. Marketing ou Communication… voir des responsables de sites Web de grands groupes.
La très grande majorité étaient sceptiques sur l’utilisation de Second Life… étonnant pour une population censée repérer les tendances.
Ils étaient pourtant plutôt intelligents. Je me suis alors demandé pourquoi ? Pourquoi ne voient-ils pas le potentiel que nous offrent les Mondes Virtuels ? Pourquoi ne voient-ils pas les milliers d’applications possibles ? Pourquoi ne voient-ils pas à quel point cela va changer leur manière de travailler dans les années qui viennent ?
Tout simplement parce que nous (les opérateurs, de type agences, éditeurs, développeurs d’applicatifs tierce, etc…) ne les y aidons pas. Il y a une histoire qui tient de la poule et de l’oeuf dans ce problème. Les clients ne perçoivent pas l’intérêt des Mondes Virtuels de prime abord, donc décident de n’y investir que très peu (de temps et de ressources). Les projets qui sortent sont donc peu ambitieux… et alimentent la rumeur affirmant que les Mondes Virtuels sont vides de sens.
Au final, c’est principalement pour une raison : une « vieille idée » court, laissant penser que les Mondes Virtuels ne seraient qu’un outil utile au marketing, et encore, quand on est le premier à faire un truc…
Je crois que c’est là qu’est l’erreur. Aujourd’hui, Second Life – par exemple – n’est pas un « media » de masse. Il n’y a « que » quelques millions de users, sur une surface trop importante.
Second Life deviendra un outil marketing en devenant un outil à large audience, avec le temps et quelques centaines de millions de résidents… une fois qu’il sera guérit de tous ses maux (capacité à retenir les nouveaux résidents, à améliorer l’expérience utilisateur, etc…).
La valeur pour les entreprises, donc le ROI, se trouve ailleurs, dans l’e-Learning, l’e-Recrutement, l’e-Commerce… mais aussi comme support à des événements bien pensés et obéissants aux règles Real Life, à base de créativité, d’une conception au service des objectifs (et non du fun que cela représente) et de rigueur dans l’exécution. D’ores et déjà, des dizaines d’autres applications sont intéressantes, et déclinables dans le monde de l’entreprise, comme le travail collaboratif, par exemple, ou la capacité d’un Monde Virtuel à structurer un Think tank géographiquement très éclaté.
D’ailleurs, à bien y regarder, c’est exactement dans cet esprit que Second Life a été créé. Le militantisme et le travail collaboratif ont été immédiatement adoptés par les premiers résidents, notamment par les résidents de sensibilité écologique (très actifs et constructifs dans SL).
Les personnes que j’ai rencontré hier étaient assez sceptique, pour certaines avec raison, parce que leurs besoins sont bien trop éloigné de ce que peut offrir Second Life. A titre d’exemple, une jeune responsable marketing est en charge d’un site Web, regroupant 2,5 millions de visiteurs uniques. Elle n’est intéressée aujourd’hui que par les nouveaux outils qui lui permettront d’augmenter ce taux de fréquentation déjà conséquent. Second Life peut sans doute lui être utile, mais bien moins qu’un événement avec Bob Sinclar ou Zinédine Zidane.
Par contre, une solution de Team building, basée sur l’utilisation d’un monde virtuel mixé à une partie Real Life vous fera économiser quelques dizaines de milliers d’euros en logistique, fatigue des participants, coûts de non-productivité, etc… et fonctionnera très bien pour améliorer les performances de votre équipe. Vous l’avez trouvé votre ROI, mais il n’est pas forcément sur le terrain du marketing pur.
Comme souvent, l’avenir est dans la valeur… celle que l’on apporte à nos clients, celle que l’on apporte aux résidents, celle que l’on apportera aux newbies (nouveaux utilisateurs). Les américains – principalement – nous ont montré la voie, la semaine dernière au Virtual Worlds Fall de San Jose, avec énormément d’annonces aussi importantes les unes que les autres. Pendant ce temps là, j’essayais simplement d’ouvrir les yeux aux gens pour leur montrer l’évidence.
Le combat me semble inégal… et même face à des faits tangibles, il reste deux camps qui s’affrontent : un qui est très progressiste (celui de la Vision) et un qui est reste défensif, souvent par manque moyens pour prendre du recul (celui du Scepticisme).
Je vais m’employer encore un peu plus, à faire gagner le premier
















16 octobre 2007 à 21:01
J’ai une petite anecdote à te raconter. La semaine dernière je suis intervenu dans une conférence à Arles devant un public de 150 personnes composé d’étudiants en infographie et en game design ainsi que l’équipe enseignante. J’ai évidemment posé la question rituelle, êtes vous déjà allé dans SL ? J’ai vu 4 mains se lever, il s’agissait d’étudiants d’Ingémédia. Pour le corps enseignant, SL est réduit à un outil marketing, « je n’ai pas besoin de cela pour faire connaitre mon école », aucune vision sur la convergence entre les univers virtuels, les jeux videos, les médias, aucune vision sur l’évolution des métiers de l’image 3D. Pourtant on a besoin de ces talents créatifs. Un étudiant est même venu me voir à la sortie pour me dire « vous savez, j’ai peur de l’addiction à Second Life », on en est encore là…
Le point positif c’est qu’il est possible que je récupére des heures de cours sur le web 2.0 et les univers virtuels.
On a effectivement encore un long chemin avant que le virtuel devienne mainstream, mais on va y arriver ! Lorsque je lis les propos du président du CIGREF ou Tim O’Reilly, je suis particulièrement confiant.
Je partage tout à fait ton de point de vue sur le ROI, il n’est pas forcément dans le marketing. Effectivement dans des projets du type collaboration, formation ou team building le ROI peut être au rendez-vous.
16 octobre 2007 à 23:30
Merci à toi Olivier !
Et Si je dois reprendre tes mots, je pense qu’hier t’avais « gagné ton combat »
17 octobre 2007 à 10:35
Le camp de la Vision (les bons) contre celui du Scepticisme (les méchants), je trouve cela quand même un peu trop manichéen
Les gens que tu as rencontrés sont sans doute presque tous de vrais pros. Les choses sont donc probablement un peu plus subtiles et, à mon avis, la pensée « réductrice » est présente des deux côtés. Par exemple, le marketing, ce n’est pas que de la publicité et de la communication, c’est aussi la conception de nouveaux produits et services, l’utilisation de nouveaux canaux de distribution… Second Life n’est pas plus un « média » que ne peuvent l’être une agence bancaire ou un ascenceur, même s’il est possible d’y placer des affiches et d’y faire de la communication. Leurs réelles fonctions sont ailleurs…
Je suis d’accord avec toi, l’avenir est dans la valeur.
17 octobre 2007 à 10:47
Ma note est effectivement assez binaire… volontairement. Nous avons déjà, par exemple, déconseillé à des clients de s’implanter, car leurs motivations ne nous semblaient pas bonnes et nous pensions qu’ils allaient vers un échec, ou du moins, une vraie déception. Je ne crois donc pas que les Mondes Virtuels font aussi le café et guérissent du cancer.
Bien sûr que l’approche des gens que j’ai vu était plus subtile, mais certains facteurs me semblent tellement évidents que cela me frustre qu’ils ne les voient pas